Passer d’une mentalité fixe à une mentalité de croissance en éducation

 

 

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En presque vingt années dans le monde de l’éducation, autant en tant qu’enseignant que de directeur, j’ai entendu plusieurs excuses provenant de la bouche de professionnels de l’éducation refusant d’intégrer les technologies à leur pédagogie. Je les ai entendues et, je dois l’avouer, je les ai dites également à certains moments de ma carrière d’enseignant. Ces excuses répétées ad nauseam par des milliers d’enseignants, de directeurs, de cadres scolaires et de bureaucrates ont fait que l’école accuse désormais un immense retard technologique sur tous les autres domaines de la société. C’est là qu’on est rendu : nous sommes le wagon de queue, alors que l’école devrait être une locomotive sociale. Voici donc quelques perles traduisant la mentalité fixe qui tapisse les murs de tous nos milieux scolaires, mais surtout, voici comment on peut les transformer en trésor de mentalité de croissance !

« Les élèves passent trop de temps devant un écran ».

C’est bien vrai ! Cela dit, ce n’est pas parce qu’on intègre les technologies de l’information et de la communication (TIC) qu’on doit toujours placer les élèves devant un écran ! Oui, le magistral a encore sa place et oui, il est possible de collaborer sans y avoir recours. Il y a de la place pour des activités débranchées. Imaginez, il y a même possibilité d’introduire la pensée informatique et d’aborder la programmation sans ordinateur ! On peut même le faire en les faisant bouger et en allant dehors !

Autrement dit, il ne faut pas que l’exposition prolongée aux écrans devienne un prétexte pour bannir l’utilisation des TIC des classes. C’en est un suffisamment pertinent pour coordonner les pratiques des enseignants dans l’école et pour se réinventer tant aux plans pédagogiques qu’organisationnels. Quand on y pense bien, que tous les élèves soient assis devant une présentation PowerPoint pendant cinq heures d’affiliés un jour après l’autre, cela ne nous préoccupe pas. Mais s’ils le sont devant leurs bidules numériques en contexte scolaire, ça c’est préoccupant ! Deux poids, deux mesures !

Reformulation selon le principe de mentalité de croissance : Afin d’éviter que les élèves passent trop de temps devant un écran, je m’assure de deux choses essentiellement :

  • De varier mes approches pédagogiques;
  • D’être flexible dans mes approches. Je peux enseigner n’importe quelle notion de différentes façons (je ne recycle pas mes approches nécessairement);
  • De communiquer avec les autres enseignants de mon niveau pour planifier le temps d’exposition à un écran;
  • De comprendre que le temps d’exposition à un écran est peut-être néfaste, mais celui d’exposition à un tableau l’est également. Une pédagogie active est envisageable !

« J’enseigne de la même façon depuis 25 ans et cela a toujours bien fonctionné. Pourquoi aujourd’hui cela ne serait plus bon ? »

C’est probablement ce que j’ai le plus souvent entendu dans ma carrière ! Ceux qui utilisent cette excuse sont ceux qui s’attendent à faire la même chose d’une année à l’autre pendant 35 ans. Ce sont ceux qui tiennent pour acquis que le temps se fige et que rien ne change durant ce moment. Ironiquement, cette excuse semble bien propre au monde de l’éducation. Imaginez un moment que votre médecin vous serve cet argumentaire. Vous seriez effrayé, non ? Les temps changent. Les humains changent. Les jeunes changent. Vos pratiques éducatives doivent changer également.

Reformulation selon le principe de mentalité de croissance : Je prends part au changement en éducation. Je le façonne au lieu de le subir. Je prépare mes élèves aux défis de la contemporanéité et j’accepte d’apprendre à leurs côtés.

Les jeunes en connaissent bien plus que moi par rapport aux TIC !

C’est probable. Ils ne connaissent cependant absolument rien en pédagogie et c’est ce qui fait toute la différence. S’ils en connaissent plus que vous avec les outils technologiques, tant mieux. Déléguez-leur l’aspect technique : c’est valorisant pour eux et cela leur donne un autre rôle à jouer dans leur propre séquence d’apprentissage. De votre côté, fixez les intentions pédagogiques, les modalités évaluatives et encadrez-les en termes de citoyenneté numérique. De grâce, ne vous stressez pas avec l’aspect technique.

Reformulation selon le principe de mentalité de croissance : J’ai confiance en mes moyens. Je ne suis peut-être pas si technocompétent, mais je le deviendrai en utilisant mes outils. D’ici là, j’offre des occasions à mes élèves de m’aider et ainsi, en quelque sorte, prendre part à l’aspect didactique de ma profession !

« On fidélise les jeunes à une marque, à un logo ».

Décidément, il y en a qui ont de l’imagination. Prétendre que l’école doit être à l’abri des offensives médiatiques mercantiles implique une conception en silo de l’éducation. Retranchée dans ses cloisons, bétonnée dans un abri antinucléaire, l’école doit protéger les élèves contre les grandes marques qui veulent les fidéliser. Tannés de voir les pommes croquées au revers des tablettes électroniques de leurs élèves et des logos qui apparaissent lorsqu’ils mettent leur TNI sous tension, ces enseignants omettent que des marques apparaissent même sur les crayons de bois et les effaces de ces mêmes élèves. Il est surprenant que cela ne fasse pas l’objet d’une levée de boucliers, non ? Les marques sont partout : sur nos voitures, sur les panneaux publicitaires, sur notre linge, sur nos sacs, etc. Peut-on trouver des excuses plus sérieuses ? Éduquer à la pensée critique ne se fait pas en laboratoire aseptisé.

Reformulation selon le principe de mentalité de croissance : Je profite de l’occasion pour permettre aux élèves de développer un sens critique face aux marques et à la fidélisation à de grandes entreprises. Cette distance stratégique se développe dans l’action et elle est le résultat du transfert d’un esprit critique en une action critique.

« J’ai besoin d’une formation ».

Lorsque la première tablette électronique est arrivée sur le marché, ma fille avait environ deux ans et demi. Elle a compris assez vite comment cela fonctionnait. Probablement qu’elle n’était pas animée par une crainte de faire des erreurs ou de briser l’appareil… À la défense des enseignants et des autres professionnels de l’éducation, elle n’était pas face à un groupe d’élèves non plus. Il y a un aspect exploratoire qui s’est perdu en enseignement et qu’on aurait avantage à retrouver rapidement.

Les formations de nature « pédagonumériques » sont incontournables, bien évidemment. Cependant, le sempiternel souhait d’être formé par autrui implique une attente que quelqu’un d’autre se charge de ce qui doit être fait pour faciliter lesdites formations. Il semble contre-indiqué de s’attendre à ce que du temps personnel soit pris pour en apprendre plus sur sa propre profession : tous doivent être libérés ou compensés. Pourquoi faut-il attendre après quelqu’un pour se former et pourquoi cela doit-il se faire nécessairement durant les heures de travail ?

Reformulation selon le principe de mentalité de croissance : Je prends le plein contrôle de mon développement professionnel. J’en assume l’entière responsabilité et, lorsque j’ai des opportunités offertes par mon employeur, une association ou mon syndicat, je saisis l’opportunité et la considère comme un complément à ma propre démarche de développement professionnel.

« Je n’ai pas le temps ».

Dans la même veine, il y a deux types de « je n’ai pas le temps ». Il y a celui du programme scolaire qui nous pousse dans le dos et qui fait du quotidien scolaire une routine quotidienne basée sur l’urgence de « passer la matière ». Il y a aussi le temps à investir personnellement dans notre développement professionnel.

Oui, il y a un programme à couvrir, mais recourir constamment à l’enseignement direct par souci d’économie de temps a tendance à démontrer le peu de créativité de bon nombre de professionnels en plus de dévoiler un manque de flexibilité de l’organisation scolaire qui laisse que trop peu de latitude à ses professionnels pour expérimenter pédagogiquement.

Lorsqu’on regarde les enseignants technophiles, ceux qui ont épousé les TIC et les ont intégrées avec succès à leur enseignement, ce sont ceux qui ont investi de leur propre temps dans leur développement professionnel. Et oui, eux aussi ont des obligations personnelles et familiales… Il faut cesser d’attendre après le gouvernement, la commission scolaire ou l’employeur pour évoluer professionnellement ! Bien évidemment, ils doivent en faciliter la tenue, mais la formation continue est d’abord et avant tout une responsabilité partagée et une posture professionnelle assumée personnellement par l’enseignant, le directeur, le cadre scolaire ou le personnel de soutien.

Reformulation selon le principe de mentalité de croissance : Le temps scolaire m’est imposé, mais en tant que professionnel autonome, j’aménage ce temps dans le meilleur intérêt de mes élèves.

Quelques raccourcis

Bien évidemment, ce texte se veut une généralisation. Il n’a pour but que de placer les professionnels de l’éducation dans une perspective de mentalité de croissance pour reconnaitre que les choses doivent changer en éducation et que les forces motrices de ce changement sont à pied d’œuvre dans les classes, avec les élèves. En éducation, il faut cesser d’avoir cette mentalité fixe prétextant que tout est vain, inutile ou dû.

L’élève est en situation d’apprentissage perpétuel et ceux qui l’accompagnent aussi. On ne vous demande pas de tout savoir; on vous demande d’être prêt à avancer avec l’élève, en apprenant à ses côtés. Faites-vous confiance et surtout, faites leurs confiance.

Devant ces quelques généralisations et raccourcis dans le texte, un fait demeure : nous n’avons pas encore atteint le point de bascule qui fait des technologies, un outil incontournable de la pédagogie du 21e siècle pour ainsi développer d’autres compétences chez les élèves. Car, au-delà des compétences disciplinaires, il y a celles qui forment l’élève à devenir un citoyen du 21e siècle : collaboration, créativité, pensée informatique, esprit critique et résolution de problèmes complexes.

Enseignant. Ministre. Du pareil au même !

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J’ai toujours cru que l’union faisait la force. Pas nécessairement dans le sens de faire résistance en bloc. Je parle plutôt de l’union des enseignants, celle qui fait de son collègue un meilleur professionnel et celle qui nous permet, collectivement, de s’élever grâce à l’émulation. Celle qui implique qu’ensemble on repousse les limites pour faire évoluer la profession enseignante et l’éducation au grand complet. Je crois au partage des expertises et de l’expérience. Je crois à la libre-circulation des idées.

Cela dit, je n’ai pas vu le ministre de l’Éducation du Québec à Tout le monde en parle. Je n’écoute pas vraiment la télé. Je n’ai pas pris la peine à regarder son entrevue non plus sur Internet. Parait-il que le ministre y affirmait consulter les enseignants sur le terrain et, aussitôt, la mascarade a débuté. Mon compte Facebook a été dès lors assailli par la médisance de quelques centaines enseignants frustrés :

« À qui parle-t-il ? Pas à moi en tout cas! »

Et le bal partit…

« À moi non plus ! »

« Ouin, moi non plus… »

(Je vous épargne les autres commentaires recelant des quolibets peu éloquents)

Quelques éclairés ont bien tenté de ramener de l’ordre sur le forum quand même suivi par près de 18 000 membres, mais ils ont été rabroués par une masse de fielleux remplis de hargne.

Mon but n’est pas de faire le procès de personne. Cependant, considérons ce qui suit et qui pourrait faire de nous une profession mieux soudée :

  1. Cela fait deux fois que j’assiste à un congrès sur le leadership en éducation en Alberta. Les deux fois, le ministre de l’Éducation albertain y a été invité et il y a livré un discours. Dans les deux cas, il a été présenté par le président de l’Alberta Teachers’ Association (ATA). L’an dernier, à sa première année dans ses nouvelles fonctions, il a été ovationné. Vous avez bien lu : un ministre de l’éducation ovationné par des enseignants, des directeurs, des conseillers pédagogiques de sa province. Cette année, il n’y a pas eu d’ovation, mais je me souviens très bien d’avoir entendu le président syndical présenter son ministre comme étant « mon bon ami » avant de lui céder le micro et avoir vu une franche poignée de main. Les deux hommes se vouaient une admiration réciproque. En Alberta, il y a un seul syndicat qui est aussi un ordre professionnel pour les enseignants (oui, les deux à la fois). Le président de l’ATA est une personne puissante et influente. Tout cela pour dire qu’on ne verrait jamais cela au Québec. Pourquoi ? Parce que la ligne de partie ne s’établit pas en fonction de l’équilibre entre ce qui est mieux pour l’élève et pour les professionnels qui les encadrent.
  1. Les enseignants qui se plaignent de ne pas être écoutés semblent oublier qu’ils sont eux-mêmes dans une position d’autorité. Ils prennent constamment des décisions qui ont des effets sur des enfants, leurs parents et des familles. Le pouvoir d’un enseignant sur la vie d’autrui est immense. Comment peuvent-ils ne pas comprendre l’immensité de cette même responsabilité qui pèse sur les épaules du ministre ?
  1. Cessons de jouer à la victime. On s’humilie soi-même ! Est-ce que se plaindre de son triste sort aidera à faire reconnaitre la pratique professionnelle ? On se nuit mutuellement. L’image que nous projetons à la population nous concernant est carrément gênante à cet égard.
  1. Nous critiquons constamment les gouvernements qui se succèdent, lesquels ne sont jamais à la hauteur de nos attentes. Et si nous nous rangions derrière le ministre ? Et si on s’élevait au-delà du discours politique ? Ne critiquons-nous pas quand le politique ou l’économique prend le dessus sur l’éducation ? Et que faisons-nous ici ? Nous politisons un débat. Bref, nous faisons exactement ce que nous reprochons à nos élus. On a le gouvernement que l’on mérite, celui que nous élisons. Un soutien à un ministre de l’Éducation, quel qu’il soit, est un soutien à l’éducation. Ce soutien donne les coudées franches à ce dernier pour aller revendiquer des fonds au Conseil des ministres. Ce n’est donc pas avec un cynisme aussi acrimonieux qu’on réussira à mettre l’éducation à l’avant-plan des orientations gouvernementales ! Le rapport de force existe parce qu’on l’alimente. Point.
  1. Cessons de chialer que « le gouvernement n’écoute pas les enseignants ». On l’a entendu à la suite de l’implantation de la réforme il y a plus de quinze ans et on l’entend encore fréquemment en ces temps d’austérité budgétaire. Ça veut dire quoi « écouter les profs » ? Parlent-ils d’une seule et unique voix ? Non. Quels sont les conseils qui sont donnés au ministre ? Mettez-vous à sa place : vous allez dans les écoles, vous rencontrez le personnel scolaire de chacune des écoles visitées. Et ensuite ? Vous tracez une ligne de ce qui est commun dans les discours et dans ce que vous avez constaté de visu. Or, l’école n’est pas que l’apanage des enseignants. C’est une institution sociale et culturelle. Il y a d’autres acteurs aussi qui y gravitent sans nécessairement en être des experts en pédagogie ! L’école doit être à l’image de sa communauté. Cessons de prétendre que seuls les enseignants (ou les directeurs par la même occasion) détiennent le monopole de la vérité. De plus, le personnel scolaire sait mieux que quiconque que ce qui est bien pour un élève n’est pas toujours ce qui est exigé par ce dernier ou par ses parents ! Ce qui est le mieux pour l’éducation n’est pas nécessairement ce qui est prôné par les enseignants. Le discours du « écoutez-nous, on a raison » est totalement condescendant.
  1. Quel exemple donnons-nous à nos élèves ? Ne leur enseignons-nous pas à dépersonnaliser les débats et à faire preuve d’objectivité, eux qui sont des réelles boules d’émotions sur deux pattes. Combien de fois entendons-nous que « le prof ne m’aime pas », « le prof m’ignore » ou « le prof a ses préférés ». Et cela est vrai ? Non. Pourquoi utiliser nous-mêmes une rhétorique similaire ? De plus, serions-nous fiers de faire lire ces centaines de commentaires à nos élèves ? Que penseraient-ils s’ils vous lisaient en train de vilipender votre patron de la sorte ? Que penseraient-ils de vous s’ils constataient que vous agissez contrairement à ce que vous prêchez en classe ? Accepteriez-vous que vos élèves écrivent de tels commentaires à votre égard dans un groupe Facebook ? Vous êtes un personnage public vous aussi et, je vous le rappelle, on vous juge et on se méfie de vous aussi, et ce, bien souvent sans raison. Nous sommes tous dans le même bateau. Aussi bien ramer ensemble, dans la même direction…

Les communautés d’apprentissages en ligne sont pertinentes et incontournables. Nous l’avons vu, elles ont également leurs torts et leurs travers. Quand je lis qu’ils doivent être « Un lieu de discussion et de partage au sujet de l’enseignement et de l’apprentissage », je me dis qu’on vient de manquer à cette visée.

Le leadership féminin en éducation, une histoire de portes fermées

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English version below

Le leadership féminin en éducation, une histoire de portes fermées

J’assiste à une intéressante journée de discussion sur le leadership féminin en éducation. Il y a certainement une centaine de participantes et environ cinq hommes qui y participent. Il n’y a que deux participants du Québec, malheureusement. Toutefois, je suis heureux de découvrir de nouvelles leaders qui proviennent de (presque) partout au Canada et même, certaines viennent d’Angleterre et d’Écosse !

On parle d’obstacles principalement à être relevés par des femmes, soit des obstacles qui n’ont pas à être relevés par les hommes. S’il est intéressant d’entendre les femmes verbaliser leurs difficultés à s’affirmer comme leaders dans leurs milieux respectifs, il n’en demeure pas moins que ces dernières semblent différer selon les milieux.

On y parle d’ouvrir des portes aux femmes en éducation et, surtout, cette discussion devrait s’étendre à toutes les filles d’âge scolaire, en tant que leaders en devenir. Cela semble une évidence et, d’ailleurs, qui pourrait s’opposer à cela ? Cependant, ne peut-on plus simplement se contenter de marcher à travers des portes qui nous ont déjà été ouvertes ? Ce qui est à souhaiter est que la société instille toute la confiance et la détermination nécessaires à ces femmes pour qu’elles enfoncent les portes qui demeurent fermées. Ce faisant, elles en inspireront d’autres à faire de même et, à ce moment, les choses finiront par changer.

Plusieurs femmes veulent que les portes demeurent ouvertes ? C’est louable. Ce qu’elles peuvent tenir pour acquis aujourd’hui a certainement été un combat autrefois. Ce que je souhaite, cependant, c’est que nous formions et éduquions des générations de jeunes femmes qui puissent apprendre à défoncer ces portes. Il faut les éduquer au courage, à l’opiniâtreté et à la persévérance. C’est la seule façon, à mon avis, de voir à l’égalité des sexes.

Women leadership in education, a tale of closed doors

(English is not my first language so please bear with me… Just trying to get out of my comfort zone here !)

I had the pleasure to participate to a full-day workshop concerning women leadership in education : over a hundred women from everywhere in the world (and about five men…), but, sadly, only two participants from Québec. I was fortunate enough to meet with fabulous female leaders from (almost) everywhere in Canada, as well as England and Scotland.

We talked about barriers to become leaders in education, which are mainly reserved for female leaders, barriers that men don’t need to address. It is rather interesting to hear women verbalizing their feel on such an emotional subject and I realize that those barriers simultaneously seem common to all of them as well as being unique, in a way, to their respective environment.

We talked about opening doors to women in education, but most importantly, we should extend the discussion to young girls in their process to become a leader. Open doors… who could oppose to such a conclusive evidence ? However, should we satisfy ourselves by simply walking through already opened doors ? Instead, what we need is a society that instills confidence and determination to female educators so they feel strong enough to smash into closed doors. Therefore, they will inspire other women (and other men) to do the same and only then, things will change !

Most women want doors to stay open ? That’s truly amazing. What they can take for granted today was once a struggle for them. However, I dearly wish that we educate and instruct young females to learn to persevere and be courageous so they can, eventually, smash their own closed doors. As far as I’m concerned, it’s the only way we’ll be able to implement sustainable change.

Perdre la faculté de rêver

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Avoir des projets en éducation, c’est douteux et inquiétant. Si ce l’est pour les enseignants et pour les directions d’école, ce l’est encore plus pour le ministre de l’Éducation ! L’idée de Lab-école est-elle si mauvaise ?

Ce qui irrite les sempiternelles vierges offensées du monde de l’éducation, c’est essentiellement deux choses. D’une part, on ne consulte pas ceux qui travaillent dans les écoles et, d’autre part, on investit 1.5M$ annuellement dans ce projet pendant cinq ans alors que les écoles décrépissent à vue d’œil et que le système d’éducation québécois s’enlise peu à peu depuis des années de vache maigre.

En éducation au Québec, ceux qui ont de bonnes idées dérangent. On les trouve prétentieux, idéalistes, déconnectés et menaçants. Ils prennent trop de place. On les jalouse. On les ostracise. L’éducation, malheureusement, c’est le royaume de la mentalité fixe, celle où rien ne doit changer ni évoluer.

Encore une attitude cloisonnée

Qu’y a-t-il de mal à ce que des acteurs de la société se donnent la main pour aider l’éducation ? Ils n’en ont pas l’expertise ? Est-ce que les enseignants, eux, vont dire à Ricardo comment faire son potage ? Devons-nous citer à l’unisson ce magnifique cri de ralliement désormais célèbre : « L’expert dans la classe, c’est le prof » ? À chacun son métier, semble-t-il !

Un architecte rêveur, un sportif extrême et un chef reconnu apporteront leur contribution pour réinventer l’école. Hérésie ! Pourquoi demander à des personnes hors du réseau scolaire de réinventer l’école, alors que des centaines de milliers d’acteurs du réseau sont à pied d’œuvre quotidiennement dans nos écoles et commissions scolaires ? La réponse est simple : ceux qui sont en place depuis une vingtaine d’années (ou même plus), et je m’inclus dans le lot, ont tout simplement échoué à faire évoluer l’éducation au même rythme que la société. Imaginez quelques représentants de ce beau monde autour d’une table lancer ad nauseam les habituels « ça ne fonctionnera pas ».  Je pense que nous avons démontré que nous avons fait le tour du jardin des idées de l’intérieur. Nous avons besoin d’aide de l’externe.

La vraie question à se poser est plutôt celle-ci : pouvons-nous nous permettre de refuser une quelconque aide en éducation ?

Ces trois individus en ont beaucoup à nous apprendre à bien des égards et leur contribution à la société québécoise est indiscutable. Non seulement ont-ils réussi dans la vie, mais en plus ils ont voyagé et appris des choses que nous ignorons et qui pourraient nous être utiles dans les circonstances. J’ai vu une conférence de Pierre Thibault et son récit de visite des écoles au Danemark, au Japon et ailleurs. J’ai pris des notes et ces notes se transformeront en action prochainement. Dans nos écoles, dans nos commissions scolaires, bien peu d’intervenants peuvent s’offrir le loisir d’aller dans d’autres pays ou même d’autres provinces pour s’enquérir des mœurs éducatives et venir en témoigner ici au Québec. C’est rare essentiellement pour deux raisons : si on a le malheur de dépenser des sous pour autre chose qu’un besoin dans une classe, c’est inacceptable. Deuxièmement, nous sommes trop absorbés par l’urgence du quotidien scolaire et il nous est pratiquement impossible de nous affranchir de nos obligations pendant une ou deux semaines; le monde arrêterait de tourner !

Un investissement ?

Selon la planification budgétaire dévoilée en mars dernier, le Gouvernement québécois dépensera un total de 103.7G$ pour l’année. Il mettra un tout petit 1.5M$ de côté pour financer le Lab-école. On parle ici d’une minime partie du budget qui est investi à ce projet : 0.0014% des dépenses de l’état. Oui, je sais, 1.5M$ ferait toute la différence dans nos écoles, surtout dans celles en milieu défavorisé. Et si on considérait plutôt cela comme un investissement et une tentative de réinventer notre modèle scolaire qui semble être sur le respirateur artificiel ? Devrions-nous vraiment dénoncer 1.5M$ investis annuellement pour les cinq prochaines années, lesquels pourraient permettre de mieux organiser nos écoles et ainsi, entre autres :

  • Diminuer le taux de décrochage scolaire de façon durable;
  • Augmenter le sens d’appartenance des élèves, leur mobilisation et leur motivation;
  • En faire un lieu central dans nos quartiers, un lieu ouvert sur la communauté ?

On critique l’inaction des instances ministérielles ou gouvernementales. On critique également leur manque de créativité et de flexibilité. On les accuse d’être déconnectées des réalités des milieux scolaires. Quand ces mêmes instances accouchent d’un projet, que faisons-nous ? Nous les critiquons, bien évidemment ! Tant qu’à être critiqué, autant bien l’être en essayant de changer les choses. En ce sens, bravo monsieur le ministre de l’Éducation.

Il faut donc être réellement culotté pour critiquer des initiatives extérieures qui pourraient nous aider à travailler dans un environnement plus propice aux apprentissages et au bien-être de nos élèves. Nous manquons d’humilité. C’est un peu comme si les bonnes idées devaient nécessairement venir de l’intérieur du cercle. La vérité est crue : peu importe d’où viennent les idées en éducation, on les écrase, on les passe à la moulinette. Même, parfois (un peu trop souvent), on défait également ceux qui ont ces idées. Il n’y a pas de place pour le rêve dans notre profession : on a trop de correction, trop de paperasse, trop de « tâches connexes » pour lesquelles nous ne sommes pas payés. À s’écouter chialer, on se demande pourquoi notre travail n’est pas reconnu dans la société… on peine à reconnaitre le travail et les initiatives de nos propres collègues… Comment espérer être reconnu par « monsieur et madame tout le monde » ?

Donner la chance aux coureurs

Le Lab-école est-il viable ? Je pense que oui. Du moins, je leur donnerai la chance de le prouver et même, si je le peux, je ferai en sorte que ce projet réussisse. Je demeure disponible pour eux. N’importe où, n’importe quand, n’importe comment. Mon but et le leur est le même : faire de l’école une expérience de vie enrichissante pour moi et surtout, pour ceux que j’aime : mes enfants, mes élèves et mes collègues. Point à la ligne.

Cependant, il faut avertir les trois vedettes et le ministre : bonne chance ! Vous allez vous buter à un paquet d’obstacles que les acteurs de l’éducation placeront devant vous. Vous serez critiqués et même boudés. Nous sommes effectivement passés maitres dans l’art de se mettre des bâtons dans nos propres roues et dans celles de nos collègues. On vous critiquera sur idées de beurre d’arachides à la cafétéria (en passant, j’y suis allergique) ou sur les clôtures Frost qui ceinturent les terrains de nos écoles, et ce, bien avant que vous ayez pu débattre de ces idées entre vous et que vous les ayez présentées officiellement aux acteurs du milieu scolaire. On vous fera comprendre que vous ne connaissez rien en éducation et c’est justement ce pour quoi nous n’avons pas notre place parmi vous : nous avons perdu la faculté de rêver. Allez… au travail, messieurs, et ça presse.

 

REFER l’empreinte professionnelle

Impression

En visite à la quatrième édition du Rendez-vous des écoles francophones en réseau (REFER) à Québec, je dois vous avouer qu’il y a quelques petites perles à partager !

En effet, il y a quelques jours, je publiais un texte qui a fait réagir le milieu scolaire : les profs enseigneraient comme on leur a enseigné lorsqu’ils étaient eux-mêmes à l’école. Un ancien collègue de direction a d’ailleurs saisi l’occasion pour m’informer avoir entendu ceci lors d’une formation il y a quelques années : « Un prof, c’est un élève qui a changé de bord ! » Voilà qui est révélateur, non ?

Pourtant, je suis au REFER depuis tôt ce matin. J’y rencontre plein d’enseignants allumés qui parlent de créativité en pédagogie. Oui, les deux termes sont compatibles ! Et je dirais même plus : dans toutes les discussions que j’ai eues avec les congressistes, il a été question de collaboration. Autrement dit, on décloisonne la pédagogie en collaborant et en pensant à l’extérieur des cadres habituels dans lesquels nous menons le quotidien éducatif des élèves qui nous sont confiés ! Je serais même porté de prétendre que la créativité et la collaboration, du moins en pédagogie, vont de pair. Rien de moins. Il semble impossible d’aborder l’un sans l’autre !

Effectivement, au 21e siècle, il semble essentiel de sortir de son silo pour aller à la rencontre des autres enseignants afin d’explorer de nouvelles approches pédagogiques. Il semble illusoire de créer en pédagogie en étant seul dans son coin. Avec l’invasion des outils technologiques combinée à celle des médias sociaux, de nouveaux moyens s’offrent à nous et les possibilités pédagogiques sont décuplées. Devant ce vaste univers, choisir de demeurer seul et isolé est aussi déplorable qu’effrayant, car cela risque fort de conduire l’enseignant lentement vers un trou noir, pour y être complètement aspiré. Le plus effrayant est certainement le statu quo dans un monde en mouvement, non ?

Pour sa part, le REFER contribue à défaire cette culture traditionnelle en enseignement pour instiller un vent de changement. Il aide à défaire cette vieille empreinte tenace pour en implanter une nouvelle plus flexible et mieux ancrée dans le siècle actuel. En ce sens, il contribue à REFER l’empreinte professionnelle des enseignants.

Les compétences du 21e siècle

Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a, encore une fois, su séduire son auditoire enseignant. Pour ma part, j’ai retenu une chose de son discours : il a abordé la question des compétences du 21e siècle. Eh bien, je ne pensais jamais entendre ceci de la bouche d’un ministre ! Cela démontre qu’il est d’avant-garde et qu’il maitrise bien ses dossiers. J’oserais même dire qu’il est plus à l’avant-garde d’un bon nombre d’enseignants, de directeurs, de syndicats, de bureaucrates et de politiciens !

Le ministre dit vouloir rassembler des enseignants allumés pour jaser de la place des technologies en éducation. Présent ! On est rendu là depuis un bout et il est temps qu’on en parle sérieusement. Bravo pour l’initiative !

La Fabrique Beaubois est également bien installée : 9 élèves en mode création en direct. Une imprimante 3D roule sans arrêt. Un drone prêt à voler ! Des launch pads, des ordinateurs, des caméras 4K, etc. Quelle est la réaction des enseignants ? Il y a de l’émerveillement, de l’étonnement, mais c’est surtout la phrase suivante qui sort de leur bouche : « on n’avait pas ça quand on allait à l’école ! »

Sommes-nous en train de briser le réflexe culturel lié à l’empreinte professionnelle en enseignement ? Probablement. Ce genre de commentaire nous laisse croire que nous sommes effectivement sur la bonne piste !

 

Pourquoi il est si difficile de changer le monde de l’éducation ?

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Depuis les cinq dernières années, j’ai lu sur le changement en milieu scolaire, sur le leadership, sur la pédagonumérique et sur les compétences issues du 21e siècle. J’ai écrit un livre et j’ai donné des dizaines d’ateliers sur ces sujets, et ce, même si Michael Fullan reconnait qu’il est « difficile de changer le monde à coup d’atelier » ! Mais en écrivant ce billet de blogue, j’ai l’impression de boucler une petite boucle avec une information qui me manquait pour mieux saisir le phénomène du changement en milieu scolaire : l’empreinte professionnelle.

L’empreinte professionnelle

La venue de l’enseignement par compétences est en profonde rupture avec l’approche traditionnelle de l’enseignement, laquelle est principalement axée sur l’acquisition des connaissances figurant au programme d’études. En effet, ce dernier paradigme scolaire est issu d’une longue tradition qui remonte à la fin du préceptorat, soit au 17e siècle (Gauthier, Bissonnette et Richard, 2013, p.35), ce qui nous permet d’affirmer qu’une rupture avec une telle culture pédagogique ne se fait pas si facilement ! De plus, il s’agit d’un modèle qui se renouvèle pratiquement automatiquement, surtout lorsqu’on prend en compte les recherches sur l’empreinte professionnelle qui démontrent que les enseignants ont tendance à enseigner de la façon dont on leur a jadis enseigné (Tardif et Lessard, 1999, p.380). Selon les deux éminents chercheurs, il s’agit de « l’instance de reproduction de la pédagogie traditionnelle ». Ce phénomène explique également pourquoi les plus jeunes enseignants qui arrivent dans un nouveau milieu scolaire ont tendance à enseigner comme on leur a enseigné ou comme leurs nouveaux pairs plus âgés, donc plus expérimentés. Selon la professeure Danielle Raymond, de l’Université de Sherbrooke, les forces du transfert de la culture enseignante plusieurs fois centenaires (Gauthier, Bissonnette et Richard, 2013, p.35) sont puissantes et il est difficile d’aller à contresens de celle-ci :

Cela « (…) semble agir comme un phénomène d’empreinte qui fournit des réponses ritualisées à des tâches ressenties comme familières. Ces « certitudes » doublées de l’exigence d’être fonctionnel très rapidement compromettent la construction de pratiques d’enseignement requérant une réflexion sur la nature des connaissances, de l’apprentissage, du rôle de l’élève et de celui de l’enseignant » (Raymond, 2001, p.23).

On dépasse donc la question du choix de carrière basé sur des expériences positives et gratifiantes, et ce, malgré que Tardif et Lessard estiment que la perception innée de la profession enseignante se traduise par des « j’ai toujours su que j’étais fait pour enseigner ». C’est un peu le côté sombre de l’appel vocationnel : lorsque les enseignants attribuent à leurs traits de personnalité leur réussite professionnelle, ils négligent qu’ils font de leur profession une histoire axée sur leur vie et non celle de leurs élèves !  En réalité, le phénomène d’empreinte est ancré dans cette perception et devrait être traduite de la façon suivante : « j’ai toujours su que j’étais fait pour enseigner de cette façon-là ». D’ailleurs, « Une majorité d’enseignants accorde peu de valeur à leur formation à l’université (…) et privilégient (…) une pédagogie traditionnelle apprise sur les bancs d’école comme élève » (Tardif et Lessard, 1999, p.381). Lorsque les traits de personnalité sont prétendument à la base du savoir-enseigner, c’est davantage un discours de mentalité fixe qui est évoqué.

Lorsque les traits de personnalité sont prétendument à la base du savoir-enseigner, c’est davantage un discours de mentalité fixe qui est évoqué.

Avec l’arrivée du 21e siècle, des médias sociaux, de la démocratisation des technologies et avec l’émergence de nouveaux défis sociaux, l’empreinte professionnelle chez les enseignants est probablement l’explication de base lorsqu’on essaie de comprendre le décalage entre l’école et la société ! D’une part les humains qui œuvrent à l’école prennent leur personnalité comme point de référence professionnel et de l’autre, une société qui mue à une vitesse vertigineuse.

Que faire ?

Les compétences professionnelles doivent être perçues comme étant dynamiques et constamment à parfaire. C’est le principe de la mentalité de croissance (Dweck, 2006) qui, d’un point de vue professionnel, incite l’enseignant à adopter une posture d’apprenant pour parfaire ses connaissances et des compétences professionnelles dans le but de faire évoluer sa propre pratique et, par le fait même, sa profession entière. Il faut cesser de prendre les choses pour acquise en éducation en prétendant que tout est immuable. Éradiquons les phrases suivantes :

  • « Les élèves ne changent pas »;
  • « Ça fonctionnait avant, ça va fonctionner maintenant »;
  • « Les élèves sont moins forts d’une année à l’autre »;
  • « Les élèves qui sont en échec sont ceux qui n’écoutent pas en classe ».

Assumer son leadership

Seth Godin citait avec éloquence, dans son allocution TED, que si vous ne dérangez personne lorsque vous initiez une démarche de changement, c’est parce que vous ne changez rien réellement. C’est probablement la règle du leadership du 21e siècle en éducation : il faut déranger l’ordre établi pour que cela devienne la norme. À l’heure actuelle, ce qui est la norme est d’écouter les membres du personnel se plaindre de leur sort dans la salle des prof. La journée que les enseignants positifs, ceux-là mêmes qui sont des vecteurs de changement dans leur école, prendront à l’assaut les corridors de l’école ainsi que le salon du personnel, les choses commenceront à changer.

Il faut laisser les leaders positifs transformer les milieux scolaires et leur permettre d’atteindre de nouveaux sommets et il faut que ces derniers travaillent en toute impunité. Bien malheureusement, à l’heure actuelle, tout est en place pour protéger ceux qui sèment des obstacles à tout vent et qui récoltent la tempête !

Enfin, il faut s’éloigner de la facilité en éducation. Exit les recettes gagnantes exportables au nom de l’apologie des données probantes. Pire, exit les stratégies et le matériel recyclés d’une année à une autre. Servir le même matériel, la même approche à des élèves différents d’une année à une autre est un manque d’éthique professionnelle et une démonstration flagrante de notre peu de considération envers ceux qui apprennent. Enseigner, c’est complexe. Il faut l’accepter et se placer en position permanente d’apprenant pour s’adapter continuellement.

Enseigner, c’est complexe. Il faut l’accepter !

Quand on y pense bien, les difficultés n’existent pas vraiment ; elles sont le fruit de notre perception. Les situations deviennent des difficultés lorsqu’on les identifie en tant que tel. Pour certains, c’est un objet de découragement et de démotivation alors que pour les autres, c’est un défi et un élément motivant pour continuer à avancer. Nous souhaitons enseigner la persévérance à nos élèves et nous devons leur servir de modèle à cet égard.

Pour en revenir à l’empreinte professionnelle, « un enseignant demeure toujours d’une certaine façon un ancien élève, un adulte qui n’a jamais vraiment quitté l’école, mais, en même temps, il lui faut aussi rompre avec l’univers des élèves » (Tardif et Lessard, 1999, p.383). C’est bel et bien l’élève qui est « livré à son propre destin » et non l’enseignant qui alimente la pensée magique de sa personnalité ou de son appel vocationnel pour justifier son travail auprès des élèves.

Auteur : M-A Girard (@magirard)

Dweck, C. S. (2006). Mindset : The New Psychology of Success. New York : Random House.

Fullan, M. (2015). Le leadership moteur. Québec : Presses de l’Université du Québec.

Gauthier, C., Bissonnette, S., Richard, M. (2013). Enseignement explicite et réussite des élèves : la gestion des apprentissages. Saint-Laurent : ERPI.

Raymond, D. (2001). « Processus et programmes d’insertion professionnelle des enseignants au collegial ». Pédagogie collégiale 14(3), p. 22-27.

 

Tardif, M., Lessard, C. (1999). Le travail enseignant au quotidien. Ste-Foy : Les Presses de l’Université Laval.

Si l’évaluation n’était pas une finalité…

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Si l’évaluation n’était pas une finalité au Québec, le quotidien scolaire de nos élèves serait bien différent. Voici quelques exemples éloquents :

La rétroaction serait présente souvent et tôt dans le processus d’apprentissage

Pour une fois que les chercheurs en éducation pointent tous dans le même sens ! La rétroaction en cours d’apprentissage est incontournable. Bien malheureusement, bon nombre d’enseignants n’ont pas compris cela encore et la seule rétroaction disponible est le résultat d’une évaluation qui, avouons-le, survient trop tardivement dans le processus d’apprentissage. Bien au contraire, cette pratique devrait tapisser toute la démarche académique et y jouer un rôle central.

Voilà une preuve accablante que nous accordons plus d’attention à l’évaluation en tant que produit fini considéré à tort comme imperfectible plutôt qu’à la progression de la démarche elle-même. Si, en corrigeant, vous percevez qu’il y a une grande place à l’amélioration, peut-être que la rétroaction est l’ingrédient manquant à la recette pour le succès ?

Les possibilités de plagiat seraient minimes

Cette citation tirée du Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine en a fait sourciller plus d’un : « L’évaluation, dans un contexte numérique, est donc à remanier. À quoi vont servir les quantités phénoménales d’informations dans lesquelles l’élève est plongé quotidiennement ? Pourquoi l’évaluer en lui posant des questions auxquelles Google pourrait si facilement lui répondre ? ».

La qualité de l’évaluation reflète bien souvent celle de la pédagogie et cette dernière, trop souvent, est complètement déconnectée des réalités sociales contemporaines. Tous ces enseignants qui s’évertuent à enseigner comme il y a 20 ans continuent à évaluer de la même façon, et ce, malgré que les élèves aient accès à d’autres outils qui n’existaient pas à l’époque. Souvenez-vous bien : avant, dans le bon vieux temps, à l’époque où tout était mieux que maintenant (sic), le plagiat se limitait presque à poser les yeux sur la copie de son voisin ou à la réutilisation du travail d’un collègue. Aujourd’hui, avec ses milliards de pages, il y a de belles possibilités de copier du matériel issu d’Internet. Cette situation est exacerbée par le fait que l’évaluation n’a malheureusement pas évolué : nous posons toujours les mêmes questions mobilisant pratiquement les mêmes savoirs déclaratifs au même moment, au lieu de mobiliser la globalité de l’élève au sens où, on rend compte de qui il est devenu (en prenant pour acquis que l’apprentissage a un effet transformateur chez l’apprenant), de ce qu’il sait et surtout, de comment il transfère ce qu’il a appris dans des situations authentiques issues de son monde.

Bref, il est facile de plagier quand ce qui est attendu des élèves équivaut à régurgiter ce qu’ils ont présumément appris ou à chercher des réponses sur lesquelles des millions de personnes se sont déjà penchées précédemment. Et c’est là que la créativité entre en jeu. Pourquoi ne pas reproduire, par l’évaluation, des contextes réels, susceptibles d’intéresser les élèves, au lieu de s’évertuer à demeurer dans un laboratoire contrôlé ?

Les évaluations seraient différenciées

On réviserait nos modes évaluatifs tous les ans en fonction de nos élèves plutôt que de réutiliser les mêmes évaluations au même moment de l’année. Cela a deux fonctions principales. La première : elle permet à l’enseignant de façonner l’évaluation en fonction des élèves présents en classe. La différenciation pédagogique n’est pas que pour l’enseignement ; elle est pour l’évaluation aussi ! En second lieu, comment se sentent les élèves face aux épreuves récurrentes ? Soit que l’enseignant dit « l’examen est difficile. Les élèves échouent toujours cette partie » ou que cette rengaine provient de leurs propres compagnons de classe : « c’est le même examen. Il est difficile ! Eille, bonne chance ! » Bref, peut-on cesser cette routine évaluative ? On y évalue les élèves d’aujourd’hui avec des approches axées sur ceux d’hier ! Quel décalage humain rétrograde ! Cessons de rechercher l’épreuve uniformisée !

Il n’y aurait pratiquement aucune pénalité pour des travaux remis en retard ou non remis !

En Ontario, il a été question de cesser de pénaliser les élèves qui remettent leurs travaux en retard ou qui ne le remettent pas du tout sous prétexte que cela nuit à la réussite. Bien évidemment, ceux-ci ont une obligation d’implication dans leurs propres études et ils doivent démontrer une honnêteté intellectuelle, mais faut-il ajouter une pénalité supplémentaire à celle qu’ils s’infligent eux-mêmes ? La commission scolaire ontarienne de York Region estime, dans son document de règles et procédures intitulé « Procedure #305.1, Timely Completion and Submission of Assignments for Evaluation, Grades 7-12 », que l’élève se pénalise lui-même puis qu’il semble évident que l’apprentissage s’insère dans un momentum, au moment où il est réalisé dans la classe, avec tous les participants. Si le travail est remis deux mois plus tard, l’élève s’affranchit volontairement de ce momentum et choisit de travailler à l’extérieur d’un contexte favorable mis en place par un enseignant bienveillant.

Dans ce document, il est question de la responsabilité qu’a l’élève de démontrer, par des artéfacts et des traces, du degré de maitrise d’une compétence. Dans le cas où il choisit de ne pas le faire, le zéro est la dernière solution et il est clairement indiqué que ce zéro, le cas échéant, ne doit aucunement entrer dans le calcul de la note finale puisque ce zéro témoigne davantage de compétences liées à l’organisation de l’apprentissage ou aux habitudes de travail plutôt qu’à l’apprentissage lui-même.

Au Québec, on est loin de là. Un travail non remis, et on l’entend souvent dans nos écoles, « ce n’est pas mon problème ». Même, à la limite, c’est moins de travail. En Ontario, il est attendu de l’enseignant qu’il communique avec les parents, prenne une entente avec l’élève, le talonne, lui donne de l’aide supplémentaire, etc. Bref, un travail non remis en Ontario, c’est tout un problème et une grande charge de travail. Un travail non remis, c’est définitivement le problème de l’enseignant et c’en est tout un ! Ce problème doit être partagé par tous les intervenants externes à l’élève et l’enseignant, en l’occurrence les parents et la direction d’école.

Autrement dit, l’évaluation n’est pas une fin en soi. C’est une étape de l’apprentissage et l’occasion pour l’enseignant d’utiliser divers instruments pour mesurer où en sont les apprenants sous sa responsabilité. Et l’outil évaluatif le plus important, ce ne n’est pas l’examen ou le travail à remettre ; c’est le jugement de l’enseignant, sa capacité à observer les indices visibles et à en témoigner.

En fait, l’évaluation des élèves ne révèle pas seulement des indices sur l’apprentissage des élèves ; elle en révèle également énormément sur les pratiques pédagogiques de l’enseignant !

Le gala des profs qui dérangent…

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Un jour, j’ai complimenté ma plus vieille alors que ma plus jeune était tout près : « Bravo ma grande. Tu as bien travaillé ! » Et ma plus jeune de répondre : « Et moi, j’ai mal travaillé ? ». Cette petite histoire familiale banale traduit bien ce qui se produit dans le monde professionnel de l’éducation lorsque des enseignants sont félicités par leurs supérieurs immédiats ou un professionnel d’encadrement à la suite d’un accomplissement particulier :

« Moi aussi je fais de belles choses et je ne suis jamais félicité ! »

« Ce sont toujours les mêmes qui sont félicités. »

« Bon… encore le têteux de boss ! »

« C’est du favoritisme ! »

Il n’est pas facile de renforcer des enseignants dans leur travail ! À titre d’exemple, je me souviens, il y a plusieurs années, la présidente du syndicat était venue me rendre visite dans mon bureau : « Je suis mal à l’aise que tu prennes du temps dans les journées pédagogiques pour féliciter des enseignants. » J’en étais frappé de stupeur ; je ne pouvais croire que celle qui devait représenter ses membres et veiller à leurs intérêts venait expressément de me demander de cesser de les encourager et de souligner leur(s) accomplissements(s). « Oui, tu en félicites un ou deux. Et les autres ? » Elle m’a expliqué que cela rendait la majorité mal à l’aise, ainsi que les enseignants félicités.

Malheureusement, cet exemple n’est pas un cas isolé. Combien d’enseignant brillent d’ingéniosité et d’innovation sans être reconnus dans leur milieu ? Je veux bien croire que nul n’est prophète dans son pays, mais les plus persévérants iront chercher cette reconnaissance à l’extérieur de leur milieu. Voilà qui est triste et pathétique : ils ont souvent un plus grand effet dans d’autres milieux que les leurs ! Dans leur école, ils sont souvent ostracisés ou font l’objet de railleries, et ce, quand ils ne sont pas carrément victime d’intimidation !

Voilà qu’en même temps, cette profession en mal de reconnaissance est en proie aux impératifs de nivèlement vers le bas, elle qui a du mal à gérer le renforcement positif ! Quel paradoxe ! Pourtant, la reconnaissance n’est-elle pas le principal facteur d’une équipe efficace (Wils et Tremblay, 2002) ? Pour espérer une reconnaissance sociale, il faudrait bien que cette dernière vienne d’abord des pairs, non ?

Un enseignant qui brille par son sens de l’innovation et par ses initiatives en est un dont la renommée rejaillira directement sur le milieu, donc sur ses collègues. Le problème en éducation, c’est simple : quand un professionnel s’élève, ceux qui sont incapables de s’élever à leur tour se sentent menacés. Il est donc plus simple de faire le nécessaire pour ramener son collègue sur Terre plutôt que de s’élever à son tour.

Pourtant, dans plusieurs milieux professionnels, on fait le contraire. Les cabinets d’avocats sont fiers d’avoir les meilleurs dans leur firme. Lorsqu’un médecin développe une nouvelle expertise, sa renommée rejaillit sur toute sa profession et même sur le domaine de la santé au complet. Cela fouette même les autres à rivaliser d’ingéniosité à leur tour. Même les artistes ont cet effet : lorsqu’un musicien se dépasse au sein d’un groupe, c’est le groupe en entier qui en bénéficie ! Idem lorsqu’il est question de la distribution d’acteurs ou de comédiens dans un film, une série ou une pièce de théâtre. Il existe même des galas qui mettent en valeur les réalisations de certaines professions : entrepreneurs, sportifs professionnels et les artistes, mais pas pour les professionnels de l’éducation ! Il y a même l’employé du mois chez McDonald’s, mais pas dans nos écoles !

Le gala des professionnels de l’éducation

En parlant des galas, imaginez un gala des professionnels de l’éducation…

« Et l’enseignant de mathématique qui s’est le plus démarqué au Québec en 2016 est… »

Panique. On sort les quolibets et les « on sait ben… » :

« On sait ben… il enseigne au privé » ou « C’est injuste, il a moins d’EHDAA que moi » ou « Moi, j’enseigne dans un quartier défavorisé », etc.

« Et le directeur d’école qui s’est le plus démarqué au Québec en 2016 est… »

On continue avec les railleries :

« C’était évident. Sa femme est bien placée au cabinet du ministre » ou « Je connais un parent dont la fille va à son école. Il parait qu’il est hautain » ou « Il y a trois profs en burnout dans son école », etc.

« Et l’école qui s’est la plus démarquée au Québec en 2016 est… »

« C’est une école publique située dans un quartier favorisé » ou « Ils sélectionnent leurs élèves en musique, à l’éducation internationale, et au sports-études », etc.

C’est triste. Le fait est qu’en éducation, nous sommes nés pour un petit pain en s’adaptant toujours au plus faible des maillons de la longue chaine que nous constituons. Nous nous livrons trop souvent à nos plus bas instincts : jalousie, envie, commérages, etc. Ne pourrions-nous pas être fiers de ce que l’autre réalise et s’en servir comme tremplin vers notre propre croissance professionnelle ?

Nous sommes nés pour un petit pain en s’adaptant toujours au plus faible des maillons de la longue chaine que nous constituons.

La reconnaissance sociale de la profession enseignante (au sens large du terme) viendra lorsque que nous saurons constituer un rempart de fierté protégeant les meilleurs d’entre nous au lieu de les placer en situation où il est devenu obligatoire de prêter flanc aux pires critiques acerbes de nos collègues lorsque nous tentons d’innover ou de nous dépasser.

Vous trouvez que j’exagère ? Vraiment, j’en doute. Je ne peux évidemment pas certifier que cela est présent dans toutes les institutions scolaires, mais j’ai la chance de côtoyer des enseignants novateurs issus de partout au Québec et je pense qu’extrapoler ce que je décris n’est probablement pas si loin de la réalité ! Et pendant qu’on y est, si vous jugez qu’autour de vous « on félicite toujours les mêmes », eh bien… posez-vous des questions !

 

 

Wils, T. et Tremblay, M. (2006) La mobilisation des ressources humaines : une stratégie de rassemblement des énergies de chacun pour le bien de tous. La mobilisation des personnes au travail. Collection « racines du savoir » p. 34-58.

Six (ou sept) idées pour vous aider à améliorer votre pratique en éducation

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Dans une démarche d’amélioration professionnelle continue et de mentalité de croissance, il m’apparait important de prendre le temps de saisir l’arrivée d’une nouvelle année pour réfléchir à ce qui a bien fonctionné dans nos actions éducatives et ce sur quoi nous devons nous améliorer. À défaut d’être en mesure de le faire immédiatement, la résolution pourrait être de mettre un système permettant l’amélioration des pratiques l’année suivante.

Quoi qu’il en soit, voici six (ou sept) idées pour vous aider à améliorer votre pratique professionnelle en éducation :

Alimenter régulièrement une liste de gestion des tâches (to-do list)

La critique la plus dure, bien souvent, vient de vous-même. Dans le feu de l’action, vous réalisez que telle chose ne fonctionne pas bien ou que, la réaction de vos élèves n’est pas à la hauteur de vos attentes. Que faites-vous ensuite ? Le monde scolaire est cyclique : ce que nous faisons aujourd’hui risque fort d’être répété les années suivantes sensiblement à la même période. Cela offre donc une occasion d’amélioration. Cela dit, comment vous vous y prenez pour vous assurer de tout prendre en note pour l’année suivante ?

Je vous recommande fortement d’utiliser un logiciel de gestion des tâches. Dans tous les téléphones intelligents et ordinateurs, il y en a une, mais trouvez-en une qui se synchronise avez tous vos appareils. Vous pourrez saisir vos idées peu importe où vous êtes, au moment où vous le souhaitez. Pour ma part, j’utilise Todoist qui est intuitif, puissant, multiplateforme et disponible dans plusieurs langues, dont le français !

S’impliquer dans des activités de formation continue

Mon collègue Jacques Cool citait récemment : « l’enseignant est aussi apprenant. La formation initiale n’est que ça, initiale ». Il s’agit de deux grandes vérités qui doivent faire partie de la conscience professionnelle de tout intervenant en éducation : d’une part, nos études universitaires ne sont pas suffisantes pour garantir 35 années à œuvrer auprès des jeunes qui sont à l’image d’une société en pleine évolution et, d’autre part, ces professionnels doivent adopter une posture d’apprenant. En effet, il n’y a aucune dichotomie professionnelle entre enseignement et apprentissage : les meilleurs enseignants sont souvent les meilleurs apprenants !

Les meilleurs enseignants sont souvent les meilleurs apprenants !

Enfin, la recherche en éducation est en pleine effervescence et elle est facilement accessible. Tous les professionnels en éducation doivent la consulter et se tenir à jour des avancées. Le RIRE-CTREQ est habituellement un bon carrefour scientifique en éducation et en voici un bon exemple.

Lire des livres, des articles de blogue, visionner des vlogs

On parle de plus en plus d’éducation dans les médias traditionnels. De plus en plus de praticiens ou de chercheurs écrivent des livres accessibles ou rédigent des articles de blogue. Internet regorge de ressources fantastiques pour suivre des gens inspirants qui ont des idées novatrices. Profitez de cette manne !

À titre d’exemple, lisez mon livre et celui de Jean-François Roberge, parmi tant d’autres.

Participer à une communauté d’apprentissage et de partages d’expériences professionnelles (CAPEP)

Sortez de votre silo et entrevoyez l’immensité des possibilités en éducation, lesquelles sont décuplées au contact d’autres passionnés de l’éducation. Ouvrez-vous un compte Twitter et sélectionnez minutieusement ceux qui feront désormais partie de votre garde rapprochée virtuelle. Pour savoir qui suivre sur Twitter en éducation, voici les incontournables.

Il existe également une pléthore de groupes Facebook formés d’enseignants : abonnez-vous à ceux qui vous intéressent ! Certains de ces groupes comptent des dizaines de milliers de membres ! Voilà deux façons de participer à un CAPEP en direct du confort de son foyer ou de son bureau !

Essayer une nouvelle approche

Il faut essayer de nouvelles choses; il est faux de prétendre que ce que vous faisiez il y a 15 ans peut être reconduit avec succès dans les 15 prochaines ! Vous avez certainement des formules gagnantes, certes, mais comment peuvent-elles devenir encore meilleures ? Vous avez également des formules que vous savez que vous devez changer. Pourquoi ne pas remplacer ces dernières ? Prenez votre temps pour élaborer votre nouvelle approche et lorsqu’une idée surgit, notez-la (voir point 1).

Impliquer les élèves

Les élèves doivent avoir leur mot à dire dans ce qui est à la base de leur démarche d’apprentissage. Consultez-les et mettez-les à contribution. Laissez-leur la chance d’élaborer des activités d’apprentissage et même, des activités d’évaluation. Sollicitez leur opinion. Servez-vous d’eux pour améliorer votre travail auprès d’eux.

Corrigez moins !

Pour les enseignants, corrigez moins ou plutôt, évaluez différemment. Vous certainement passez trop de temps à corriger des textes, devoirs, examens, etc. N’oubliez pas que vous avez un pouvoir de jugement et que ce dernier doit s’appuyer sur des traces. Ces traces ne sont pas seulement des évaluations conventionnelles dont la somme des pondérations doit donner 100%. Servez-vous de Google Classroom, de ChallengeU ou d’autres logiciels ou plateformes pour consigner les travaux des élèves et vos impressions sur leur élaboration.

Donner une rétroaction efficace à vos élèves en cours d’apprentissage permet non seulement de consolider les apprentissages et de mieux réussir, mais aussi, cela vous aide à sauver du temps de correction.

L’évaluation fait partie de l’apprentissage. Il faut cesser d’y voir une fin en soi et la considérer comme étant un outil de mesure de l’apprentissage mis en place à des moments stratégiques pour mieux adapter notre enseignement en fonction des buts à atteindre. Je sais, c’est gros : il faut changer les mentalités des élèves, des écoles, des parents, du système scolaire en entier en plus de celle des enseignants. Cependant, force est d’admettre que l’évaluation prend trop de place dans nos écoles et qu’elle est devenue trop protocolaire, officielle et lourde de conséquences. Conséquemment, elle devient source de stress et d’angoisse pour tous !

Je vous souhaite une bonne année 2017, remplie de projets.

 

Inspiré de https://twitter.com/mraspinall/status/815217204929187840

 

Le royaume des éteignoirs

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C’est triste à écrire, mais ça fait quelques années que le cynisme a imprégné plusieurs sphères de la société occidentale. L’exemple le plus probant exprimant cette réprobation des modèles traditionnels est certainement l’élection de Donald J. Trump. En fait, la remise en question des modèles traditionnels ne m’inquiète pas. Bien au contraire ! Ce qui m’inquiète, c’est la façon dont cela se traduit dans les relations entre les humains.

Même à Percé, un lieu pittoresque et normalement tranquille, un référendum portant sur un projet de développement commercial de 1.8M$ a fait l’objet d’une réelle campagne de peur. Cela s’est traduit par le rejet du projet et la démission de six conseillers municipaux.

De Percé aux États-Unis, je vous dirais bien honnêtement qu’en éducation, l’amalgame cynisme et campagne de peur, c’est du connu !

Il est bien plus facile de s’opposer plutôt qu’agir et s’investir en se responsabilisant. Effectivement, ne rien faire désengage, mais implique une responsabilité ultérieure encore plus lourde ! Bien que cette responsabilité soit bel et bien présente, elle n’est évidemment pas assumée lors de l’échec. Ces critiques blâmeront sans retenue les initiateurs de la démarche de changement pour l’échec survenu, alors que leur désinvestissement est certainement autant à blâmer, sinon davantage. Ils ne réalisent pas qu’ils participent plus au problème qu’à sa solution. Bref, critiquer donne la possibilité de se désinvestir en se donnant le beau rôle : les critiques pourront toujours dire : « Je vous l’avais dit ! »

img_0034Ils justifient leur immobilisme en se permettant de dénigrer ceux qui se démènent pour voir au succès de l’implantation du projet. Comme quoi, pour paraphraser Carl Leblanc, romancier québécois, « certains critiques sont capables de détruire, mais incapables de créer ». Le proverbe ouzbek suivant traduit également bien cette situation : « le confort est l’énergie de celui qui ne veut pas relever de défis ».

Du courage… 

Ron Canuel le répète ad nauseam. On a besoin de courage en éducation. J’extrapolerais : on a besoin de courage dans la société pour faire changer les choses, et ce, malgré que tous les ingrédients soient rassemblés pour nous faire craindre le pire : contextes financiers difficiles, éclatement des modèles de référence traditionnels, bouleversements sociaux, instabilité politique, etc. Il faut continuer à avoir le courage d’avancer et, justement, il faut se servir des contraintes qui nous sont imposées pour innover : comment un emprunt de 1.8M$ pour une petite ville peut-il servir de levier au développement économique régional et à la réalisation d’éventuels revenus pour une rentabilité rapide ? Dans la même veine, comment peut-on repenser nos écoles, incluant le travail de ceux qui y œuvrent quotidiennement ?

Le courage d’innover n’est peut-être pas à la portée de tout le monde. Chacun a sa personnalité. Cependant, le courage de se rallier est à la mesure de tous. Autrement dit, on peut bien débattre en long et en large, mais quand une décision est prise, il faut se rallier rapidement pour assurer la pérennité de nos institutions. Le courage fait en sorte que tous mettent la main à la pâte et rament dans le même sens pour que le changement mis en place puisse réussir. Quand les humains sont aptes à laisser leurs velléités de côté au profit du bien commun, c’est à ce moment que les liens se tissent et qu’on parvient, tous ensemble, à s’affranchir des forces gravitationnelles qui nous retiennent bien ancrés dans notre confort.

Autant dans les villages que dans le monde de l’éducation, il y a trop de place au leadership négatif, celui qui par la peur, la médisance ou le caquetage réussit à paralyser les autres. Il faut croire que cette dernière se transmet plus facilement que l’espoir ! Présentement, ces timorés ont trop de place dans nos institutions. La norme est de voir ces derniers se plaindre et chialer contre tout. Ils ont une belle écoute de la majorité silencieuse. Et pourquoi ne pas inverser cette norme ? Prendre le plancher pour ceux qui ont des idées et un plan pour les mettre en place, ceux qui osent prendre de « beaux risques » ?

Nous vivons dans une démocratie qui s’ankylose et s’atrophie. Un système où l’oisiveté habite le gros de ses immenses tentacules. La belle ville de Percé vient probablement de le réaliser violemment alors que ceux qui évoluent en éducation réalisent quotidiennement ce qu’il en est. Malheureusement, l’éducation est le royaume des éteignoirs. Il n’y a qu’une façon de s’en sortir : allumer le plus de réverbères possibles.

Il faut bâtir. Il faut innover, et ce, autant à l’école que dans le reste de la société. L’occasion est là pour l’école : devenir la locomotive plutôt que l’éternel wagon à tirer.

N’importe qui peut enseigner

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Visiblement, l’écart continuera toujours de croitre dans les pratiques des milliers d’enseignants québécois et, contrairement à ce qu’on peut penser, ce n’est pas la technologie qui en est la nature, mais bien la conception de l’éducation de ces mêmes enseignants qui est en cause. Ceux-là mêmes qui, encore et toujours, se tiennent debout devant leur classe, calcifiés, craie à la main en répétant toujours les mêmes choses, au même moment, année après année.

Ces automates-en-chef-qui-forment-des-automates-en-devenir
Au diable l’autonomie professionnelle de l’enseignant qui choisit ses approches et ses outils! Plutôt, il doit appliquer des recettes datant des années 1600 et d’autres issues des années 1900 sans remettre quoi que ce soit en question. Exit la pratique réflexive! La culture et la tradition doivent avoir préséance coûte que coûte et elles doivent déterminer comment l’enseignant doit enseigner. Avec cette conception de l’enseignement, à quoi bon imposer quatre années d’université? Avec cette conception de l’enseignement, n’importe qui peut enseigner! L’important est qu’il ait des histoires à raconter et qu’il puisse faire état de l’immensité de ses connaissances! Point final. Le discours, enflé d’une inépuisable rhétorique n’a pas à être connecté sur les besoins des élèves. Vu qu’il se fait sans appareils numériques, il est automatiquement connecté sur l’élève… vous savez, rien de mieux qu’un bon lien d’humain à humain sans intermédiaire. Comme si le pédantisme ne constituait pas une entrave pédagogique en soi!

Cette outrecuidance (ou naïveté éduquée) pousse même ces maîtres de l’axiomatique à prétendre développer l’esprit critique de leurs élèves… tant qu’ils font exactement ce qui leur est demandé.

Les élèves incultes
Justement, et l’élève là-dedans? Bah, il est inculte et absorbé par un contenu éphémère d’une pop culture disponible et relayée par ses appareils numériques. Il est une honte à notre glorieuse civilisation. C’était tellement mieux dans la Grèce antique…

Et la rétroaction? On s’en fout… souvenez-vous que l’activité pédagogique ne va que dans un sens: celui de l’enseignant vers ses élèves.

Et la collaboration? Ha! Les élèves perdent leur temps en groupe et ils ne savent pas travailler en équipe (Notez l’ironie ici: ils ne savent pas faire quelque chose, personne ne leur enseigne comment le faire et, en plus, on les critique de ne pas savoir comment le faire!)!

Et la différenciation pédagogique? Si les élèves se forçaient en classe et qu’ils faisaient leurs devoirs, on n’aurait pas besoin de différencier!

Et la formation continue des enseignants? Avez-vous vraiment besoin de formation si vous faites toujours les mêmes recettes?

Vous en avez assez?
Vous êtes exaspéré de lire ces inepties dans les journaux ou sur internet? Moi, non. Voici pourquoi :

1. Je m’attends à lire cela. Et on n’a pas fini!
2. Les positions rétrogrades soutenues par ces auteurs dépassés par l’avancement social, ne sont habituellement pas celles du commun des enseignants. Ce sont des commentateurs qui demeurent dans les idées et qui ne feraient certainement pas long feu dans une classe. Ils rejoignent une minorité d’enseignants qui se sentent réconfortés par des idées. Vous savez, ces enseignants qui, depuis 15 ans, prédisent l’échec de la Réforme…?
3. La pratique universitaire commence à prendre le virage de l’enseignement au 21e siècle. Lorsque je lis les travaux de professeurs comme Margarida Romero, Thérèse Laferrière, Thierry Karsenti, Éric Morissette, Robert David (ainsi que plusieurs autres), je me dis que nous sommes sur la bonne voie!
4. Le monde de l’éducation est en pleine mutation et à tous les jours, des enseignants prennent le virage du changement. Ils changent leurs approches, leurs outils didactiques, l’aménagement de leur classe, la nature de l’évaluation, etc. Il y en aura toujours qui résisteront et ce qui est rassurant, c’est qu’il y en a de moins en moins.
5. Il faut se concentrer sur ces enseignants, ceux qui sont en mouvement. Il faut les outiller et les épauler.
6. En effet, il y a de plus en plus d’enseignants qui adoptent des postures d’apprenants et qui comprennent désormais que le domaine de l’enseignement ne peut être pris pour acquis. Il est flexible, intangible, insaisissable et impossible à cerner dans sa globalité. Ils comprennent également que l’impression de détenir la vérité dans cette profession est le début de la fin, car l’étrange impression d’être au sommet de sa profession implique qu’il ne reste qu’un seul chemin à prendre: celui du déclin. Il est difficile d’accepter que certains de nos confrères font ce choix, mais au moins, ils ne sera jamais trop tard pour prendre le chemin de la prédisposition à se dépasser!

Pour en revenir à la façon dont on considère nos élèves, je me dis que si nous aspirons à être le reflet de la mentalité de croissance que nous souhaitons insuffler chez nos jeunes, il faut bien évidemment commencer par l’incarner!

Bref, si n’importe qui peut enseigner, force est d’admettre que ce n’est pas n’importe qui qui peut apprendre! Et c’est là qu’on distingue les bons enseignants du reste: ils réalisent que l’enseignement n’est pas donné à tous, mais que tous nos jeunes (et moins jeunes) peuvent apprendre. L’effet enseignant, ça va dans les deux sens!

NB: Merci à David Chartrand de ChallengeU pour la permission d’utiliser son image!

Lettre ouverte au ministre de l’Éducation du Québec

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Monsieur le Ministre,

Récemment, j’écoutais une bribe d’une de vos entrevues tenues à la radio de Radio-Canada. En vous paraphrasant, vous mentionniez que vous souhaitiez trouver les leviers qui mèneraient un maximum d’élèves vers la réussite scolaire.

Cette préoccupation, je suis certain que vous le savez déjà, est partagée par une très forte majorité des intervenants du milieu scolaire, sans égard à la nature de leur travail auprès des élèves. J’ajouterais qu’elle l’est d’ailleurs depuis fort longtemps. L’objet de ma lettre ouverte est de vous sensibiliser à l’importance de cesser de tenter de rénover le système d’éducation qui se caractérise désormais par sa désuétude et d’envisager, enfin, de reconstruire un nouveau modèle scolaire pour le Québec. Bref, la réussite ne pourrait-elle pas se trouver dans un autre paradigme ? Si ses leviers se trouvaient toujours dans le système actuel, je crois qu’avec tous les intervenants de qualité qui y œuvrent quotidiennement, nous les aurions trouvés.

À cet égard, je citerais Richard Buckminster Fuller : « On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante. Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rendra obsolète celui existant ». Là est notre problème, du moins depuis 2001 : ce qui a longtemps été appelé le Renouveau pédagogique était novateur, mais construit sur d’anciennes bases, toujours présentes. C’était un renouveau mi-figue, mi-raisin, une vieille Chevette dans laquelle on place un moteur de Porsche 911 Turbo.

À la base, Monsieur le Ministre, que souhaitons-nous tous ? Nous voulons que les élèves aient envie d’être à l’école et qu’ils s’y sentent bien, sans nécessairement voir leur parcours scolaire comme étant un passage obligé. À cette ultime priorité, nous souhaitons éduquer (instruire est un peu trop limité !) nos jeunes en plus de les rendre compétents, connaissants et en mesure d’assumer leurs éventuelles responsabilités sociales, professionnelles, familiales, etc.

Pour ce faire, j’aimerais humblement vous faire quelques propositions pour une école bien ancrée au 21e siècle :

Une école ouverte et flexible

J’aimerais voir une école ouverte où les élèves avancent à leur propre rythme et où les parcours d’apprentissages sont multiples. On parle souvent de différenciation pédagogique; je crois qu’il est temps de donner une réelle portée à ce terme qui est utilisé dans toutes les écoles quotidiennement. Cessons de différencier exclusivement dans la salle de classe; différencions les parcours d’apprentissages des élèves ! Ne pourrions-nous pas permettre à nos élèves de choisir les cours auxquels ils sont inscrits et dans quel ordre ils pourraient les suivre ? Bien évidemment, il y aurait quelques prérequis orientant certains choix et quelques cours obligatoires, mais abaissons les murs des classes et même ceux des écoles. Brisons les rangs d’ognons dans lesquels les élèves sont confinés. Donnons à nos écoles les allures d’un lieu ouvert, décloisonné, flexible, adapté à ceux qui le fréquentent.

À l’heure actuelle, nos élèves ont bien peu de choix dans leur propre démarche scolaire. Ils ne    contrôlent ni le temps scolaire ni la matière étudiée. Ils doivent souvent s’assoir à une place assignée pour suivre un cours défini. Ils n’ont aucune prise sur la séquence pédagogique et encore moins sur les outils mis à leur disposition en cours d’apprentissage. Également, pourquoi ne pas implanter des badges numériques qui pourraient, éventuellement, former un diplôme d’études secondaires ? L’idée est de permettre à l’élève d’obtenir un renforcement positif lors de sa progression scolaire et de donner une valeur à ces badges.

Une compétence professionnelle évolutive

J’aimerais que les enseignants puissent exercer une réelle autonomie professionnelle et qu’ils puissent aussi faire de véritables choix pédagogiques. Je souhaite qu’ils puissent être valorisés dans leur profession et qu’ils puissent exercer leur créativité professionnelle. Nous avons un criant besoin d’innovation en éducation et ce n’est certes pas en recyclant les approches ou les pratiques actuelles (ou plutôt les approches passées) que nous y parviendrons. Mettons-les réellement à l’avant-plan des activités scolaires au lieu de les étouffer par des programmes lourds et un temps limité. Ne vous gênez pas pour leur imposer des activités de formation continue afin qu’ils développent ou conservent un haut degré de professionnalisme et de compétence. Si l’effet enseignant joue un rôle dans la réussite scolaire, elle peut aussi lui nuire. Ne l’oublions pas !

Il est de votre responsabilité de leur permettre d’accéder à leurs propres leviers de transformation. Offrez des enveloppes budgétaires pour les écoles pour faciliter la formation continue chez les enseignants, mais surtout, donnez-leur des mesures incitatives. Par exemple, à chaque centaine d’heures de formation continue suivie, l’enseignant obtient une journée de congé ou quelque chose du genre. C’est bien peu, mais c’est un bon début de reconnaissance pour ceux qui s’impliquent activement dans leur développement professionnel.

Donner un nouveau souffle aux compétences transversales

Je sais, l’enseignement par compétences ne fait pas l’unanimité dans le milieu. Pendant que plusieurs se plaisent à opposer compétences et connaissances, j’aimerais réitérer ce que de plus en plus d’enseignants comprennent : il s’agit plutôt de deux concepts complémentaires. Cela dit, il faut faire de la place pour intégrer les compétences transversales au quotidien des élèves. Sans qu’elles soient nécessairement évaluées, elles doivent être intégrées dans les parcours de nos élèves qui vivront leur vie entière au 21e siècle : collaboration, cocréation, résolution de problèmes, communication, etc. Les Finlandais ont, semble-t-il, abandonné les compétences disciplinaires pour centrer leur action éducative sur les thèmes transversaux. Sans faire un tel virage qui risquerait d’effrayer autant le personnel scolaire que les parents, il y a certainement un moyen de faciliter la transversalité des contenus et d’abolir les matières-silos dans chaque école. Les matières sont des chasses gardées au contenu exclusif alors qu’il y aurait tellement lieu d’en faire une belle trame d’évènements continus coulant tous dans le même sens : celui que l’élève lui donne.

La sempiternelle question du financement

Le financement… Je me doute que vous êtes lassé d’en entendre parler. Je sais que le Québec suit les grandes lignes financières des pays de l’OCDE (OCDE, 2015), mais je souhaite vous rappeler qu’il y a lieu de faire mieux. Je sais, un programme de formation uniforme vous permet de mieux mesurer la performance du système, de vos écoles et des élèves. Vous pouvez ensuite comparer cela avec les autres pays de l’OCDE et vérifier la « rentabilité » de vos investissements en éducation.

Bien que je comprenne que les finances de l’État sont précaires et que tout le monde tire sur sa couverte, ne perdons pas de vue l’essentiel : investir en éducation maintenant risque fort de désengorger le domaine de la santé demain. Vous investirez dans l’innovation pour trouver de nouvelles solutions qui pourront améliorer la santé de nos concitoyens. Mais, de grâce, cessez de financer les piliers érodés d’un système qui finira, tôt ou tard, par imploser.

Monsieur, alors que vous tenez des consultations sur la réussite scolaire, je souhaitais vous sensibiliser à la perspective que nous cherchons peut-être la réussite là où elle ne se trouve plus. Ce n’est pas en (re)mélangeant les mêmes cartes que nous implanterons un réel changement qui engendrera une réelle réussite scolaire. Il faut résolument chercher ailleurs.

(…) nous cherchons peut-être la réussite là où elle ne se trouve plus.

Monsieur le ministre, je vous demande de tenir tête à ceux qui veulent rénover un modèle qui a fait son temps. Je vous demande de faire preuve d’audace pour inspirer les intervenants en milieu scolaire à en faire autant. En redéfinissant un nouveau modèle, vous nous inciterez à redéfinir nos pratiques.

Il manque de leadership et de vision en éducation au Québec. En fait, je corrige : ceux qui ont de la vision et du leadership sont trop souvent rabroués par d’autres collègues qui se font les porte-étendards d’un système rigide et qui se sentent menacés par des idées hérétiques.

Et c’est pour cela que j’ai choisi de vous écrire. Vous avez le pouvoir de faire que le différent et le contrasté puissent devenir une norme en éducation et que le banal et l’habituel deviennent ce qui est proscrit. Plus que jamais, nous avons besoin de quelqu’un qui pave la voie en éducation au Québec pour donner du courage à ceux qui sont prêts à vous suivre dans cette voie. Monsieur le Ministre, j’ai eu l’occasion de rencontrer une pléthore de professionnels de l’éducation ces dernières années et je peux vous dire que nous sommes mûrs pour un tel changement et que vous aurez un support indéfectible, mais apolitique de la part d’un grand nombre d’enseignants audacieux, de cadres scolaires inspirés et de professionnels en soutien dévoués.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire si cette lettre s’est rendue jusqu’à vous et je demeure à votre disposition pour en discuter plus longuement,

 

Marc-André Girard

info@magirard.com

Directeur d’école

Doctorant en administration de l’éducation

Auteur, blogueur et conférencier

La vraie autonomie professionnelle

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À quoi se réfère-t-on lorsqu’on fait référence à l’autonomie professionnelle chez les enseignants ? Si pour certains, il s’agit d’un simple acquis qui vient d’office avec un brevet d’enseignement, détrompez-vous : cela vient avec son lot de responsabilités et de devoirs à plusieurs égards.

À la lumière des explications de Levasseur (2004), nous pouvons conclure que la professionnalisation de l’enseignement repose sur la qualité des enseignants en fonction des critères suivants :

  • Une formation universitaire pratique, où les stages en milieu scolaire jouent un rôle important dans la formation des maitres;
  • Un référentiel de douze compétences professionnelles qui sont, en quelque sorte, la pierre d’assise de la formation universitaire des futurs enseignants, programme qui, rappelons-le, se déroule sur quatre années;
  • Un programme de formation laissant aux enseignants la plus grande latitude qu’ils n’ont jamais eue en regard des choix des outils didactiques et des approches pédagogiques à employer, en plus des types d’évaluation à envisager. Ils disposent, justement, d’une importante autonomie professionnelle à cet égard;
  • Des perspectives de formation continue qui sont de qualité et qui sont également accessibles pour eux;
  • Des critères d’embauche nécessitant une qualification reconnue et uniforme, et ce, malgré le fait qu’il existe bel et bien des milieux scolaires qui ont des difficultés de recrutement.

Le capital professionnel

Andy Hargreaves et Michael Fullan ont écrit un livre fantastique, lequel met l’accent sur ce qu’ils appellent le capital professionnel. Ce concept dépasse largement la notion de capital financier et de rentabilité sur l’investissement. Il est question d’essentiellement trois choses qui, lorsque conjuguées, libèrent la puissance du capital professionnel :

  1. Un capital humain, qui représente l’ensemble des talents et aptitudes de l’enseignant et de tout l’aspect intrinsèque qui l’anime à faire le nécessaire pour assurer la réussite éducative de leurs élèves.
  1. Un capital social, lequel est le résultat de l’exercice du capital humain d’un enseignant évoluant dans un réseau professionnel. Connectés entre eux à travers une communauté d’apprentissage et de partage d’expériences, ils croient fermement que ces interactions sont gages d’amélioration de leurs pratiques professionnelles. Le partage des idées, d’expériences et de rétroactions qui en émane est un élément fort à la consolidation des pratiques professionnelles probantes en éducation. Ces discussions offrent un havre où les enseignants peuvent être vulnérables ensemble et où cette vulnérabilité devient une étape vers le perfectionnement de leurs pratiques.

Les capitaux humains et sociaux, ensemble, peuvent changer la dynamique complète d’une école. Imaginez des enseignants dont les capitaux humains et sociaux sont mis de l’avant et valorisés. Imaginez comment l’effervescence scolaire finit, tôt ou tard, par entrainer les élèves dans son sillon… Encore mieux, imaginez un chapelet de ces écoles effervescentes dans un système éducatif comme le nôtre ! Le réseautage n’a pas à être confiné à l’enceinte d’une école; il peut (et il doit) certes transcender les murs de l’institution pour permettre les échanges entre professionnels grâce à une activité mutuelle d’exportation et d’importation des expertises.

  1. Un capital décisionnel permet d’ajouter aux cinq critères de Levasseur. En effet, il y aurait lieu d’ajouter ceci : Making decisions in complex situations is what professionalism is all about (Hargreaves et Fullan, 2012). Voilà le cœur de ce qu’est l’autonomie professionnelle des enseignants : prendre des décisions difficiles, dans des situations complexes, en se basant sur son expérience et en s’appuyant et sur celle des leaders du milieu (collègues enseignants, non-enseignants et directions d’école), ainsi que sur la nature du projet éducatif de l’école. Il ne s’agit pas d’éviter les situations complexes, mais plutôt de les affronter avec toute la confiance du monde en ses propres capacités issues de notre expérience et notre jugement professionnels. Cette confiance est confortée par des décideurs qui se tiennent debout face à ces mêmes situations complexes et qui s’appuient sur les décisions des intervenants préalables.

C’est la pierre angulaire de l’autonomie professionnelle en éducation. Il ne s’agit pas de se limiter à être en mesure de prendre des décisions, mais surtout, il s’agit de les prendre en toute transparence sans se soustraire à l’opinion de ceux qui sont concernés par lesdites décisions, soit bien souvent les élèves et leurs parents. Trop d’enseignants se cachent : ils veulent décider en pleine unilatéralité, sans toutefois avoir à confronter les parties impliquées dans cette décision. Il faut comprendre que l’autonomie professionnelle n’est pas l’exercice d’une souveraineté, mais bien un exercice de transparence : devoir justifier pourquoi on prend ces décisions et accepter le principe fondamental de reddition de comptes ou de redevabilité dans une profession publique. Oui, nous sommes maitres dans nos classes et nous sommes autonomes professionnellement, mais attention : nous ne sommes pas pour autant des travailleurs autonomes !

Nous sommes maitres dans nos classes et nous sommes autonomes professionnellement. Nous ne sommes pas pour autant des travailleurs autonomes !

D’ailleurs, pour ceux qui se soucient de la reconnaissance du public face à l’enseignement, je dirais qu’elle vient lorsque nous sommes non seulement en mesure de juger d’une situation qui a un grand impact chez l’élève, mais surtout, lorsque nous nous tenons debout, pour assumer les effets collatéraux de ces décisions. Voilà donc un premier jalon posé pour l’autonomie professionnelle, la reconnaissance de la profession et, surtout, pour la performance en enseignement. Comme Hargreaves et Fullan le signalent, des enseignants transparents, ouverts à la rétroaction, fiers et responsables de leur travail quotidien sont ceux qui sont respectés par leurs pairs, par leurs élèves et par le public en général. L’autonomie professionnelle n’est donc pas nécessairement un acquis; elle s’acquiert à la sueur de nos fronts et à nos habiletés à piloter le navire en pleine tempête, en se tenant droit à la barre.

 

Hargreaves, A., Fullan, M. (2012). Professional Capital: Transforming Teaching in Every School. Teachers College Press.

Levasseur, L. (2004). Le sens de la professionnalisation de l’enseignement. Formation et profession, vol. 10(2), p. 10 à 12.

L’insoutenable paradoxe des épreuves uniques

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J’ai déjà écrit à propos du format des épreuves uniques qui est dépassé. Hier, le MÉES nous a donné un nouvel argument démontrant clairement que ses fameux examens sont bel et bien désuets. Probablement que dans vos écoles, vous avez entendu parler de l’Info-Sanction du ministère stipulant que les calculatrices graphiques sont désormais interdites alors qu’elles étaient permises ou tolérées depuis au moins une quinzaine d’années. Oui, vous avez bien lu : au tournant du siècle, aucun problème pour une calculatrice à affichage graphique, mais aujourd’hui, avec tous les bouleversements technologiques dans notre société, on retire cet outil.

Profonds paradoxes

Le problème, avouons-le, ce n’est pas l’outil : calculatrice à affichage graphique ou non, Desmos, les iPad et les autres outils de simulation, etc., c’est du pareil au même. Le problème est le format de l’épreuve; c’est une épreuve unique dans tous les sens du mot : un seul examen, fait individuellement, qui a lieu à un seul moment pour des dizaines de milliers d’élèves, avec un seul outil, une seule grille de correction, etc.  Celle-ci va pourtant dans le sens contraire des impératifs de différenciation pédagogique mis de l’avant par ce même ministère. Bref, chers enseignants, adaptez votre enseignement aux élèves qui sont dans vos classes. Laissez-leur le choix des outils à utiliser. Offrez-leur des perspectives d’approfondissement de la matière et donnez-leur des choix pédagogiques à faire en lien avec leur processus d’apprentissage. Reconnaissez la différence et la diversité et valorisez l’hétérogénéité. Et surtout, donnez aux élèves des occasions de collaborer dans la réalisation de tâches complexes.

En parallèle, cependant, le ministère évalue la singularité, l’uniformité et l’homogénéité. Pas fort ! Restreindre le choix des outils à une épreuve ministérielle est un pas en ce sens. Quels paradoxes !

Une finalité en soi

Devons-nous le rappeler ? L’évaluation fait partie du processus d’apprentissage. Or, dans l’état actuel des choses, les épreuves ministérielles sont une fin en soi. À l’heure actuelle, en science, mathématique et histoire de quatrième secondaire, les activités d’enseignement sont orientées vers la réussite de l’examen. Comme le cite Mario Asselin dans son article de ce matin, c’est le fameux teach to the test. Ce n’est pas pour rien que les enseignants de ces matières verbalisent souvent leur difficulté à enseigner autrement et lorsqu’ils le font, ils se font souvent rabrouer par leurs directions d’écoles, les parents de leurs élèves ou leurs élèves eux-mêmes. Chaque année, en quatrième secondaire, la panique prend, le stress monte d’un cran. Les enjeux sont grands et la réussite aux examens est une partie importante de ces craintes qui se renouvèlent annuellement, une cohorte après une autre…

Des pistes de solution

N’y a-t-il pas moyen que les élèves démontrent leur compréhension autrement en mobilisant les ressources de leur choix ? N’est-ce pas une des particularités des compétences à développer au 21e siècle, soit d’être en mesure de mobiliser les outils et les ressources nécessaires pour résoudre des problèmes complexes et représentatifs de la réalité ? N’est-ce pas l’essentiel du développement des compétences ?

Il faut revoir le format des épreuves ministérielles pour mettre l’accent sur le développement global de l’élève, son éducation au lieu de se borner à valider des connaissances souvent décontextualisées ou encore vérifier l’état du développement des compétences sur des feuilles 8 ½ x 11. Il y a certainement une façon à imaginer pour rendre ces épreuves plus signifiantes.

Pourquoi les épreuves uniques ne seraient-elles pas une série de consignes à fournir à des enseignants en leur laissant le soin d’élaborer ladite épreuve eux-mêmes ? Pourquoi ne pas mobiliser les équipes-écoles en ce sens ? On ferait une pierre, deux coups : revamper des épreuves désuètes dont le format a peu changé en comparaison des approches pédagogiques sur le terrain tout en permettant aux enseignants d’exercer leur autonomie professionnelle. Ne sont-ils pas les mieux placés pour savoir ce qui est le mieux pour l’élève ? Il y a certainement lieu de décentraliser ces épreuves ministérielles, quitte à les faire approuver par le ministère l’automne précédant la session d’examens de juin.

La fragilité des épreuves ministérielles

Les épreuves ministérielles sont fragiles et vulnérables. Quand ce n’est pas un certain coulage qui annule une question ou une partie d’un examen, c’est un examen trop court ou trop long ou encore trop facile ou trop difficile. Bref, non seulement ces épreuves ne font-elles pas l’unanimité au sein de la communauté des professionnels de l’éducation, mais en plus, elles sont totalement vulnérables aux aléas de la vie moderne : médias sociaux, facilité de tricherie, coulage, calculatrices, feuilles de notes, etc. N’est-ce pas un signe comme quoi leur format n’est plus adapté aux réalités scolaires actuelles ?

Pendant ce temps, je ne peux que souligner le superbe paradoxe et l’inconséquence du MÉES qui incite ses enseignants à se connecter (dans tous les sens du mot) alors que lui-même choisit de se déconnecter (dans tous les sens du mot, encore une fois !).

Autrement dit, faites ce que je dis et non ce que je fais. Et pendant ce temps, on envoie encore des signaux contradictoires au personnel scolaire qui travaille sur le terrain, lequel doit improviser dans bien des cas.

Lorsque le MÉES tangue, c’est tout le système scolaire qui tergiverse ! À quand un vrai leadership visionnaire, conséquent et cohérent en éducation ?

La puissance du blogue

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De plus en plus, on voit des espaces de blogues émerger. En y pensant bien, cela était inévitable puisque, grâce à l’avènement des médias sociaux jumelé avec cette effervescence qui caractérise le monde de l’éducation actuel, il fallait bien s’attendre à ce que des praticiens envahissent la blogosphère pour rendre compte de leurs approches pédagogiques.

L’idée de cet article est venue il y a quelques semaines alors que mon collègue ontarien Marius Bourgeois a publié un article intitulé La question se pose et où il fait état des avantages du blogue pour les directions d’écoles. Également, lors d’un cours à l’Université de Montréal auquel j’étais inscrit l’été dernier, nous discutions du fait que le blogue était devenu un outil d’explicitation des pratiques. Nous y reviendrons.

Bloguer pour apprendre
À première vue, on pourrait croire que le blogue est une activité altruiste et qu’elle ne bénéficie qu’au lectorat. Or, on néglige souvent ceci : pour le blogueur, c’est une occasion inespérée de rassembler ses idées et d’entamer une démarche de réflexion sur sa propre pratique. C’est un des rares moments où le professionnel accepte de se soustraire à l’urgence du moment pour ainsi s’offrir un espace de réflexion sur différents éléments qui constituent son quotidien scolaire :

  • Un retour sur des événements antérieurs pour en comprendre les rouages;
  • Un retour sur nos réactions relatives à ces événements pour essayer de comprendre comment et pourquoi nous réagissons d’une telle façon;
  • Rendre compte de nos trouvailles, de nos expériences, de nos réussites et de nos échecs;
  • Prendre position;
  • Partager son expertise ou, à tout le moins, la diffuser pour qu’elle puisse aider ou inspirer nos collègues;
  • Informer ou relayer des sources informatives (site web, livres, articles de journaux ou de périodiques, etc.);
  • Etc.

Lorsqu’il est question des pratiques professionnelles, il semble que les professionnels qui ont un haut degré de compétence aient de la difficulté à verbaliser les éléments que constitue leur propre pratique. La raison est simple : ils savent tellement quoi faire au moment opportun et en plus, ils savent comment le faire de façon presque spontanée et irréfléchie. Ces actions professionnelles automatiques échappent à notre conscience puisque les gestes ont souvent été réalisés machinalement ou automatiquement. Le blogue peut donc devenir un outil d’explicitation de nos pratiques alors qu’on détaille nos actions pour les rendre accessibles à notre conscience. On mobilise notre propre expérience comme levier dans l’atteinte d’un plus grand degré de compétence. En réussissant à verbaliser ou écrire sur ce que l’on fait, cela nous permet de mieux saisir l’ampleur de nos actions.

Bloguer, c’est un pas de plus vers une mentalité de croissance professionnelle.

Bloguer pour déranger
Le blogue est aussi un outil de saine provocation. Il permet de véhiculer d’autres points de vue que ceux normalement véhiculés par les canaux culturels traditionnels. Pour en apprendre davantage sur sa profession, à l’heure des changements en éducation, les blogues sont une source intarissable d’information.

La culture du silence est bien imprégnée dans les moeurs du système scolaire. Bien sûr, il faut briser ce moule du silence qui façonne trop d’intervenants scolaires. Ce silence est un symptôme d’une tradition conservatrice trop bien ancrée dans nos écoles : il ne faut surtout pas déranger les habitudes ou les routines de ses collègues. Pourtant, comme je l’écris dans mon livre :

l’école n’est pas un havre à l’abri du changement. Elle en est l’incubateur.

Ce ne sont pas uniquement les élèves qui doivent voir leur quiétude intellectuelle bouleversée; les enseignants et autres professionnels de l’éducation aussi !

Bien évidemment, bloguer signifie se rendre vulnérable aux railleries des autres. Il est en effet incontournable que certains de vos lecteurs vous dénigrent, mais rassurez-vous : avec la majorité de votre lectorat, vous ouvrirez un espace de débat qui, à défaut de se tenir en votre présence, il finira par naitre dans les écoles ou dans divers contextes et chez différents intervenants : des parents, des enseignants, des directions d’école, des professionnels et même, possiblement, des décideurs publics réutiliseront vos arguments.

Vous ne ferez pas que des heureux ! Pour paraphraser Marius Bourgeois encore une fois, il est vrai que quand on essaie de faire différemment, ça dérange. Il est d’autant plus vrai que quand on réussit à faire différemment, on dérange encore plus. Si, en plus, on parle haut et fort de nos réussites (ou qu’on blogue à cet effet), c’est comme ajouter l’insulte à l’injure ! Nous sommes perçus comme étant prétentieux, vantards dans un monde où l’humilité et les belles valeurs judéo-chrétiennes de modestie, pudeur et de résignation, prédominent. Il faut changer de mentalité :

Il ne suffit plus de se soumettre à plus grand que soi. Au contraire, il est question de s’élever pour faire partie de plus grand que soi !

Bloguer pour mener et inspirer
Il faut prendre le risque de contribuer à ce qui se passe dans le monde de l’éducation. Trop de professionnels de l’éducation se plaignent de subir les décisions des instances. Bloguer offre une voix dans l’immensité. Peut-être votre voix sera-t-elle étouffée par la surabondance médiatique qui caractérise notre époque, mais au moins, vous aurez su vous exprimer, ce qui est déjà mieux que de demeurer inerte et muet. La tache est lourde : il faut prendre position pour une école renouvelée et bien ancrée dans le siècle actuel.

Le monde de l’éducation a besoin de leaders visionnaires et mobilisateurs. Le blogue est l’espace parfait pour exercer ce rôle : on y consigne des mots qui se traduisent par des actions autant chez le blogueur que chez le lecteur. Le but ici est de réinvestir ces idées dans la pratique, et ce, rapidement. Autrement dit, le blogue est un outil d’aujourd’hui pour diffuser les idées actuelles qui façonnent un système scolaire en pleine mutation !

En ce sens, le blogue professionnel en éducation est à la fois un miroir et un phare : un miroir pour celui qui rédige et qui adopte une posture réflexive et un phare qui éclaire ceux qui émergent de la grande noirceur d’un monde de l’éducation dépassé qui cherche à justifier sa nature ancestrale. C’est ceux-là qui doivent être guidés. Entre-temps, n’oublions pas :

la croissance nait de la passion, de la lumière et du bruit.

Il est inévitable de devoir déranger et il y aura toujours des personnes qui tenteront de vous éteindre. Au moins, vous saurez où vous abreuver pour retrouver l’énergie qu’il vous faut pour persévérer !

Quelle fin d’année scolaire !

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Dans les écoles, il est facile de blâmer le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement Supérieur (MÉES). Si vous vous attendez à ce que je le cloue au pilori à mon tour, vous serez déçus. En fait, c’est le dernier endroit où j’aimerais être à l’heure actuelle. Disons que déjà que cette période de l’année est stressante dans les écoles, imaginez ce à quoi ça ressemble à la Sanction des études et ailleurs dans le Complexe G à Québec !

Tout a débuté avec un examen de mathématique en sixième année du primaire trop long qui finira, du moins partiellement, par être annulé. Une partie aurait également été coulée. Quelques jours plus tard, c’est au tour de l’épreuve unique d’histoire de quatrième secondaire. La fameuse question à développement, celle qui vaut la moitié de l’examen, donc le quart de l’année scolaire, a été coulée également. Il n’en fallait pas plus pour que la planète éducation québécoise, et elle est grande et combien ratoureuse, s’emballe : le corrigé circulait sur les réseaux sociaux avant l’examen, et celui de l’examen suivant, en science, circulerait déjà. Panique. L’examen d’histoire sera-t-il annulé ? Les paris sont ouverts. Le MÉES a néanmoins demandé que les notes soient transmises comme à l’habitude.

Après cette explication très sommaire de ce fiasco, j’en viens à deux conclusions :

Un ordre professionnel pour tous les professionnels en éducation

Soyons clairs, les examens ministériels sont envoyés au responsable de la sanction des études dans chaque école ou commission scolaires. La plupart du temps, il s’agit de personne-cadre ou de direction dans l’école qui le reçoit et en assume la responsabilité. Cela veut dire que cette information a d’abord été coulée par une de ces personnes et qu’elle a été coulée ensuite, semble-t-il, à un enseignant d’histoire de la Mauricie. Une de ses élèves l’aurait imité en faisant un tutoriel sur Facebook.

Bien que le MÉES mène une enquête à l’heure actuelle, la vérité est simple. Peu importe ce qui s’est réellement passé, on ne peut présumer du professionnalisme que tous les intervenants qui gèrent la sanction des études dans les écoles ou commissions scolaire. Un ordre professionnel viendrait mettre de l’ordre dans tout cela en encadrant la profession enseignante ainsi que celle de la direction d’une école.

En éducation, l’éthique professionnelle est un concept élastique qui, si pour la plupart des intervenants ce n’est pas un problème, il n’en demeure pas moins que c’est une minorité qui porte atteinte à la profession. Lorsqu’on aborde la question de l’ordre professionnel, bien souvent, la première conclusion qui émane des discussions est la suivante : protéger le public contre quoi au juste ? Eh bien, on en a maintenant un élément de réponse, non ?

Le format des examens ministériels est dépassé

Plusieurs enseignants refusent d’épouser les nouvelles approches pédagogiques, et ce, particulièrement en quatrième et cinquième secondaire. La raison est simple : les épreuves ministérielles n’ont pas pris ce virage ! Cela nous démontre que ces examens sont une fin en soi et non pas une partie intégrante de la démarche d’apprentissage. C’est malheureux de constater que les approches sont dictées par les évaluations et non le contraire…

Lorsqu’il est aussi facile de faire couler un examen, cela démontre clairement que son contenu est mal adapté à la réalité de la société d’aujourd’hui, alors que les médias sociaux agissent davantage comme canal de divulgation de contenus et de tricherie potentiel plutôt que d’outil de collaboration. Et si les outils d’aujourd’hui étaient plutôt un levier pour, non seulement valider les contenus disciplinaires, mais surtout, pour consolider les compétences du 21e siècle ?

La nécessité de revoir ses examens dépasse largement la question de leur nature. C’est aussi une question de cohérence. On demande aux enseignants de différencier leurs approches pédagogiques alors que les épreuves ministérielles sont uniformisées. On favorise le big data au détriment du small data ou des données globales identifiant des tendances au détriment des informations locales et des observations des intervenants sur le terrain.

Les mésaventures de la sanction des études de ce mois-ci révèlent au grand jour deux besoins criants en éducation : un organisme de régulation de la profession enseignante (incluant la direction) et une refonte en profondeur des épreuves ministérielles, ce qui pourrait même se transformer en une abolition pure et simple, en transférant ce genre d’opération aux écoles ou commissions scolaires.

 

 

La nouvelle panacée : l’obligation de fréquentation scolaire

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Pendant que le politique s’obstine sur qui a eu l’idée originale de rallonger le parcours scolaire jusqu’à 18 ans et que cette avenue semble, soudainement, être devenue la panacée pour diminuer drastiquement le taux de décrochage scolaire, il faut se poser une vraie question : pourquoi prolonger le jeu de l’école au-delà de 16 ans ? Je dis le jeu (en fait, c’est le terme de Jacques Cool), car depuis des lustres, les élèves ont saisi l’astuce : enregistre ce que le prof te dit, recrache le tout sur une feuille au bon moment et vise 60%. Bingo, tu auras ton diplôme !

Déjà, alors que l’école est obligatoire à partir de 5 ans, et ce, jusqu’à 16 ans, nous observons un taux de décrochage scolaire oscillant, bon an, mal an, entre 17% et 25%. On serait en droit de douter de la pertinence de rallonger le parcours scolaire dans ce cas. Cela pourrait-il avoir pour effet de décourager les élèves de poursuivre ? Par la contrainte, nous réussirons probablement à augmenter la persévérance scolaire, mais nous créerons encore plus d’élèves fantômes ! De toute façon, ce qui compte, ce sont les chiffres et les données probantes; mais qu’en est-il de chaque élève dans chaque classe ? Comment se sentent-ils ? Sont-ils motivés ? Sont-ils heureux d’être là, en classe ? C’est le dilemme du big data et du small data que Pasi Sahlberg a présenté au Sommet international du leadership scolaire à Banff (uLead16), le mois dernier : doit-on privilégier les statistiques globales ou les observations personnalisées de chacun des intervenants scolaires.

Je n’ai aucune objection à ce que l’école débute plut tôt. Je comprends tout à fait que cela ait une incidence positive sur la réussite scolaire, surtout en milieu défavorisé. Je n’ai rien non plus contre le fait que l’obligation de fréquentation scolaire s’étende jusqu’à 18 ans. Ce qui m’importe, c’est ce qui se passe au milieu, pendant ces années de scolarisation. Ce qui m’importe, c’est ce qui se passe à l’école et dans la classe.

Qu’on commence plutôt à tenter de répondre aux questions simples, mais incessantes des élèves :

  • À quoi ça sert d’apprendre ça?

Les jeunes ont une vision à court terme. Leur répondre que ça leur servira plus tard ou l’an prochain, ils s’en foutent éperdument ! C’est ce que l’on appelle la signifiance : donner un sens aux objets d’apprentissage et à la démarche qui s’en suit.

  • Est-ce que ca compte?

Justement, voilà un signe de l’élève fantôme qui souhaite investir ses énergies où ça compte vraiment. On a beau dire que tout compte tout le temps, les élèves, en suivant l’exemple d’un bon nombre d’intervenants scolaires, ont la fâcheuse propension à niveler vers le bas et à offrir le moindre effort en espérant le meilleur résultat.

Ces questions enfantines devraient entrainer un questionnement enseignant selon Marie-Andrée Croteau : Comment transformer l’élève passif en élève actif? Passer de Quelle est la réponse? à Comment puis-je trouver la réponse?

Lorsqu’on sera en mesure de répondre à ces questions toutes simples par des gestes quotidiens, je verrai d’un bon œil que le parcours scolaire se termine à 18 ans. Pour l’instant, tant que les choses ne changent pas en éducation, 4 ans ou 5 ans, 16 ans ou 18 ans, c’est du pareil au même.

Saisissons cette opportunité pour revoir en profondeur la structure d’un système désuet et les approches pédagogiques dépassées de professionnels de l’éducation intouchables. Le débat important concerne encore et toujours les pratiques professionnelles; celui de l’âge de la scolarisation est secondaire.

La machine à saucisses

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Les systèmes d’éducation de bien des pays occidentaux sont de grosses machines à saucisses. Du moins c’est ce que prétend Yong Zhao, professeur à l’Université Oregon. Je reprends ici quelques-uns de ces arguments et j’y ajoute quelques réflexions.

Pourquoi une machine à saucisses ? Parce qu’on prend des ingrédients qui, séparés, ont tous une certaine valeur nutritive et on les combine avec d’autres ingrédients peu recommandables. On place le tout dans le hachoir à viande pour obtenir un mélange est conforme à nos attentes. Toutes les saucisses doivent être identiques, sinon elles connaissent une fin tragique !

Autrement dit, on prend des élèves qui sont, à l’origine, totalement différents les uns des autres grâce à des aspirations, des personnalités et des passions complètement distinctes et nous leur faisons subir une école qui s’évertue à rendre ce mélange le plus homogène possible. En bref, les intrants sont imprévisibles, variés et hétérogènes. Une fois qu’ils sont rentrés dans le système, l’école fait son œuvre : onze années d’homogénéisation des élèves où un système entier conspire à rendre les élèves identiques pour éventuellement, une étape à la fois, un niveau à la fois, recueillir un produit normalisé et complètement prévisible. Dans cette grande manufacture qu’est devenue l’éducation, nous fabriquons des automates. L’école est une usine produisant des élèves transformés. Le problème, c’est que cette transformation est opérée par un système au parcours unique et prédéterminé pour tous. Le système change les jeunes, mais pas nécessairement de la bonne façon. Malheureusement, je souhaiterais que ce soient les individus qui changent nos jeunes et qui les fassent évoluer. Je souhaite également que ce soient les expériences vécues et les apprentissages réalisés qui redéfinissent nos élèves. Oui, l’école est un milieu de changement et d’évolution, mais il faut que ce soit l’aspect humain qui permette cette mutation et non un système désuet !

D’ailleurs, plus j’y pense, plus je réalise que la vie n’est certainement pas plus facile pour les enseignants qui tentent de fonctionner à l’encontre des principes impossibles de la machine à saucisse ! La culture, les collègues et la direction s’occupent de les rappeler à l’ordre !

Le tout, dans l’usine la plus aseptisée qui soit. Les élèves sont surprotégés, et ce, autant à la maison qu’à l’école. On craint tellement pour leur intégrité physique et psychologique qu’on aplanit toutes les possibilités d’obstacles ou de difficultés sur leur parcours. La machine à saucisses doit être bien huilée !

Comme dans n’importe quelle usine de fabrication d’aliments transformés, on évalue le produit final en fonction des standards que le système s’est fixés. Ce n’est pas la saucisse qui détermine le niveau de réussite. Idem en éducation ! Pourquoi l’élève ne fixerait-il pas ses propres objectifs à atteindre pour permettre des parcours mieux personnalisés ? Pourquoi l’enseignant n’accompagnerait-il pas ce dernier, avec les parents de l’apprenant, dans la fixation des attentes ? Plutôt, dans notre glorieuse machine à saucisses, nous blâmons les élèves pour leurs différences au lieu d’être prêts à accompagner des élèves différents et ainsi valoriser la diversité en éducation.  Tout le système d’éducation conspire à normaliser et à modérer les résultats scolaires et les accomplissements des élèves pour satisfaire l’appétit insatiable de la loi gaussienne; ne faut-il pas que nos jeunes s’éloignent trop de la courbe normale ?

 

L’entrepreneuriat à la rescousse !

Ne devrions-nous pas encourager une culture de l’entrepreneuriat autant pour les élèves que pour le personnel scolaire au lieu de cultiver une culture organisationnelle sclérosée et léthargique ? Pourquoi l’entrepreneuriat ? Tout simplement pour offrir des opportunités à nos élèves. De ces opportunités naît la possibilité de résoudre des problèmes complexes de différentes façons. Le 21e siècle est l’âge de la résolution de problèmes faisant appel à la créativité, l’innovation, la collaboration grâce à la pensée computationnelle et l’esprit critique. Où loge l’école à cet égard ? Elle continue à fabriquer des saucisses…

En terminant, Yong Zhao affirme que la société est dans une nouvelle révolution industrielle, où les machines intelligentes prennent de plus en plus de place. La seule façon qui nous permettra de ne pas céder le pas à cet envahissement est de nous distinguer de ces machines. Malheureusement, la machine à saucisse de l’éducation fabrique des élèves qui seront facilement remplacés par des machines. Il n’y a qu’une seule façon d’éviter ce désastre appréhendé : faire entrer l’école au 21e siècle.

 

 

Redresser la formule

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Avez-vous déjà pris le temps de réfléchir à ceci ? On a commencé par intégrer les TIC à la pédagogie en toute hâte, sans nécessairement prendre la peine de réfléchir à ce que cela engendrait comme changement d’ampleur. Axée vers les idéaux de l’école de demain, cette décision n’a malheureusement pas impliqué les enseignants ou tenu compte de leurs besoins immédiats en formation ou en organisation spatiale. Peut-être est-ce pour cela qu’il n’est pas rare de constater que plusieurs enseignants ont un outil technologique entre les mains, mais qu’ils s’évertuent à conserver les mêmes vieilles approches pédagogiques ?

On s’est donc concentré ensuite à tenter de comprendre les résistances au changement. On a analysé la démarche d’intégration des technologies à la pédagogie pour ensuite réaliser les quelques manquements qui mènent à cette intégration qui s’effectue moins rapidement et surtout moins facilement que prévu. On déploie alors des efforts de formation, on incite les enseignants à se réseauter et à sortir de leurs silos pour travailler en collaboration, en interdisciplinarité et en collégialité. C’est souvent peine perdue !

Cependant, on réalise qu’au fond, ce qui a manqué pour accompagner cette vision de l’école de demain, c’est un double leadership : celui de la direction qui crée des opportunités pour les enseignants et leurs élèves d’assumer leur propre leadership. Les directeurs doivent défricher le gros du terrain pour que les enseignants puissent à leur tour s’y aventurer avec tout le support nécessaire. Ce rôle d’éclaireur de la direction fait toujours défaut. En effet, trop de directeurs se tiennent debout en pointant l’horizon en donnant une direction où les enseignants et élèves doivent s’aventurer alors qu’ils devraient les précéder sur le terrain. Le deuxième leadership dont il est question est celui des enseignants qui prennent en main leur développement professionnel grâce à des activités de réseautage et une formation continue. Un enseignant connecté à un réseau et à la fine pointe de sa profession en est un qui est en meilleure position pour faciliter l’apprentissage chez les élèves qui lui sont confiés.

Finalement, au-delà du leadership, il y a la prédisposition à la croissance, celle qui ne tient qu’une chose pour acquise : que la profession enseignante est évolutive. Bref, tout change et il est pratiquement impossible de réutiliser la même cassette à faire jouer au même moment, tous les ans, puisqu’il est essentiel de s’adapter à la clientèle scolaire qui se présente devant l’enseignant quotidiennement.

La formule était la suivante : TIC -> Changement -> Leadership -> Prédisposition à la croissance = échec.

Elle était inversée puisqu’on a commencé par les mettre en valeur les outils au lieu de promouvoir les attitudes gagnantes à l’établissement d’un tel changement et ainsi déterminer le meilleur outil pour les élèves (technologique ou non). Dans le meilleur des mondes, la formule aurait dû être inversée :

Prédisposition à la croissance -> Leadership -> Changement -> TIC (ou trouver les meilleurs outils).

Si nous souhaitons que les enseignants puissent ultimement changer leurs approches pédagogiques et leurs outils didactiques, il importe de prendre l’initiative de les inciter à développer leur prédisposition à la croissance : comment peuvent-ils devenir de meilleurs professionnels ? Pourquoi le devenir ? Quels sont les besoins des élèves ? Quels sont leurs défis professionnels et sur quelles forces peuvent-ils s’appuyer pour prendre leur envol ? Ils doivent conserver cet état de fragile équilibre qui les force à demeurer mobiles et en constante recherche d’une amélioration pédagogique.

Par la suite, comment peut-on leur faire une place au soleil afin qu’ils prennent confiance en leurs moyens et qu’ils s’affirment comme vrais leaders dans leur école ou dans leur commission scolaire ? Quelles activités mettre en place pour favoriser l’effet multiplicateur dans nos écoles et maximiser cette contagion positive entre les membres du personnel ? Au risque de me répéter, le leadership scolaire n’est pas l’apanage de la direction d’école. Il doit être partagé entre tous les membres de la communauté scolaire.

Une fois que tous sont disposés psychologiquement à changer et à s’améliorer, cette démarche de changement s’effectuera tacitement et les obstacles seront minimisés. L’enseignant réalisera par lui même que ses approches sont dépassées et que ses outils devraient être modernisés. C’est lui qui cognera à la porte pour que les choses changent. Le virage technologique s’imposera de lui-même et tous y prendront part volontairement. Soyez prêts à accueillir ces demandes et de grâce, si vous ne pouvez combler ces attentes, évertuez-vous à trouver des alternatives viables qui respectent votre cadre financier ou le projet éducatif de votre école !

Leçons australiennes

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J’ai eu le plaisir de m’entretenir, pendant une bonne demi-heure, avec le ministre de l’Éducation de la province de New South Wales (NSW), en Australie, l’Honorable Adrian Piccoli. La rencontre, improbable, aura néanmoins été marquante ! C’est ce qui est bien à uLead : tout ce beau monde est accessible et disposé à partager leurs expériences et expertises.

J’ai pu enregistrer une vingtaine de minutes de ce moment inoubliable et il sera publié dans les balados de l’École branchée ultérieurement. Ce que je retiens de cette discussion :

  • Il n’y a aucune commission scolaire en NSW. Le gouvernement collabore directement avec ses 2200 écoles.
  • Il a cessé de leur donner une enveloppe budgétaire à gérer par dossier, par école il y a quelques années. Désormais, les écoles reçoivent une enveloppe budgétaire et ils la gèrent selon les besoins de leur clientèle étudiante. Évidemment, il y a des comptes à rendre de la part des écoles envers le gouvernement.
  • Les écoles sont subventionnées inégalement pour atteindre… une certaine équité. Par exemple, les écoles en milieu défavorisé reçoivent davantage d’argent que les écoles mieux nanties.

L’Honorable Piccoli est en poste depuis cinq ans. Il est en voie de devenir celui qui est resté en poste le plus longtemps depuis 1972. On est loin du cas du Québec des dernières années : sept ministres de l’Éducation lors des six dernières années ! La recette du succès, selon lui, est de demeurer à l’écoute des enseignants qui sont sur le terrain et d’entretenir le lien de confiance. Oui, faire confiance au jugement des enseignants et respecter leur autonomie professionnelle en leur conférant un rayon d’action maximal et une latitude décisionnelle complète aux directions d’école. Comme il le dit : Local schools, local decisions !

Lorsque je lui ai demandé ce qui faisait, selon lui, le succès de son système scolaire, il m’a répondu sans hésiter qu’il était à l’écoute et en position continuelle d’apprentissage. Ils ont un œil constant sur ce qui se fait au Canada, en Scandinavie, en Nouvelle-Zélande et en Europe. Ils voyagent, s’informent, conversent, écoutent, questionnent et importent des idées.

Voilà pour ce qui concerne la gouvernance des écoles. La balado sera disponible dans quelques semaines et d’autres idées intéressantes s’en dégageant seront accessibles. Il me semblait urgent de mettre en relief ce mode de gouvernance scolaire basé sur l’estime et la confiance de ce que les anglophones appellent, avec justesse, les publics servants. Quand on parle de leadership participatif et de se donner les moyens de ses ambitions, je crois que nous avons beaucoup à apprendre de nos amis Australiens !

Quel leadership scolaire au Québec ?

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Après une première soirée passée avec plus de 1100 leaders en éducation provenant du monde entier, trois constats émergent :

Un manque de leadership

Il y a un manque flagrant de leadership en éducation au Québec, et ce, à tous les niveaux : autant dans la classe qu’à la direction et autant dans les commissions scolaires que dans les instances ministérielles. Le fait de voir aussi peu d’éducateurs provenant du Québec en est un signe évident. Vous direz que Banff c’est loin et que le voyage est dispendieux, certes, mais néanmoins, cela démontre bien le fait que peu de ressources financières soient attribuées à la valorisation ou à la consolidation du leadership en éducation. Également, le fait qu’on ne parle que très peu de leadership en milieu scolaire en est un autre. Pourtant, dans les provinces canadiennes anglophones, le leadership tapisse pratiquement l’ensemble des actions des intervenants en éducation.

Avec l’expérience que j’ai acquise en éducation des 16 dernières années, dont 12 au Québec et 10 en direction, j’ai la ferme impression que le leadership est quelque chose de tabou et d’inexploré. Peut-être est-ce culturel ? On tiendrait peut-être pour acquis que tous ceux qui travaillent auprès des élèves sont des leaders. Bien que tous aient ce potentiel, il est faux de prétendre que tous exercent leur leadership et ceux qui le font ne le font pas toujours positivement. Souhaitons-nous demeurer sous le radar et ne pas trop déranger en faisant notre petite affaire ? Et ceux qui sont sous les projecteurs et qui dérangent, on associe souvent cette attitude et ce comportement à de l’excentricité, de la présomption et même du cabotinage.

Alors que j’assiste aux conférences et participe aux ateliers, le message véhiculé ici est bien différent de celui au Québec : ici, on incite les 1100 délégués à déranger et dynamiser le milieu. Même, une dame de l’Australie, une directrice d’école, nous exposait les trois mots qui lui viennent en tête lorsqu’il s’agit de stimuler le leadership dans son école : push, pull, nudge. Bref, pousser, tirer et donner de gentils coups de coude complices pour s’assurer que tous exercent ce leadership selon leurs capacités et leur personnalité. Elle est, en quelque sorte, la meneuse de claque du leadership dans son école ! Du moins, c’est l’image qui me vient en tête !

Un ministre de l’éducation qui est d’abord un enseignant

Eh oui… lors de l’accueil des participants hier, le ministre de l’éducation albertain, l’honorable David Eggen mentionne, en début d’allocution, à quel point il est heureux de revoir plusieurs visages qui lui sont familiers. C’est un ancien enseignant ! Et de se reprendre : je suis toujours un enseignant. Wow… Dans la salle, il y a une admiration réciproque. Les délégués, provenant principalement de l’Alberta, sont fiers de voir un des leurs à la barre d’un ministère aussi important. Et le ministre, lui, est fier de son appartenance à la profession enseignante albertaine depuis plus de 20 années. On est loin de cela au Québec où une évidente méfiance s’est installée entre le gouvernement et ses enseignants.

Avoir un ministre de l’éducation qui est un enseignant, n’est-ce pas la moindre des choses ? Ce serait un professionnel d’expérience, provenant du milieu. Celui-ci comprendrait les besoins des écoles et leur culture. Il aurait au moins une certaine crédibilité dans le milieu. Pour de plus amples informations sur mes vues à cet égard, lisez cet article.

Un congrès comme il ne s’en fait pas au Québec

Il y a des congrès en éducation de qualité au Québec. Il y en a plusieurs dont la plupart traitent de pédagogie sous un angle technologique. Bien évidemment, il y a un immense besoin à cet égard chez les enseignants québécois. Mais comment se fait-il qu’il n’y a rien de comparable à uLead16 ? En Alberta, le Council for School Leadership (CSL) organise d’innombrables formations pour les enseignants et ils sont partout. Ils ont des formateurs qui vont dans les écoles et ils publient des ouvrages. Où est la différence ? Le CSL opère sous les auspices de l’Association des enseignants de l’Alberta, qui combine deux chapeaux : celui d’un syndicat protégeant ses membres et celui d’un ordre professionnel. Peut-être est-ce là la différence ?

Nonobstant les questions d’ordre professionnel et de syndicats, il n’en demeure pas moins qu’il serait tout à fait approprié d’établir une association pour le leadership en éducation, non ? Et de donner des formations obligatoires pour les enseignants sur l’importance du leadership qu’ils doivent exercer.

Entretemps, qui revient avec moi à uLead17? Il y aura une plus grande offre d’ateliers en français me dit-on…

Leaderships entrecroisés

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En éducation, il faut avoir l’humilité d’accepter que nous ayons tous nos limites. Peu importe combien nous sommes intelligents, créatifs, expérimentés ou connaissants, une chose demeure : nous le sommes moins que la somme des ces mêmes attributs présents chez tous les professionnels qui travaillent dans notre milieu scolaire.

Ce que j’appellerais le leadership collectif permet, en outre, d’accéder à des niveaux supérieurs de leadership scolaire de deux façons :

  1. Par la complémentarité des forces, alors que d’autres ont des qualités que nous n’avons pas. Tous les leaders deviennent, en s’unissant, des êtres plus complets susceptibles d’avoir un meilleur ascendant sur la communauté scolaire.
  2. Par la multiplication des forces en présences qui se font plus intenses et mieux concentrées dans un milieu. Si plusieurs ont ces mêmes qualités et qu’ils les mettent en œuvre de façon conciliée, le milieu se voit inévitablement bombardé d’énergie positive et d’idées nouvelles. N’est-ce pas ce qui manque dans nos écoles à l’heure actuelle?

Parce que nous sommes essentiellement des êtres limités, au sens où, bien que nous évoluions, il n’en demeure pas moins que nous rencontrons rapidement nos limites. Cependant, lorsque des leaders s’unissent, cette évolution se voit décuplée alors que ledit leadership est partagé et délégué.

D’où l’importance pour les cadres scolaires de permettre aux enseignants, aux directeurs ainsi qu’aux parents et aux élèves d’exercer leur propre leadership. Cette humilité de réaliser que nous sommes plus fort tous ensemble est un réel antidote à cette présomption qui afflige souvent les directions d’école. Malheureusement, il y en aura toujours qui se sentiront menacés par le leadership des autres autour d’eux. Grâce à leur pouvoir, ils savent museler leurs collègues qui pourraient être de réelles forces motrices dans leur milieu.

Voyez le mélange toxique animant certains milieux scolaires: des directions suffisantes, qui croient qu’en eux résident toutes les potentialités d’une école, qui se sentent menacés par le leadership de leurs collègues et, de surcroit, qui ne sont pas engagés eux-mêmes dans une démarche de formation continue. Inquiétant.

Au risque de le répéter, le leadership n’est pas la chasse gardée de la direction. Il doit être favorisé, partagé, ouvert, concilié et planifié si on souhaite qu’il ait un réel effet dans notre milieu scolaire. Bien souvent, lorsqu’on critique le manque de leadership des personnes placés sous sa responsabilité, peut-être est-ce le triste reflet du nôtre?

La dictature de la banalité

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Probablement que vous avez entendu parler de l’histoire de la possible démolition des mezzanines de lecture de treize écoles primaires de la commission scolaire de Sherbrooke.

Encore et toujours…

Si mes premières pensées face à cette triste histoire concernent encore et toujours la nécessité de créer des lieux aseptisés et hyper sécurisés pour nos élèves pour éviter de potentielles poursuites ou plaintes de parents, je ne développerai pas sur ce sujet, et ce, même si cela m’exaspère.

Par la suite, j’aurais envie de parler des décisions qui ont des répercussions en classe et qui sont, encore et toujours prises dans des bureaux, loin des élèves et des enseignants. Mais cela ne sera pas le propos de mon texte.

Je frapperai encore et toujours sur le même clou : le changement en éducation. Cette histoire est révoltante, car elle illustre tellement bien cette éternelle bataille que des enseignants allumés, dévoués et créatifs mènent contre les forces de l’inertie en éducation québécoise. C’en est à fendre l’âme !

Bien au-delà de l’histoire de ces mezzanines, c’est davantage celle de plusieurs d’enseignants qui ont le courage de faire les choses différemment et qui se butent à divers obstacles. Ces obstacles sont omniprésents. Parfois ce sont les enseignants eux-mêmes qui se complaisent dans leur confortable routine et parfois ce sont leurs propres collègues qui leur font la vie dure. À d’autres moments ce sont les parents qui s’opposent de façon virulente ou ce sont les élèves qui résistent. Que dire des directions d’école qui devraient être des facilitateurs et qui manquent de vision; eux aussi peuvent être d’importants obstacles au changement en milieu scolaire ! Enfin, que dire des instances du monde de l’éducation ? Commissions scolaires, ministères, gouvernement, syndicats, etc… Ces enseignants, qui souhaitent faire différemment pour leurs élèves et pour faciliter leur apprentissage se butent à tout un système qui est conçu pour persister ! Ce monstre engloutit argents et énergies (le pluriel est volontaire) pour perdurer au lieu de se réinventer. J’ai répété ad nauseam que l’école québécoise est dépassée, inerte et inflexible.

Pour ceux qui en doutaient toujours, là, on tient une preuve tangible.

L’importance de la créativité

Cette réinvention passe pourtant par des enseignants qui osent penser et enseigner différemment. Ceux pour qui l’enseignement est évolutif. Ceux qui sont curieux et créatifs. Ceux qui rejettent le modèle des rangs d’ognons et des cahiers d’exercices. Vous connaissez ces classes ? Quatre murs, et juste des pupitres…

Bien que je n’aie jamais vu une mezzanine dans une classe, je reconnais cependant combien ces aménagements peuvent sortir de l’ordinaire. En éducation, le banal et l’éculé sont partout dans les écoles. L’émerveillement manque terriblement, à un point tel que nos jeunes ont perdu cette faculté. C’est un peu de notre faute d’ailleurs !

Où sont les chaines humaines qui sont supposées protéger nos écoles ? Personne ne se mobilise pour dénoncer la dictature de la banalité ? Cesserons-nous de cautionner ces manques d’originalité des différents ministères beiges jusqu’à l’os ? Il est plus que temps de protéger les enseignants qui se démarquent et qui mettent des projets porteurs en œuvre. Un peu de couleur, d’originalité et de différence dans les classes ! Nous devons changer l’ordre naturel des choses : la créativité et la différence en pédagogie doivent devenir la norme alors que le routinier doit être considéré comme marginal et inacceptable.

Collaboration

Parait-il que ces mezzanines ont été fabriquées par des parents, des amis et des membres de la communauté. Wow ! Connaissez-vous beaucoup de projets de classe qui ont su soulever l’engouement de tant de personnes ? Connaissez-vous beaucoup de projets qui rassemblent autant de personnes dans un but aussi noble que celui d’émerveiller les jeunes ? Avez-vous simplement tenté de vous placer dans la peau de l’un de ceux-ci lorsque qu’ils sont revenus en classe le lundi matin suivant la construction des mezzanines ? Et on mettrait la hache là-dedans ? C’est illogique.

À notre tour de collaborer à ces mezzanines. Faites circuler la lettre d’Yves Nadon et faites valoir votre mécontentement sur les médias sociaux. Assurez-vous d’apostropher votre député québécois par la même occasion. Vous êtes des éducateurs; éduquez-les à votre réalité !

Créer l’espace pour voir émerger le leadership scolaire

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 Peter Fuda, il existerait au moins 350 définitions du concept de leadership. Avec une telle variété, ne faut-il pas simplement construire la sienne au gré de ses expériences et de ses aspirations ? Ce qui importe, c’est qu’elle nous inspire et qu’elle reflète bien notre pratique professionnelle quotidienne. Il faut, finalement, qu’elle colle au projet éducatif de notre milieu scolaire, endroit où ce même leadership s’exercera.

Le courage de suivre

Pour ma part, j’irai simplement :

Le leadership est l’art d’amener des personnes à accomplir une tâche de façon volontaire.

J’aime cette définition puisqu’elle met l’accent sur l’importance du rôle que tous avons en éducation : convaincre. Nous devons convaincre les élèves d’embarquer dans ce que nous leur proposons, convaincre les parents du bien-fondé de notre démarche, convaincre la société de l’importance de notre rôle, etc. Aussi, j’aime cette définition puisqu’elle met en relief un aspect souvent négligé du leadership : ceux qui suivent. Comme je l’écrivais précédemment, un leader n’est rien sans ceux qui le suivent. Suivre un leader implique un certain courage et une évidente confiance. L’interaction entre les deux collaborateurs se fait alors sous le signe du volontariat; voilà qui est gage de réussite dans le monde de l’éducation, surtout à une époque où la méfiance et le cynisme semblent prévaloir !

Donc, convaincre et agir de façon volontaire. Le leadership travaille en deux temps et sur deux plans : ceux du leader et ceux qui le suivent. À la base, pour paraphraser Bridget Visser, il faut d’abord avoir la conviction de croire soi-même en ses propres idées pour aspirer à convaincre notre entourage de leur bien-fondé. Par la suite, l’audace du leader de prendre la peine de consulter son équipe afin d’étayer sa vision pour ensuite mieux la mobiliser permettra la réalisation d’ambitieux projets basés sur une intelligence collective, projets que tous pourront s’approprier. C’est ici qu’on libère l’imagination collective pour lui permettre de muer en quelque chose de tangible, modelé par des leaderships en pleine synergie !

En définitive, le leadership n’est pas la prise de décision en vase clos, mais bien une démarche sociale de mobilisation mettant en relief l’importance d’une vision partagée. Le leadership scolaire doit être décloisonné, laissant la chance à tous les acteurs gravitant autour de l’élève de l’exercer. Prêchons par l’exemple si nous souhaitons que l’élève exerce le sien.

Créer des espaces

Le leadership a donc évolué et il n’est plus ce qu’il était il y a quelques décennies. Dans nos écoles, les vrais leaders sont ceux qui permettent l’émergence d’autres leaderships. Il n’y a donc rien de centralisé ou d’hiérarchique dans le leadership scolaire et, plus que jamais, il n’est pas l’apanage de la direction. Je ne vois que deux portées hiérarchiques qui demeurent pertinentes en ce sens : d’une part, les dirigeants d’une école doivent créer des espaces et outiller les enseignants afin qu’ils exercent eux-mêmes leur leadership pour ultimement permettre aux élèves de faire de même. D’autre part, ils doivent différencier leurs approches afin de voir le potentiel inexploité de certains enseignants qui ne croient possiblement pas en leur qualité de meneur.

Et pourquoi est-ce si important que le leadership enseignant puisse émerger ? Tout simplement parce que c’est celui-là qui est le plus près des élèves et parce que c’est celui qui servira de modèle pour ces derniers. Ne l’oublions pas : notre but ultime est de voir à ce que les élèves développent leur propre leadership pour prendre en charge leur propre démarche d’apprentissage. Le rôle de la direction est donc de créer des espaces pour favoriser l’émergence de diverses manifestations de leadership enseignant. En ce sens, elle influence les influenceurs. C’est probablement le seul endroit dans la chaine d’influence où la hiérarchie joue un rôle prépondérant : c’en est la bougie d’allumage.

Par la suite, si nous aspirons à voir émerger le leadership étudiant, il importe que les enseignants puissent créer de l’espace à leurs élèves pour le voir prendre forme. Telle est la chaine à la base des initiatives de leadership scolaire !

De l’espace pour briller

Générer des occasions d’émergence du leadership est fantastique, mais donner l’occasion à ces initiatives de briller et rayonner est encore mieux. Il est incontournable d’offrir des occurrences à nos leaders de faire valoir leurs idées et expertises à travers moult activités de réseautage. À une époque où les murs de l’école n’existent plus vraiment, comment peut-on permettre aux leaders de l’école d’exporter leurs idées et leurs expertises afin d’élargir leur tribu et leur cercle d’innovation ?

La direction d’une école ne doit pas de satisfaire de ne voir émerger le leadership qu’au sein de son école. Pour paraphraser Catherine Lapointe, elle doit créer des ponts de lumière pour penser grand en faisant de l’école un lieu éclairant à l’impressionnant pouvoir de rayonnement dans toutes les sphères de la société, incluant les autres écoles de la région, du pays ou du monde.

Qui a peur des leaders ?

Dans nos milieux scolaires, nous avons été éduqués de telle façon que nous devons faire notre petite affaire, sans trop déranger, sans brusquer. Bien au contraire, le leadership scolaire doit provoquer et confronter les élèves ainsi que les professionnels de l’éducation dans leur confort et routine quotidiens.

Le leadership des collègues force la remise en question, l’introspection et la remise en question. Il ne jette pas d’ombre sur les autres pour autant. Ceux qui s’en plaignent vivent habituellement eux-mêmes dans l’ombre de leur propre silo. Donc, au contraire, il rehausse les pratiques de tous les professionnels dans l’école; il n’est une menace que pour ceux qui refusent de s’engager dans une démarche de réflexion et d’actualisation de leur profession. Justin Tarte l’explique bien : les leaders ne changent pas le monde; ils créent des environnements où les gens changent par leurs propres moyens.

En donnant l’espace nécessaire à l’émergence d’initiatives variées dans tous les coins de l’école, on ouvre la porte toute grande à l’innovation en éducation en créant des environnements d’apprentissage axés sur la constante amélioration des pratiques professionnelles. Au-delà de l’innovation, ce leadership participatif offrira un milieu scolaire où tous les acteurs seront mobilisés et engagés autour d’une vision commune, alors qu’ils auront tous la conviction justifiée de participer à la fois à la prise de décisions et à l’évolution du milieu scolaire.

En somme, ce type de leadership crée un milieu qui ressemble à son équipe et à ses élèves et il apporte, du même souffle, l’agréable impression d’être irremplaçable. On a tellement dit que personne n’est irremplaçable. C’est faux ! Dans une école, des professionnels engagés dotés d’initiative et de leadership positifs et visionnaires, ça ne se remplace aucunement.

 

 

Survivre au blues du lundi suivant

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Vous venez de terminer votre congrès. Vous êtes ragaillardi et avez la tête pleine d’idées. Votre torse est bombé de fierté et vous êtes prêt changer le monde de l’éducation dans son entièreté. Vous passez la fin de semaine à trier les idées qui se précipitent dans votre tête et vous vous évertuez à faire des changements à votre planification. Vous êtes revigoré et vous venez de donner un nouveau souffle à votre carrière. Et ça commence lundi ! Super ! Malheureusement, la réalité vous rattrapera rapidement et vous serez victime du blues du lundi suivant, à votre retour dans votre milieu.

Dur retour

Lundi, au retour à l’école, votre dynamisme se bute à l’indifférence de certains de vos collègues. Calme-toi, ça va passer ! vous lance l’un d’eux. Vous vous y attendiez, car ce dernier est tout le temps en train de se plaindre et, de toute façon, vous n’avez rien à lui envier. Vous en parlez à d’autres avec qui vous partagez davantage d’affinités et quelques-uns de votre garde rapprochée lèvent les yeux au ciel lorsque vous leur partagez vos nouvelles idées. Quelques on sait bien fusent et tournent en dérision votre récente démarche. Bref, vous vous butez au cynisme de vos propres collègues.

Bien motivé néanmoins, vous arrivez en classe. Vous menez vos nouvelles expériences pédagogiques. Des changements important sont observables puisque désormais, vous centrez l’élève au sein de sa propre démarche pédagogique. Malheureusement, les élèves sont inconfortables. Ils manifestent leur agacement en vous faisant comprendre que vos nouvelles approches impliquent des lacunes importantes à leurs yeux :

  • Vous ne répondez plus à nos questions !
  • Vous n’expliquez plus la matière !
  • Vous n’enseignez plus !
  • C’est quoi qui est à étudier ?
  • Ça va trop vite !
  • Etc.

Vos convictions sont ébranlées. Pourtant, elles n’ont pas à l’être. Qu’espériez-vous ? Que vos élèves s’adaptent aussi rapidement ? Que le modèle directif auquel ils sont habitués depuis des lustres et dans lequel ils ont développé un certain confort soit remis en question ?

Les éteignoirs

Comme si cela n’était pas suffisant, vous ne vous aidez certainement pas. Vous vous nourrissez des contraintes organisationnelles de votre école pour justifier votre propre inertie ou votre incapacité à vous adapter en alimentant ce monologue interne malsain :

  • Je n’ai pas assez de temps de planification !
  • Les élèves n’avancent pas assez vite. Je n’arriverai pas à la fin de l’année en même temps que tout le monde !
  • Je dois préparer mes élèves à un examen du ministère !
  • Ce que j’ai appris au congrès ne colle pas à ma réalité organisationnelle, à celle de mes élèves.
  • Ce ne sont que des idées !
  • Le formateur est déconnecté de la réalité du terrain !
  • Etc.

L’attitude du conquérant

Il est normal que vous doutiez, mais vous devez persévérer dans vos choix ! Ce qui fait de l’enseignement une profession d’exception est sans aucun doute que ces professionnels ont cette faculté de prendre une idée et de l’appliquer dans différents contextes, et ce, quotidiennement. C’est à vous de donner un sens à ce qui a été abordé en congrès et ce que vous souhaitez importer dans votre pratique. Cessez de rechercher les solutions clés en main. Tous les milieux scolaires sont différents et il y a autant de réalités scolaires qu’il y a d’écoles. Le chainon manquant, c’est vous ! Vous êtes le facilitateur; la réussite d’une approche donnée, importée à votre milieu, dépend de votre capacité à l’adapter à la culture de votre milieu ! À vous de garder ces idées vivantes et leur donner un sens dans votre pratique.

Autrement dit, cessez de cautionner le nivèlement vers le bas ! En cédant à cette pression de la culture établie, vous empêcher les nouvelles initiatives de prendre le dessus et de rehausser l’enseignement, et par le fait même, l’apprentissage de vos élèves.

Évertuez-vous à conserver la même prédisposition mentale que celle que vous aviez en congrès. C’est avec cette attitude que votre pratique évoluera grâce à l’ouverture que vous démontrerez. Bien sûr, les éteignoirs continueront leur coups de gueule, mais lorsque vous réaliserez que vous leur accordez trop d’importance et même, trop de crédibilité, vous serez en mesure de passer outre ces êtres profondément anxieux. À défaut de pouvoir changer ces personnages, attardez-vous à ceux qui sont ouverts et disposés à s’améliorer. Un jour, lorsque ces éléments négatifs n’auront plus d’auditoire qui les valorise, leur énergie négative s’étiolera. Vous pourrez leur tendre la main.

Bref, persévérez et soyez patients. Si vous avez été piqué par cette mouche bienveillante du développement professionnel et que vous avez des idées plein la tête, on pourra certainement vous accuser d’être naïfs, mais c’est certainement grâce à cette naïveté que vous conservez cette capacité à vous émerveiller et à émerveiller vos élèves. Vous êtes porteurs de renouveau. Ne vous laissez pas éteindre et gardez le cap. Vainquez le blues du lundi suivant ! 

Bon retour en classe !

Contribuez à l’abolition des silos en éducation

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D’entrée de jeu, j’écris un texte qui ne s’adresse pas à vous. Ça commence bien, non ? Il s’adresse à tous ces enseignants qui font cavalier seul. Ceux qui travaillent mieux seuls, dans leurs silos. Ceux-là qui n’aiment pas partager leur matériel didactique ou encore leur expérience professionnelle. Ceux qui se complaisent dans leur solitude.

Vous devez leur faire parvenir ce texte d’une façon quelconque.

Dans son livre tout simplement intitulé Tribes (Les tribus), Seth Godin analyse le leadership sous différents angles permettant de mieux comprendre le contexte social de cet attribut. Comme il l’écrit, l’humain a besoin d’appartenir à un groupe. Nous sommes tous attirés par les leaders et leurs idées et sommes excités à l’idée d’entrevoir la nouveauté. Il y a donc un certain magnétisme qui s’exerce de la part du leader qui, avec ses idées novatrices, réussit à séduire différentes personnes par ses idées et actions, et à les attirer vers lui. C’est ainsi que se forme la tribu; plusieurs personnes sont ainsi captivées et suivent des leaders. Les leaders d’une tribu sont également à la recherche de leadership et ils se captivent pour d’autres leaders. Ainsi roule la grande roue du leadership. C’est plus fort que nous, nous sommes toujours à la recherche d’idées novatrices et sommes impressionnés ou intrigués par ces personnes qui les ont et qui les mettent en œuvre : une tribu ne peut exister sans leaders et les leaders ne peuvent exister sans leur tribu.

Nous avons besoin de ces tribus pour nous inspirer. Et les leaders ont besoin de leur tribu pour s’inspirer. En éducation, nos élèves ont besoin d’enseignants pour les inspirer et les élèves peuvent également nous inspirer. Si nous aspirons à fabriquer les leaders de demain, il est plus que temps d’exercer notre leadership et de l’assumer. D’où l’importance d’aller chercher ces enseignants toujours reclus pour qu’ils joignent des réseaux et rencontrent des collègues pour participer à la saison des idées. Il existe donc une roue sans fin qui nous permet de constater que le leadership permet l’émergence d’autres leaderships. Il ne faut laisser personne derrière !

Les différents colloques et congrès qui existent sont fantastiques et ragaillardissant. En plus, il y a une pléthore de conférences qui sont disponibles sur l’internet via le réseau TED et les blogues pullulent, puisque nous sommes toujours à l’ère du web 2.0. Tout est là, sauf une majorité d’enseignants pour saisir ces opportunités. Il faut inverser cette tendance et trouver des façons d’amener de nouveaux collègues afin qu’ils soient contaminés positivement. Au 21e siècle, l’isolement est un choix… et un mauvais choix.

Si vous lisez ce texte, c’est que vous avez pris en main votre développement professionnel et votre formation continue. Non seulement vous êtes sur la bonne voie, mais en plus, vous avez ce qu’il faut pour mobiliser vos collègues reclus. Faites en sorte que vous soyez l’élément multiplicateur, celui qui sera leur bougie d’allumage. Vous êtes ce qu’ils attendent pour sortir de leur silo et partir à l’aventure de la redéfinition de leur profession. Ne négligez pas l’ascendant que vous exercez sur votre entourage !

iPad en classe : fin de la lune de miel

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L’iPad et la pédagogie traditionnelle ne sont pas compatibles. Pour paraphraser Rabii Rammal, cette dernière est en retard sur ses propres outils et lorsqu’on y pense bien, cela est navrant : des humains visionnaires conçoivent des outils technologiques novateurs et avant-gardistes dont les usages dépassent largement ce pour quoi ils ont été conçus à la base. La créativité humaine, puissante comme elle est, transforme les outils et leur donne de nouveaux usages. Plusieurs domaines proposent des utilisations dérivées qui multiplient les potentialités d’innovation et qui rendent ces outils encore plus géniaux.

Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute l’éducation est occupée par les technopédagogies…Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles éducateurs résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Sur un ton plus sérieux, les technologies ont envahi toutes les sphères de la société, mais l’éducation continue de résister. Ce qui est plutôt aporétique, c’est certainement que ces acteurs du milieu scolaire qui rejettent les technologies dans leurs pratiques l’utilisent allègrement dans d’autres sphères de leur vie et en jouissent le temps venu : rendez-vous médicaux, déplacements internationaux ou locaux, divertissement, etc. Deux poids, deux mesures.

Les sempiternelles résistances

Toutes les raisons sont bonnes pour résister. Des chercheurs en éducation ont vilipendé l’outil puisque des recherches démontrent qu’il n’a aucun effet sur l’apprentissage. D’autres recherches démontrent le contraire, mais elles sont moins nombreuses donc la majorité l’emporte. Alea jacta est. Les philosophes s’en sont même mêlés et eux aussi, ils s’y opposent, car l’outil pervertit l’éducation et le genre humain. Le reste, on l’a entendu : l’iPad nuit à la vie sociale des jeunes, il émet des ondes nocives pour la santé humaine, il développe des dépendances, l’écran rétroéclairé modifie le sommeil des jeunes, il augmente les risques de taxage autour de l’école, il fidélise les élèves à des entreprises puissantes et peu scrupuleuses, il encourage la main-d’œuvre à bon marché, il augmente l’empreinte écologique, il encourage le consumérisme et l’obsolescence programmée, etc. La boite de pandore serait grande ouverte et l’humanité a basculé dedans. L’éducation a désormais versé dans la déchéance. On a déjà entendu ad nauseam ces prophètes de malheur, ces imposteurs tentant de se faire passer pour des éveilleurs de conscience agissant au nom de l’esprit critique (qu’ils peinent pourtant à faire émerger chez leurs propres élèves…).

Disons-le simplement : l’iPad à l’école dérange. Il a défoncé la porte pour permettre aux autres technologies d’atteindre la tour d’ivoire que l’école s’est bâtie depuis quelques siècles. Tous ces outils technologiques ont révélé au grand jour les difficultés d’adaptation et le manque de créativité de plusieurs enseignants encarcanés dans leur routine désuète. Fort heureusement, cela a également eu l’effet contraire chez un nombre grandissant d’enseignants qui s’émancipent pédagogiquement et qui sont en mesure de se réinventer. Le positif dans tout cela est certainement que s’il y a de plus en plus d’enseignants qui utilisent les technologies comme levier pédagogique à travers une réinvention de leur pratique professionnelle, il y a logiquement de moins en moins de résistants ! Voilà une excellente nouvelle !

L’iPad n’est qu’un exemple parmi tant d’autres outils à fort potentiel pédagogique qui sont écartés au profit d’outils didactiques traditionnels, une situation démontrant à quel point les mentalités de pédagogues évoluent lentement. Du moins, bien plus lentement que la société qui élabore des nouveaux outils à potentiel révolutionnaire !

Le Bras canadien

Pour en revenir à Rabii Rammal, l’utilisation pédagogique de l’iPad en classe se rapproche de l’allégorie du Bras canadien fabriqué pour se gratter le derrière. Il y a tellement d’usages novateurs possibles, pourquoi y importer son cahier d’exercices ? La réalité est que l’iPad en classe est sous-utilisé et mal intégré. Il est au centre d’un combat que l’enseignant mène contre sa propre nature, celle de l’agent-de-changement-qui-refuse-de-changer-lui-même. Réutiliser les mêmes approches pédagogiques avec un outil aussi puissant relève non seulement de la honte professionnelle, mais de la catastrophe pédagogique puisqu’en fin de compte, ce sont les élèves qui écopent.

Les iPad ont été intégrés dans les écoles de façon parfois trop hâtive: sans consultation, par imposition, en toute hâte et en prenant pour acquis que les enseignants prendraient en main leur propre formation continue. Or, la réalité est la suivante : les enseignants sont tannés de se faire imposer des outils didactiques, des programmes réformés et des grilles d’évaluation prédéterminées. Ils veulent être consultés et écoutés et surtout, avoir l’impression que leur opinion influence les décisions prises dans l’école. Eh oui, ils veulent ce que leurs élèves veulent ! En ce qui concerne la formation continue, elle était léthargique avant l’avènement des technologies. Comment a-t-on pu prétendre que soudainement, les enseignants envahiraient les médias sociaux, les librairies, les congrès et colloques ou les bancs d’université ? A-t-on trop misé sur l’attrait de la nouveauté ?

Pour une intégration durable

Une chose est certaine, après cinq ou six années de ventes records, les ventes de tablettes électroniques ont ralenti et je crois que la société en général est revenue sur terre après une belle histoire d’amour avec ces appareils. Cela laisse donc de la place à une exploitation pédagogique possiblement plus objective de la tablette. Pour y parvenir, voici quatre incontournables :

  • Utiliser l’iPad pour redéfinir ou modifier les pratiques pédagogiques : pas pour les recycler ou les faire perdurer. Le modèle SAMR devient, plus que jamais, une référence incontournable.
  • L’iPad doit offrir des perspectives interactives, non seulement avec son interface, mais avec le monde autour. Il doit offrir des perspectives de collaboration entre les élèves et des ponts avec la société.
  • Cesser d’attendre que les formations soient dispensées par l’école, pendant les journées pédagogiques ou sur le temps de travail conventionné. La formation continue est une responsabilité partagée autant par l’école que l’enseignant lui-même. N’hésitez pas à vous y impliquer hors des heures de cours ! Pas le temps ? Trouvez-en !
  • Créez. Encouragez vos élèves à faire de même. La co-création est une impétueuse compétence qui favorise l’apprentissage chez les élèves et qui leur donne les outils pour faire face aux attentes de leurs futurs employeurs.

Les écoles, pour leur part, ont la responsabilité morale, en offrant un tel outil à leurs enseignants et en imposant un tel achat à leurs élèves :

  • D’offrir des formations ponctuelles sur de nouvelles approches pédagogiques et de nouvelles applications de l’outil.
  • Non seulement d’élaborer un programme de citoyenneté numérique, mais de le rendre concret afin d’espérer observer que les comportements des élèves puissent s’élever à la hauteur du potentiel de l’outil qu’on place entre leurs mains.
  • De faciliter le réseautage professionnel entre les utilisateurs de la tablette. Il est inutile de continuer à jardiner autour d’un silo quand nos enseignants peuvent aller explorer les alentours pour s’inspirer des pratiques d’autres collègues à être importées dans leur classe. On rehausse ainsi les approches grâce à la collaboration.
  • Déployer des ressources locales en support aux utilisateurs à travers un programme de mentorat ou de conseil pédagogique adapté aux réalités de l’enseignant.

Il est toujours divertissant de lire ou d’écouter les enseignants qui disent que les tablettes n’ont pas leur place en classe. Dans le fond, ils ont tout à fait raison ! Les tablettes n’ont pas leur place en classe; elles ont la place qu’on leur fait, dans un contexte scolaire ou pédagogique donné. Il faut en finir avec la perception que l’outil, à lui seul, peut tout changer. Pour ceux qui ne l’ont pas compris, un outil fonctionne de concert avec celui qui l’utilise. Il amplifie les approches pédagogiques.

Plusieurs enseignants craignent que les outils technologiques finissent par les remplacer. Soyez sans crainte ! Rien ne remplace un bon enseignant qui est ouvert, en mouvement, qui s’adapte et qui est à l’avant-garde. Les technologies remplaceront les autres : ceux qui n’ont pas su se mettre à jour et qui ont dépensé leur énergie à maudire leur avènement au lieu de faire le nécessaire pour prendre le virage. Bref, par leurs comportements quotidiens, ils finiront par donner raison à leurs peurs.

Note : J’ai confondu volontairement les mots iPad et tablette électroniques. À mon humble avis, l’iPad demeure la tablette électronique la plus compatible avec le monde pédagogique. Ce texte n’est pas commandité par Apple.

Projet de loi 86 : de gérants à leaders

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La Fédération québécoise des directeurs d’écoles (FQDE) a déposé son mémoire relatif au projet de loi 86, aussi appelé (prenez votre souffle…) Loi modifiant l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires en vue de rapprocher l’école des lieux de décision et d’assurer la présence des parents au sein de l’instance décisionnelle de la commission scolaire.

Exit les gérants

Admettons-le : les directeurs d’école sont actuellement plutôt des gérants. Ils administrent et gèrent une école pour le compte des commissions scolaires. Ils ne sont pas à la tête de l’école puisque les décisions sont prises ailleurs, par des administrateurs qui n’ont pas les pieds dans l’école. Voilà le constat à faire de la situation actuelle, lequel représente certainement l’une des pires absurdités de l’éducation québécoise. D’ailleurs, comme l’expliquait la FQDE en commission parlementaire, à l’heure actuelle, bon nombre de commissions scolaires dictent aux écoles comment répondre aux besoins de leurs élèves. Ce sont des bureaucrates déconnectés de la culture d’une école donnée qui en déterminent le financement et la gestion pédagogique. Le rôle central qui devrait être assumé par la direction est annihilé par la gérance de l’école croulant sous le poids d’une paperasse incessante. Pendant ce temps, qui assure la supervision et l’animation pédagogique des enseignants ? Qui donne le ton et soutient les initiatives pédagogiques du milieu ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ou est-ce que l’aéronef ne serait pas plutôt un drone piloté à distance par une commission scolaire ?

Comme je le mentionnais au préalable, si nous aspirons à ce que la direction d’école exerce un réel leadership mobilisateur, lequel aura un effet sur la réussite des élèves, il faut lui offrir les conditions gagnantes pour la voir émerger comme leader pédagogique au sein de l’institution. Il faut que la réorganisation favorise une prise de décisions où la créativité et le leadership de l’établissement seront reconnus estime la FQDE. C’est un peu cette porte que le gouvernement entrouvre avec le projet de loi. Pourtant, il n’y a rien de révolutionnaire dans tout ça : plus on rapproche les mécanismes de prise de décision des élèves, plus l’incidence positive sur ces derniers se fait sentir. N’est-ce pas l’évidence même ?

Nouvelle structure, même cadre financier

Ce qui est proposé avec le projet de loi 86 est une nouvelle structure de gouvernance. Ces modifications structurelles sont malheureusement assorties du même cadre financier famélique qui est servi au monde de l’éducation depuis quelques années. S’il y a une chose sur laquelle TOUS les acteurs du monde de l’éducation s’entendent, c’est la reconnaissance de la réalité du sous-financement. Les syndicats, les directions d’école, les enseignants, le privé, le public, les commissions scolaires, les CPE, les cégeps, les universités, les parents, et j’en passe, s’entendent tous pour dénoncer les compressions budgétaires. Rarement une situation fait-elle autant l’unanimité en éducation québécoise !

Pour donner la pleine mesure à ces améliorations structurelles, le cadre financier doit également évoluer. La FQDE abonde dans le même sens en parlant de décentralisation des budgets. Il faut que les directions puissent assumer cette nouvelle autonomie. Ne faut-il pas se donner le moyen de nos ambitions ?

Un pas dans le bon sens

Le projet de loi 86 est un pas dans le bon sens. Ce qui importe cependant est ceci :

  • Les pouvoirs accrus aux parents doivent ne pas s’exercer au détriment de l’autonomie professionnelle des enseignants ou des directions d’école. N’oublions pas que tout le monde a sa petite idée de comment doit être gérée une classe ou une école, car tout le monde a fréquenté ces lieux (sic). Trêve de cynisme, l’autonomie professionnelle doit être respectée par les parents comme les acteurs du monde de l’éducation doivent respecter la démocratie scolaire. Les parents et les intervenants scolaires sont condamnés à travailler ensemble puisqu’ils souhaitent tous deux la même chose : la réussite des élèves. Plus que jamais, avec les défis contemporains qui se dressent devant nous, l’heure est à la gestion collaborative.
  • Décentraliser les pouvoirs, d’accord. Cependant, il ne faut pas les recentraliser ailleurs. On répète aux enseignants que nous souhaitons qu’ils exercent leur jugement professionnel et qu’ils assument leur autonomie professionnelle ; donnons-leur du pouvoir ! Et comme dans n’importe quelle entreprise de services, celui qui dirige les opérations doit jouir de davantage de pouvoir en ayant une pleine latitude en termes de prise de décisions administratives, pédagogiques ainsi qu’au niveau du service à l’élève et de la vie scolaire.
  • Modifier la structure du réseau scolaire est une excellente idée. Cependant, n’oublions pas que ce que l’école québécoise a besoin est un réel vent de changement qui la transportera jusqu’au 21e siècle. Et pour mener ce navire à bon port, tous doivent ramer dans le même sens ! Tout ce qui encourage le déploiement d’initiatives en ce sens doit être favorisé. L’école québécoise doit sortir de sa torpeur.
  • L’autonomie fantôme est inutile. Elle doit s’accompagner de leviers financiers et administratifs à la mesure des pouvoirs que l’on veut conférer à ces leaders.

Le projet de loi est une première pierre posée dans l’édification d’une structure scolaire renouvelée et modernisée. Maintenant que les structures de gouvernances évoluent, les mentalités doivent suivre.

La direction d’école ou le côté sombre de la force

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En cette semaine de relâche deux articles nous ont donné un point de vue intéressant sur le rôle d’une direction d’école. Le premier, rédigé par Eric Sheninger nous permet d’identifier les principales qualités de ce professionnel au rôle méconnu, alors que le second texte, lui, démontre qu’une direction d’école perd rapidement la naïveté qui l’habite lorsqu’elle prend les rênes de l’école. J’avais déjà écrit sur La bonne direction, mais cette fois-ci, j’ai envie de répondre à l’appel d’Eric Sheninger et de dresser ma liste des caractéristiques incontournables d’un directeur ou d’une directrice d’école.

Ainsi, qu’est-ce qu’un bon directeur ou une bonne directrice d’école ? Je pense qu’il n’existe pas de réponse préétablie en ce sens puisque chaque milieu est différent; les besoins de ces derniers dictent les caractéristiques nécessaires pour chaque candidat. Une bonne direction dans un milieu ne l’est donc pas nécessairement dans un autre. Également, les attentes de tous et de chacun varient. Pour les uns, une direction peut être excellente, mais pas pour les autres. Il y a une bonne part de subjectivité en ce sens ! Signe qu’il est pratiquement impossible de faire l’unanimité dans cette profession !

Également, il est important de comprendre une chose incontournable : la direction d’école n’est pas l’antithèse de l’enseignement. Il ne faut pas oublier que dans la très forte majorité des cas, la direction est d’abord un ancien enseignant et qu’elle ne renie pas ses racines pour autant. Elle travaille de concert avec les enseignants dans un même but. Seulement, les deux travaillent à des niveaux différents.

Donc, quelles sont les qualités incontournables d’une bonne direction ? Celles qui font consensus et qui sont souvent recherchées lors des ouvertures de poste ? Celles qui sont à la base de la pratique de certains collègues que j’ai la chance de côtoyer de près ou de loin ? En voici une courte liste non exhaustive :

  1. La capacité d’adaptation. La gestion en milieu scolaire, c’est apprendre à gérer l’imprévu. À défaut d’avoir l’expérience nécessaire pour y faire face, il faut avoir les bons réflexes.
  1. Démontrer un leadership qui dépasse largement le niveau des capacités orales. Il faut que les babines suivent les bottines et que les gestes soient plus forts que les promesses. De cette façon, le leadership se transforme en cohérence établie entre les paroles et les gestes pour être inspirant et afin de permettre de rassembler tous les acteurs du milieu scolaire.
  1. La capacité à établir une vision qui, pour être partagée par l’ensemble des intervenants d’un milieu scolaire, sait autant se baser sur la culture de l’école que sur les défis sociaux de demain. L’enseignant a le nez collé dans l’urgence du quotidien alors que la direction d’école, elle, a une vision globale de tout ce qui se passe dans l’école et dans la communauté. Derrière cette vision, le directeur ou la directrice doit incarner la transformation et l’évolution de l’école. C’est ainsi que la direction d’école aspire à devenir un modèle, une référence respectée.
  1. La transparence est quelque chose qui doit émerger des pratiques de gestion en milieu scolaire. Le quotidien scolaire est, en quelque sorte, un aquarium où tous ont une vue privilégiée sur nos actions. Bien souvent, ceux qui ont peur de cette transparence sont ceux qui ont quelque chose à cacher, et bien souvent, ce qui est à cacher est un manque de leadership.
  1. La communication doit être bidirectionnelle. Les canaux doivent demeurer ouverts pour recevoir et donner de la rétroaction comme pour transmettre des consignes. Bien évidemment, le respect est une dimension centrale de tout l’aspect communicatif et il permet, en outre, de valoriser les instances qui interviennent dans le milieu scolaire : autonomies professionnelles (remarquez le pluriel!), syndicats, association de parents, corps de métiers, partenariats, etc.
  1. Valoriser les réalisations des autres. Le projecteur doit revenir aux autres et ce sont leurs agissements qui doivent être mis en valeur. Ceux qui font le saut en direction par désir de reconnaissance sont au mauvais endroit. Si la reconnaissance est rare pour les enseignants, elle l’est encore plus pour les membres de la direction. Pire, souvent, les critiques fusent de toutes parts. J’aime référer à la direction d’une école comme l’accès au côté sombre de la force. Cela est non seulement amusant, mais il exprime surtout que cette force ou ce levier doit être exercé dans l’ombre de ceux qui doivent impérativement briller : les élèves et leurs enseignants.

Quelques conseils maintenant :

  1. Épaississez votre carapace. Il y en a des polémistes qui croient toujours au complot et qui pensent tenir le filon pour prouver que vous êtes un incompétent. Tel qu’énoncé au préalable, il est impossible de faire l’unanimité et s’il y a des personnes qui croiront que vous avez changé leur vie pour le mieux, d’autres estimeront que vous l’avez ruinée. Composer avec ceux qui drainent beaucoup d’énergie de par leur négativisme fait malheureusement partie du travail. Sachez cependant reconnaitre jusqu’où vous pouvez aller pour eux et ne vous laissez pas avaler par ce trou sans fond qu’est la sinistrose !
  1. Ne ramenez pas de travail à la maison. Il s’agit d’un poste très exigeant et prenant. Tous veulent un morceau de ce que vous avez à offrir quotidiennement : les parents, les élèves, les enseignants, etc. Votre famille ne doit pas faire partie de cette équation. Réservez-leur la grosse part du gâteau. Concilier famille et direction scolaire est probablement le plus grand défi à relever.
  1. Ayez un mentor. Oui, il y a des frais associés à cette démarche et si votre école ne les assume pas, investissez dans cette opportunité. On s’estime souvent seul en direction; avoir un conseiller, quelqu’un de confiance, d’expérimenté et de neutre s’avère être un excellent antidote à cette solitude professionnelle.
  1. Faites partie d’une communauté de partage d’expérience professionnelle. C’est enrichissant de constater comment les choses se font ailleurs. Bien souvent, on peut voir que d’autres ont de bonnes idées ou même, de meilleures idées que soi !
  1. Posez des questions. Autant à vos collègues qu’à votre supérieur immédiat, en passant par les enseignants et le personnel de soutien. C’est un travail d’équipe et ils ne se gêneront pas lorsqu’il sera temps de requérir à votre aide; faites-le aussi !

Le directeur ou la directrice d’école est, d’une certaine façon, un facilitateur pour toutes les possibilités pédagogiques pour les enseignants comme pour les élèves. Ils doivent s’évertuer à établir des relations avec un nombre grandissant d’intervenants en s’assurant que les canaux de communication demeurent ouverts, accessibles et fréquentés. Œuvrer à la tête d’une institution scolaire est un travail d’équipe s’illustrant par un certain degré d’interdépendance entre les acteurs du milieu. Les uns ne sont rien sans les autres et dès qu’un maillon de la chaine de la démarche d’apprentissage d’un élève éclate, c’est tout le processus qui est affecté. Tous ont leur rôle à y jouer, à commencer par l’élève lui-même et le rôle de la direction est, justement, de voir à ce que tous jouent leur rôle et que la chaine soit bien huilée !

Notre école est un crime

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Vous avez bien lu ! D’une part, j’ai traité des élèves fantômes en septembre dernier et hier j’ai écrit hier à propos de l’autre gratuité scolaire. Les deux textes mettent en reliefs les élèves veules et léthargiques, spectateurs désintéressés des parents et des acteurs du milieu scolaire qui font tout pour eux.

C’est un peu la suite à ces textes que j’écris aujourd’hui.

Quand la médaille académique du Gouverneur général vient nous hanter

L’idée est venue d’un texte tweeté par l’inestimable François Guité qui explique comment nous avons tué l’intérêt de l’élève pour l’apprentissage. Rien de moins. Ce texte intitulé When success leads to failure, écrit par Jessica Lahey, est le fruit de l’expérience d’une enseignante qui constate, suite aux témoignages de parents, que de plus en plus d’élèves semblent avoir perdu le gout d’apprendre. L’enseignante en conclut :

L’élève a sacrifié sa curiosité innée et son plaisir à apprendre sur l’autel de la performance scolaire. Nous leur enseignons que leur intelligence se mesure par de bons résultats scolaires et s’exprime en notes, en cotes ou en méritas et que quelque part, tout cela est plus important que le développement de sa propre personnalité et de diverses compétences issues à son fonctionnement dans une société bien ancrée dans la contemporanéité [traduction et adaptation libres].

Elle n’a pas tort ! Les résultats scolaires sont bien plus importants que la démarche qu’ils devraient avoir initiée. Autrement dit, la fin est plus importante que les moyens. Et la fin, c’est la sanction des études et l’acceptation au cégep. Point à la ligne. Ce qui importe à trop de jeunes est de protéger leur perfection scolaire et académique, et ce, à n’importe quel prix.

Je me souviens d’une élève de cinquième secondaire à qui j’enseignais l’économie et qui était fâchée parce que je lui avais enlevé un point pour une petite erreur banale, ce qui la privait d’une note parfaite. Je lui avais expliqué que ce qui était important n’était pas la note, mais bien la démarche. Je lui expliquais que ce que je visais en tant qu’enseignant ne se mesurait pas immédiatement, mais dans les années à venir. Elle finalement a décroché la médaille académique du Gouverneur général en fin d’année et elle a eu le culot de revenir me voir pour me dire : vous aviez tort. Tout ce que j’ai appris se mesure dans l’immédiat par cette médaille (en me la montrant). J’aurais dû être fier pour elle, mais j’ai immédiatement compris que j’avais échoué dans mon travail d’enseignant. Pour les curieux, elle est aujourd’hui médecin et elle a plus de 1000 amis Facebook (deux belles façons de témoigner du niveau de réussite sociale de nos jours!). L’histoire ne dit pas si elle est en mesure d’appliquer ce qu’elle a appris dans mon cours pour gérer sa richesse et ses ressources…

Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent pas apprendre; ils veulent de bonnes notes. Si les enseignants trouvent une corrélation entre les deux, les élèves, eux, dissocient les deux concepts.

L’intransigeance scolaire

Richard David Precht en rajoute. Le philosophe allemand estime que l’école occidentale est un crime, car elle s’évertue à mettre tous les moyens en place pour que nos écoles continuent à fonctionner, au fond, sur le modèle de la société industrielle, vieux de plus d’un siècle. Cet archaïsme est conforté par la majorité des parents qui rêvent que leurs enfants soient coachés vers une spécialité pointue, rare et rémunératrice.

Bien évidemment, tout parent veut le mieux pour son enfant, mais faut-il nécessairement qu’il mette en place des mécanismes de réussite quantifiable sans égard aux processus menant à cette même réussite ? Et l’excellence… Qu’est-ce que l’excellence ? 90% ? 100% ? Ou simplement se dépasser ? L’excellence pour les uns est-elle l’excellence pour les autres ? La réussite à tout prix, est-ce sain ? Y a-t-il une portée éducative à cette intransigeance scolaire ?

Vous entendez souvent parler du nivèlement vers le bas en éducation. Peut-être cela existe-t-il dans nos écoles, mais il y a deux choses à ne pas négliger : la première, elle existe autant chez les élèves que chez les acteurs du milieu scolaire. Le Ministère de l’Éducation ne détient pas le monopole du nivèlement vers le bas. Les enseignants, les directions d’établissements scolaires et les parents n’ont pas à faire la morale à quiconque en ce sens. Secundo, lorsqu’on enseigne pour évaluer et qu’on évalue pour déterminer qui passe et qui échoue, on manque l’essentiel de ce que doit être une véritable démarche scolaire au 21e siècle :

  • Former les travailleurs qui seront, pour l’heure, sur le marché du travail entre 2025 et 2060, dans un monde incertain, alors qu’ils occuperont probablement un emploi qui n’existe toujours pas ;
  • Apprendre aux jeunes comment résoudre des problèmes pour qu’ils se distinguent et démarquent dans un monde de plus en plus compétitif ;
  • Éduquer nos élèves à l’éthique afin que leurs actions futures s’inscrivent dans l’intérêt du bien commun.

Nous avons donc un choix à faire : révolutionner notre système éducatif ou continuer à sacrifier nos jeunes et les voir s’ennuyer dans nos classes. Ils auront de bons résultats scolaires et probablement un diplôme et des méritas accrochés au mur, mais ils peineront à trouver leur place dans la société de demain.

 

Toi, l’effet multiplicateur…

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Si tu savais à quel point j’ai souvent pensé à toi ces dernières années. Toi qui es partout et nulle part à la fois, toi qui a tant de visages, on s’est croisé à plusieurs reprises à plein d’endroits. Tu es présent dans mon milieu scolaire, dans celui des écoles voisines comme dans celui des autres écoles du pays. Tu es partout, mais malheureusement, tu n’es pas en nombre suffisant. Et tu doutes de toi.

L’effet multiplicateur c’est toi, l’enseignant qui a accepté de briser son silo pour en sortir et explorer ce qui se passe autour. Tu as pris en main ton développement professionnel et tu as développé un appétit insatiable pour tout ce qui te permet d’innover dans ta pratique. Tu participes à un nombre maximal de congrès, de colloques et de rencontres avec d’autres enseignants. Tu lis tout ce sur quoi tu mets la main : des magazines, des blogues, des livres, les journaux, etc. Tu n’es pas en attente d’être stimulé ou formé dans une journée pédagogique ou entre 9h00 et 16h00. Tu vas au-devant, tu crées tes occasions de formation, bien souvent sur ton temps. Et tout ce que tu apprends, tu le réinvestis dans ta pratique, car la raison pour laquelle tu cherches constamment à te réinventer, c’est pour tes élèves. Tu deviens un meilleur enseignant et, ultimement, tu incites tes élèves à devenir de meilleurs apprenants.

Tu as le sens des autres ! Tu fais cela pour tes élèves, certes. Tu le fais pour toi aussi, par pur plaisir. Mais tu le fais aussi pour tes collègues. Tu es une éponge : tu absorbes un maximum d’informations pour tout transmettre dans ton milieu. Sorti de ton silo, tu cognes à ceux de tes collègues, qui en ont fait leur demeure, pour venir te rejoindre et vivre de l’insécurité de la curiosité et de la créativité. Cela n’est pas une mince affaire !

À ton contact, tes collègues deviennent de meilleurs enseignants. Probablement que tu ne le vois pas. On ne peut pas te blâmer. Peut-être que tu avances plus vite qu’eux, mais au moins, eux aussi avancent. Et bien souvent, c’est grâce à toi. Tu es l’effet multiplicateur. Tu diffuses l’information que tu as amassée et tu partages tes expériences pour rehausser la vie professionnelle de ceux qui t’entourent. Tu offres conseils, expériences et idées; tu défriches des sentiers pédagogiques.

Malheureusement, parfois, tes collègues te rejettent. En fait, ce n’est pas toi qu’ils rejettent, mais davantage tes idées et tes pratiques, car, souvent, elles peuvent menacer leurs propres pratiques et idées qui ont fait leurs preuves depuis 25 ans ! Tu sais, par ton dynamisme, tu nivèles vers le haut et tes collègues se sentent obligés de faire de même. Tu les forces implicitement à changer. L’humain étant ainsi fait, il n’aime pas à être contraint de changer. Plein de préjugés s’installent. Cela crée des tensions :

  • Tu ne reconnais plus tes collègues ni ton milieu scolaire. Tes collègues ne te reconnaissent plus et ne reconnaissent plus leur école. Malgré tout, c’est bon signe ! Le changement s’opère et tu en es certainement la source !
  • Tes élèves aiment ce que tu fais en classe, mais malheureusement, ils manifestent leur désintérêt envers les classes de certains de tes collègues. Cela crée un malaise entre toi et tes collègues et une certaine jalousie.
  • Des clans peuvent se créer. Ceux qui résistent et ceux qui ont décidé de changer leurs pratiques. Un peu comme le disait Benjamin Franklin, l’humanité se divise en trois catégories : ceux qui ne peuvent pas bouger, ceux qui peuvent bouger et ceux qui bougent.

Tu es souvent épuisé et découragé. Pas par ta tâche d’enseignement, mais bien par la réaction de fermeture de plusieurs de tes collègues. Tu veux les convaincre, tu veux partager et collaborer avec eux. Tu veux leur faire voir ce que tu as vu et leur faire vivre ce que tu as vécu. Entrevous, il y a un mur qui se dresse parfois : un mur d’incompréhension.

Tu remets en question ton leadership. Dois-tu, en plus d’inciter tes élèves à avancer, faire de même avec tes collègues ? N’est-ce pas plutôt le travail de ta direction d’école ? Tu vois, tu as fait un contrat moral avec ta profession. Tu pourrais te taire et rentrer dans le rang, mais ce serait inacceptable puisque contre ta nature et contre ta propre vision de ce que doit être le monde de l’éducation au 21e siècle. Tu pourrais refuser de continuer à influencer tes collègues en faisant ta petite affaire, mais, une fois de plus, c’est impossible; on ne peut empêcher le soleil de rayonner ! Même si les autres ont la responsabilité éthique de ne pas te ralentir, il n’en demeure pas moins qu’il est plus simple pour autrui de mobiliser un minimum d’efforts pour ralentir ta progression plutôt que d’investir une quantité énorme d’énergie pour changer ses pratiques. Et même si ta responsabilité première est ton propre développement professionnel et le bien-être de tes élèves, il n’en demeure pas moins que tu as une responsabilité éthique de continuer à incarner ce que tu crois être l’éducation au 21e siècle. Même si tu crois qu’ils te rejettent ou rejettent tes idées, la vérité est que tes collègues, même les plus rébarbatifs au changement, ont besoin de toi.

On dit souvent que personne n’est irremplaçable. Surtout en éducation où on n’accorde pas assez d’importance à ces gens uniques qui nous font cheminer. Heureusement, je crois que cette maxime est fausse. Par ta seule présence, tu te rends indispensable !

En ce sens, tu incarnes l’autre côté de la médaille de ce qu’est la persévérance scolaire : résister aux résistances et travailler de façon acharner à faire évoluer les mentalités et pratiques enseignantes.

Une chance que tu es là : tu es une fenêtre ouverte sur le monde et un courant d’air rafraichissant en pédagogie. Ne t’éteins pas, rayonne de tous tes feux. Certains, qui vivent dans la noirceur, se sentiront éblouis, mais plusieurs autres se fient à ta lumière bienveillante ! Je prends le temps de te dire MERCI !

Se retrousser les manches pour que les élèves n’aient plus à persévérer dans nos écoles

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Depuis un certain temps, j’écris à chaque année à propos des Journées de la persévérance scolaire. Comme je l’ai déjà écrit, on ne peut pas être contre la vertu et je suis tout à fait d’accord avec l’idée que tous prennent une semaine pour féliciter les élèves pour leurs efforts. Ce texte n’est donc pas une sortie en règle contre l’organisation d’une semaine pour souligner la persévérance scolaire. Cependant, au-delà de ces beaux mots et de ces quelques actions ici et là, il serait approprié de nous remettre en question sincèrement à savoir si nous ne contribuerions pas plutôt au décrochage scolaire… Les années ont passé et, tristement, j’en viens toujours au même constat : on contribue davantage au problème qu’à la solution.

J’aimerais mieux que l’on fasse le nécessaire quotidiennement pour éviter le décrochage scolaire que de dédier une semaine du calendrier à dire : Let’s go, vous êtes capables ! Nous on peut être 1000 fois meilleurs pour vous, mais on vous demande de ne pas abandonner. SVP, persévérez ! Il faut enrayer le décrochage scolaire et cela passe par une complète réinvention du système scolaire et des individus qui y gravitent : des enseignants aux directions d’établissement, des commissions scolaires au Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (nouvellement appelé le MÉES… l’acronyme porte bien son nom !), des entreprises aux familles. Tous doivent se regarder longuement dans le miroir, se retrousser les manches, se donner la main et s’y mettre. Ça presse !

Annuellement, cette semaine prend les allures d’une mascarade. Bien que le message soit le bon, il devrait être le même tout le temps. Et pour que le message soit réellement le bon, il doit entrainer une action durable. Malheureusement, au lieu de souligner nos bons coups et une action concertée et collective, c’est plutôt le moment où l’on réalise collectivement nos déboires. Dans les faits, c’est la semaine de l’échec des :

(… dans le désordre…)

  • Enseignants qui, pour plusieurs, sont incapables de se renouveler pour enfin placer l’élève au centre de leurs préoccupations et de leurs approches pédagogiques.
  • Écoles où le leadership fait peur et le nivellement vers le bas semble faire office de norme pour éviter de déranger ceux qui se cantonnent dans leurs bonnes vieilles habitudes. Oui, en éducation au Québec, on rabroue ceux qui dérangent et on dénigre un peu trop souvent ceux qui réussissent !
  • Gouvernements qui se succèdent et qui placent le système de santé en tête de leurs préoccupations sans réaliser que l’éducation devrait venir à bout de plusieurs problèmes de santé qui engorgent nos hôpitaux. Des gouvernements qui se désinvestissent et qui emploient des logiques comptables pour essayer de mettre une valeur sur ce qui n’a tout simplement pas de prix. D’ailleurs, le gouvernement n’est même pas associé aux Journées de la persévérance scolaire ! Ça veut tout dire,non ?
  • Structures scolaires énormes comme les commissions scolaires et le MÉES qui sont encrassés dans la bureaucratie et qui dilapident d’importantes sommes d’argent pour légitimer leur présence et assurer la pérennité d’un système dépassé et désuet.
  • Parents qui n’ont pas su transmettre cette importance de l’école et d’en faire le centre de l’univers de leur enfant ou à ceux qui disent fièrement qu’ils ont pu réussir dans la vie sans avoir eu à aller trop longtemps à l’école. Sans oublier les parents qui prennent résolument le côté de leur enfant et qui dénigrent le travail des enseignants ou des autres intervenants scolaires.
  • Entreprises qui, trop souvent, mettent de la pression sur nos élèves afin qu’ils augmentent leurs heures de travail et qui recrutent sans vergogne des élèves de quatrième ou cinquième secondaire pour les faire travailler plus d’une quinzaine d’heures par semaine. Ils vendent du rêve et à un âge où les jeunes se cherchent, même le salaire minimum est attrayant.

Tous ces intervenants, et bien d’autres, doivent travailler de concert dans un seul et même but : non pas garder l’élève à l’école, mais faire en sorte qu’il y apprécie son séjour et qu’il s’y retrouve. Un élève heureux dans son milieu scolaire en est un qui persévèrera. Or, trop d’élèves ont l’impression de perdre leur temps à l’école et, en conséquence, ils ne manqueront pas l’occasion de sortir du milieu aussitôt que possible. Le but n’est pas que les élèves persévèrent dans nos écoles; c’est qu’ils y évoluent et qu’ils s’y sentent bien !

Pour reprendre le thème de la semaine, oui, soyons tous des superhéros ! Soyons-le durant toute l’année et agissons q-u-o-t-i-d-i-e-n-n-e-m-e-n-t en tant qu’ambassadeurs de l’éducation. Faisons en sorte que notre classe, notre école, notre famille, notre équipe sportive, notre entreprise, placent l’intérêt de l’élève en premier. Remettons en question nos pratiques et voyons comment nous pouvons faire les choses différemment, en collaboration avec tous les acteurs des milieux scolaires. Outillons ceux qui travaillent directement avec les élèves et offrons-leur le pouvoir d’intervenir grâce à une autonomie professionnelle qui peut être exercée localement au lieu de devoir naviguer dans les méandres de la bureaucratie scolaire. Car, bien souvent, c’est dans ces tergiversations que nous perdons autant nos élèves susceptibles de décrocher que ceux qui peuvent les aider.

Réplique d’un cahier à un enseignant

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Le texte suivant a été rédigé à l’invitation d’enseignants qui ont lu le texte Cher cahier d’exercices… et qui m’ont interrogé à savoir ce que répondrait le cahier. Avant de lire ces lignes, pour vous mettre en contexte, assurez-vous de lire le texte précédent. 

 

Cher enseignant,

Je comprends ton désarroi. Dans les faits, tu as beau me critiquer, mais tu attaques la créature que tu as toi-même engendrée ! En effet, je suis né de ton insécurité et de tes propres doutes face à cette belle profession que tu exerces.

Tu me trouves plate ? Ennuyeux ? Soit. Peut-être suis-je le reflet de ta propre performance ? Il y a plusieurs façons de rendre tes cours intéressants : pourquoi me choisis-tu comme outil de prédilection, sachant que les documents officiels du Ministère te donnent une complète latitude à cet égard ? Je suis un outil à deux dimensions et je fais ce que je peux avec ce que j’ai. Probablement que, comme toi, il me manque une dimension et que je manque de profondeur… Mais je t’envie, car toi, tu as accès à tous les possibles. J’aimerais avoir cette chance d’innover et d’évoluer, mais j’ai atteint mes limites. Toi, tu as ton imagination et ta curiosité. Les limites que tu rencontres sont celles que tu t’imposes.

En parlant de documents officiels du Ministère, je crois que tu me confonds trop souvent avec le Programme de formation et la Progression des apprentissages. Tu as déjà consulté ces documents ou tu te limites à ce que tu trouves dans mes pages ? Bref, c’est toi qui m’accordes autant d’importance.

Tu parles de créativité, tu parles de personnalisation. Je suis un livre ! Celui qui stimule la créativité et qui doit personnaliser son enseignement, c’est toi. Sans vouloir t’offenser, je dirais que tu manques de créativité à un point tel que tu paies quelqu’un d’autre pour avoir des idées que tu achètes sans vergogne, à gros prix, pour les réutiliser avec tes propres élèves! Je dis tu, mais en fait, ce qui rend le tout encore plus désolant, c’est que c’est ton école, ta commission scolaire et même les parents de tes élèves qui déboursent directement et qui font les frais de ton propre manque de créativité.

Le monopole de la connaissance, ce n’est pas moi qui l’ai perdu ! Et c’est toi qui crains l’invasion des technologies dans ta classe et qui te sent menacé. Moi, une fois imprimé, je fais ce que je peux avec ce que j’ai et lentement je constate mon obsolescence. Je me désole parfois de voir mes amis plus vieux toujours dans les sacs de tes élèves.

Dans le fond, je suis un objet de sécurité pour toi. Je suis une banque d’activité quand tu manques d’idées ou que tu es débordé avec les milliers d’autres tâches connexes qui se rajoutent quotidiennement. Je suis ta bouée de sauvetage et ton plan B : tu te sers de moi pour punir tes élèves, leur donner des devoirs, pour boucher du temps dans tes cours (ce même temps que tu crains manquer en fin d’année pour couvrir le Programme !), etc.

Moi, je suis né un livre et je finirai un jour au fond d’un bac de recyclage, mais toi, ta tâche est appelée à changer au gré des besoins sociaux. Et c’est ce qui fait la beauté de ta profession : rien n’est statique. Tu te lèves et tu ne peux te douter de ce qui t’attend. N’est-ce pas fantastique ? Moi, je suis là et j’attends patiemment qu’on m’ouvre, qu’on me lise ; je prends la poussière et je suis au service de l’humain. Toi, tu peux aller au-devant des autres, bouger, t’investir. Je suis un objet qui se définit par sa finitude. Hier, aujourd’hui et demain seront pareils pour moi. Toi, même si tu te refuses à le voir, tu es évolutif et tu changes tous les jours. Mieux, tu constates tous les jours que tu joues un rôle dans le changement chez tes élèves ; accepte toi aussi de changer ! Sois fier de ta profession et de ton apport à la société, Sois le modèle que tu es appelé à devenir. Au lieu de les craindre, inspire-toi des enseignants qui se sont émancipés des dogmes que le milieu de l’éducation vous impose et prends ton envol à ton tour. Sois le chainon manquant ; celui qui fera de l’école l’endroit où les élèves veulent être au lieu d’être celui qu’ils cherchent à fuir !

J’aimerais bien être polymorphe ou me réinventer. Je rêve de devenir un livre et de voir les écritures bouger, les dessins s’animer comme si nous étions dans un film d’Harry Potter. J’aimerais être plus interactif. Or, l’humain qui m’imagine a choisi de me prendre tel quel pour m’importer dans une tablette qui elle est interactive. Imagine… moi, statique, combiné à un support branché en permanence sur Internet offrant la possibilité de jouer à des jeux… Et on se demande après pourquoi il y a autant de distractions et d’écarts divers dans les classes branchées ! Dans les circonstances, non pas que je sois suicidaire, mais ne te gêne pas pour m’écarter de ta boite à outils didactique. Je comprends qu’il y a longtemps que j’aurais dû être relégué aux oubliettes. Mais n’oublie jamais que j’ai été élaboré par des enseignants et que je n’ai que l’importance qu’un autre enseignant me confère !

Pour terminer, tu as deux choix : soit qu’on se revoit au temple de la renommée de la nostalgie de l’école qui peine à se réinventer. Bien au chaud à mes côtés, il y aura une belle place qui t’attendra. Ou encore, tu te tailles une place dans l’imaginaire social de cette société grandement en manque de modèles pour sa jeunesse et que tu t’imbriques dans les souvenirs de tes élèves que tu auras marqué de façon indélébile.

Les tendances en éducation

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Voici ce qui se trouve au seuil de nos écoles, dans un avenir pas si lointain. Ce n’est plus une question de clairvoyance ou d’astrologie ! C’est là. Ouvrez la porte de votre classe, de votre école et explorez. Vous en viendrez aux mêmes conclusions !

La ludification

Ce que l’on appelle la ludification ou la gamification de l’apprentissage est l’emprunt de mécanismes habituellement utilisés dans les jeux pour faciliter l’apprentissage. Les élèves aiment jouer et ils aiment ce qui est sous-jacent au ludique. La ludification des apprentissages permet, entre autres, une saine compétition, autant contre les autres qu’envers soi-même. D’une part on peut se mesurer contre nos amis ou compagnons de classe et, d’autre part, on peut mesurer notre propre progression en tentant de faire mieux que précédemment. Il y a aussi, toujours à titre d’exemple, les cartes de progression. C’est, en quelque sorte, une cartographie de l’apprentissage où on doit passer par une étape avant d’en atteindre une autre.

Voilà une excellente façon d’offrir une rétroaction fréquente qui est, pour employer les mots de mon éminent collègue Claude Frenette, spécifique, utile et gentille ! Bien qu’elle soit souvent automatisée, au moins, cette rétroaction est présente à toutes les étapes. Elle donne une bonne idée comment l’élève doit réagir face à une difficulté. Certains questionnaires en ligne permettent de donner accès directement à une capsule vidéo explicative lorsqu’un élève répond de façon erronée à une question.

En somme, plaisir, aventure, rétroaction. Voilà ce qu’est la ludification des apprentissages. Des entreprises comme ChallengeU, Classcraft et Classdojo, pour ne nommer que celles-là, ont bien compris le principe et c’est certainement ce qui explique leur succès et leur popularité.
Les ateliers de fabrication numérique

Ces ateliers, communément appelés Makerspace, sont très populaires aux États-Unis. La situation traverse lentement la frontière et de plus en plus de ces ateliers s’implantent dans les écoles.

Et pour cause ! Grâce à une multitude d’outils, allant de la machine à coudre, au tournevis, en passant par la découpeuse laser et l’imprimante 3D, ces derniers offrent la possibilité aux élèves de donner une forme à leurs idées en passant du stade de l’imagination jusqu’à la réalisation. D’ailleurs, certains ateliers sont bien équipés pour permettre la diffusion de ces créations grâce à des outils multimédias de qualité : montage vidéo, création de musique, accès aux médias sociaux, etc.

Les ateliers de fabrication numérique sont de belles vitrines pour favoriser l’entrepreneuriat étudiant et pour favoriser l’émergence de la curiosité, de la créativité et de l’inventivité en pédagogie. Malgré le fait que, bien souvent, les outils utilisés par ces ateliers soient dispendieux, il n’en demeure pas moins que, comme l’explique Communautique, une référence en la matière au pays, investir dans un atelier de fabrication numérique est un investissement dans l’apprentissage expérientiel.

Pour de plus amples informations, je consigne notre démarche d’élaboration d’un atelier de fabrication numérique dans l’École branchée.

La réalité virtuelle

En parlant d’apprentissage expérientiel, il devient de plus en plus complexe et onéreux d’organiser des sorties pédagogiques pour permettre aux élèves de témoigner d’une réalité sociale, artistique, sportive ou autre. La réalité virtuelle se veut un spectaculaire compromis permettant aux élèves d’être immergés dans une telle réalité grâce à la technologie. Sous peu, les plus grands musées du monde sont sur le point d’être accessibles ! En une journée, l’élève pourra passer de la Place Saint-Pierre, au Louvre en passant par la grande muraille de Chine. Il pourra séjourner dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, témoigner du débarquement de Normandie ou de la bataille des Plaines d’Abraham. Bref, les élèves voyageront à peu de frais, en toute sécurité et dans des conditions contrôlées par le milieu scolaire.

Outre les voyages et les visites, les élèves pourront côtoyer des personnages historiques et assister aux grands discours de Kennedy, de Churchill, de De Gaulle ou de Lévesque.

Les yeux et les oreilles seront donc mobilisés dans une nouvelle expérience repoussant les limites de la virtualité.

Au-delà des sens qui seront sollicités d’une nouvelle façon, la réalité virtuelle permettra une meilleure collaboration entre les élèves, mais surtout, elle facilitera l’expérimentation, le prototypage et le design pédagogique alors que les élèves pourront interagir en 3D avec leur création.

Désormais, ce qui est impossible à réaliser dans le monde réel devient possible dans le monde virtuel !

Les cours à distance

De plus en plus de possibilités sont offertes pour les cours à distance. Le marché lucratif des cours d’été ou des cours d’appoint est en pleine émergence. Des écoles privées et des commissions scolaires ont investi temps et argent dans l’élaboration d’une offre en exploitant des plateformes pédagogiques comme ChallengeU. Pour l’instant, cette offre est destinée à leurs élèves ou à une clientèle d’élèves du secondaire qui s’y inscrive temporairement, le temps qu’ils suivent un cours d’appoint ou de reprise.

Cependant, au-delà de la mesure d’appui, la forme la plus extrême de la différenciation pédagogique, l’accélération pédagogique, deviendra naturellement de plus en plus demandée par les parents. Pour l’instant, les cours à distance sont réservés pour la formation aux adultes ou pour le postsecondaire. Cependant, il faudra s’attendre à ce que les possibilités offertes par l’instruction virtuelle lèvent le voile sur les besoins des élèves performants : accélérer leur parcours scolaire.

Idem pour les élèves qui éprouvent davantage de difficultés.

Bref, à quand une variété de parcours scolaires, calqués sur les réalités ou besoins des apprenants et non plus nécessairement sur leur âge chronologique ?

Pour bien saisir cette réalité, il faut comprendre que l’école n’est plus le lieu unique d’éducation d’un jeune et que l’enseignant ne détient plus le monopole des connaissances. Chaque année, de nouvelles avenues de formation émergent et de nouvelles reconnaissances sont offertes : diplômes, badges numériques, certifications, etc.

Tout est en place, autant en termes de besoins que de disponibilité des technologies. Il ne reste qu’à attendre un changement au niveau de la règlementation ministérielle.

Toutes ces tendances sont aux portes de nos institutions scolaires. La question n’est pas de savoir si cela touchera à l’éducation. La question est plutôt : quand ces tendances envahiront-elles nos classes ou nos écoles ?

C’est pour cette raison que l’attitude générale du système scolaire devra changer. Il nous faut être prévoyants, pour ne pas dire clairvoyants. En ce sens, la vision à long terme est la clé. Il faut cesser de subir les changements; il faut plutôt les initier. Comme je l’ai écrit souvent, il faut que l’école soit la figure de proue des changements sociaux. L’école actuelle mendie alors qu’elle doit faire preuve de leadership et prendre sa place dans les débats sociaux au lieu de prétendre que tout lui est acquis.

Bien sûr, en parallèle, il ne faut pas nier que des investissements massifs sont nécessaires pour embrasser ces tendances éducatives comme pour aider les clientèles en difficultés. L’éducation n’a pas à être l’éternel deuxième poste budgétaire du Gouvernement; elle doit en être la priorité, et ce, autant en termes de budget que d’énergies déployées.

Cher cahier d’exercices…

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Cher cahier d’activités,

Il y a longtemps que j’ai envie de t’écrire cette lettre. Pendant tout mon primaire et mon secondaire, nous avons eu une relation intime. Durant 11 ans, je t’ai trainé sur mon dos, toi, tes frères des autres matières ainsi que tes parents : les manuels. Neuf, tu sentais bon, mais tes parents poussiéreux, défraichis et déchirés, eux, sentaient mauvais.

En dépit de ta couverture éclatante, lorsqu’on te feuillette, c’est la déception. Des exercices… beaucoup d’exercices… juste des exercices! Tu as beau changer la forme, le contenu est le même. Des lignes à remplir, des dessins à faire, des liens à tracer, des encadrés à lire, des réponses à la fin, etc. C’est ça la pédagogie? Je sais que c’est ce que l’enseignant fait de toi en classe qui compte réellement, mais quand même, la compagnie qui t’a créé se vante que tu as été rédigé par des pédagogues. Je me mets à leur place. Il n’est pas si facile d’innover dans un cadre aussi rigide : entre deux couvertures, en deux dimensions, en gardant les couts au plus bas, etc. On dit qu’il ne faut jamais juger un livre par sa couverture. C’est vrai! Tu incarnes bien l’essence de ce proverbe!

Je t’ai toujours trouvé plate et ce qui est encore plus triste, c’est que je ne pouvais me séparer de toi. C’est dommage d’entretenir un lien si étroit quand on s’emmerde royalement avec son compagnon. Ce qui est encore pire, c’est que je devais multiplier cet ennui par cinq ou six, car c’est le nombre de tes confrères avec qui je devais interagir. Oui, interagir avec du papier… palpitant! Disons que c’était une relation à sens unique. Mais, en plus de vous trouver ennuyants, je devais vous trainer quotidiennement jusqu’à m’en arracher le dos. Bref, j’étais pris avec vous, vous m’ennuyiez et, en plus, j’étais obligé vous porter.

Tu sais, dans une relation, une des particularités est de permettre à l’autre d’évoluer en reconnaissant ses qualités et ses défauts. Avouons-le : tu es totalement impersonnel. Tu n’as aucunement contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. J’ai eu beau relier deux points entre deux réponses, colorier des cartes géographiques (je suis daltonien!), faire des translations, consigner mes réponses, lire des textes historiques sur des semblants de parchemins (supercherie!), comparer des graphiques ou des photos, etc. Je ne vois pas comment cela m’aide aujourd’hui dans ce que je suis, ce que je fais. Ce que j’ai retenu de mes années au primaire et au secondaire, ce sont les gens que j’ai côtoyés et les défis que j’ai surmontés. En parallèle, ce que j’ai retenu de toi, cher cahier d’activités, c’est que je hais être contraint et obligé de suivre un format prédéterminé pour apprendre. J’aime faire les choses à ma façon en pouvant compter sur un éducateur bienveillant qui me connait et qui m’encourage. Pourtant, j’aime lire et je griffonne dans tous les livres que je lis. C’est probablement grâce à toi, car cette fois-ci, j’ai du plaisir à le faire et je me sens libre!

Malgré tout, crois-le ou non, je suis devenu enseignant à mon tour. Je suis fier de te dire que je ne t’ai presque jamais utilisé, pas plus que tes parents, ces manuels poussiéreux. En fait, les seules fois que je t’ai utilisé, c’est lorsque j’avais peu de temps pour planifier de nouveaux cours ou lorsque j’étais en panne d’inspiration. Eh oui, l’inspiration… je créais mon propre matériel.

Tu n’as pas bien vieilli! Désormais, les tablettes ont pris d’assaut les classes. Comment as-tu réagi? Tu es devenu une nouvelle version de toi-même… tu es devenu numérique! Savais-tu que lorsque tu as été rédigé, tu étais un outil actuel? Mais dès que tu as été imprimé, tu es devenu désuet! Eh oui, les temps changent tellement vite de nos jours, bien plus vite que dans les années soixante. Désormais, le matériel qui te concurrence se met à jour par lui-même! C’est fort, non? Ou au pire, l’enseignant qui conçoit son matériel peut le mettre lui-même à jour ou le bonifier quand ça lui chante.

Tu représentes exactement ce qui ne fonctionne pas en éducation. Tu coutes cher et accapares une bonne partie des dépenses des écoles. Tu es imposé aux élèves. Fréquemment, ce ne sont même pas nos propres enseignants qui t’ont choisi; ce sont ceux qui sont partis ou c’est la tradition ou la culture organisationnelle qui t’a choisi. Tu nous rappelles assez clairement que les élèves ne contrôlent rien dans leur démarche scolaire. Ils n’ont même pas le choix de leurs outils et encore moins des contenus à apprendre!

Aujourd’hui, tu résistes. Je ne te blâme pas. Qui, lorsqu’il se trouve à l’article de la mort, ne tente pas un second souffle? Ce qui t’étouffe, c’est certainement d’avoir contribué à rendre l’éducation aussi… En fait, je rectifie : tu n’as pas contribué à rendre l’éducation d’une façon quelconque. Soyons honnêtes! Un cahier d’exercices n’a rien d’éducatif. Mais tu as contribué à rendre l’instruction terne. Je t’accuserais même de dénaturer l’apprentissage et de le décourager, car tous les aspects personnel, émotionnel et motivationnel y sont carrément absents. Je sais qu’on prête de fausses vertus aux technologies en éducation, mais je me rassure quand je constate qu’on t’en a prêté bien davantage, et ce, depuis des décennies!

Vois-tu, tu dois disparaitre. Encore trop d’élèves noircissent tes pages, mais la plupart du temps, ce ne sont pas de bonnes ou de mauvaises réponses, mais bien des graffitis d’ennui. En ce sens, oui, tu encourages bel et bien la créativité!

Vu que tu as peiné à évoluer, je vais te donner des indices sur ce qui se passe en classe et, surtout, sur ce qui risque fort de se passer dans les prochaines années :

  • Tout ce qu’on retrouve dans tes pages, on le retrouve dans Google et les élèves ont accès à ces données via leur téléphone intelligent ou leur tablette.
  • On essaie de travailler les compétences du 21e siècle. L’ouverture, la collaboration, la créativité, l’esprit critique. Tu ne nous aides pas. J’avoue que c’est difficile de travailler des compétences dans un cahier!
  • Imagine tes concurrents : ils offrent des plateformes où, bien souvent, des questionnaires sont créés par les enseignants attachés à leurs groupes et quand on répond de façon erronée, une fenêtre s’ouvre avec des explications supplémentaires, souvent sous forme de capsules vidéos. Aussi, selon les mauvaises réponses, une rétroaction automatisée est offerte pour aider l’apprenant!
  • Les exercices créés par un enseignant sont personnalisés pour un groupe en particulier et non pour la moitié de la population du Québec. Les technologies intégrées à la pédagogie permettent effectivement une certaine différenciation.
  • Désormais, et on retrouve ça de plus en plus souvent, la création de contenus pédagogiques n’est plus la prérogative de l’enseignant. Oui, les élèves créent des contenus aussi! Dans certains cas, ils créent même des évaluations!

C’est triste que tu ne sois qu’un livre, car j’aurais bien aimé te voir la face à la lecture de ces nouveautés! Je te laisse. Je dois partir. De concert avec des parents, des élèves, des directeurs et beaucoup d’enseignants, tous animés par le désir de voir l’éducation québécoise évoluer, je dois continuer à faire preuve de vision et de leadership pour inspirer d’autres éducateurs à changer leur posture professionnelle. Et, bien malheureusement, cela doit se faire sans toi. Je te rassure : tu auras toujours une place dans nos bibliothèques et tu pourras quand même nous donner des idées de questions ou simplement, par ton existence, nous montrer la voie à suivre dans le domaine des activités à ne pas faire ou des stratégies à ne pas employer.

En terminant, nous t’introniserons au temple de la renommée de la nostalgie de l’école qui peine à se réinventer. Tu seras un objet de curiosité pour les facultés d’éducation qui auront formé des enseignants curieux, confiants et conscients que leur rôle en éducation est davantage axé sur l’aspect relationnel, au moyen de l’influence positive des jeunes qui leur seront confiés, plutôt que sur la simple instruction et des savoirs livresques.

La saison des idées est lancée!

C’est la saison des idées qui a débuté cette semaine ! Dans le monde de la pédagogie de l’Est du pays, les congrès francophones d’impact débutent annuellement à Clair, au Nouveau-Brunswick pour se terminer à Montréal, au Sommet de l’iPad et du numérique en éducation. Au passage, des arrêts d’envergure sont prévus en mars à Québec. D’abord au REFER puis à l’AQUOPS.

Ces quatre congrès ont une chose en commun : changer les pratiques enseignantes grâce, entre autres, au numérique et au réseautage d’enseignants allumés. C’est là qu’on redéfinit les pratiques professionnelles et qu’on s’inspire d’autres collègues. Ce sont des moments privilégiés où on fait le plein d’idées et d’énergie, certes, mais surtout de confiance et d’estime de soi pour avoir l’audace de retourner dans sa propre classe pour changer les choses, et ce, bien souvent, envers et contre tous !

Comme je l’écrivais récemment, amenez un collègue à l’un de ces colloques et donnez-lui accès à ce réseau. C’est le meilleur service que vous pouvez lui faire et vous contribuerez à dynamiser votre école. Les élèves en seront gagnants. Sans compter que vous vous sentirez probablement moins seul par moment…

Renverser l’école

Cela dit, on a fréquemment entendu de classe inversée. Et si c’était l’école au grand complet que l’on renversait ? Il ne suffit que de revoir certaines préconceptions en éducation et de les exprimer en changeant de paradigme. Du moins, c’est l’idée que m’a donnée Mario Asselin dans son Pecha Kucha :

  • L’apprentissage se fait avec l’enseignant et non plus par l’enseignant;
  • L’apprentissage a priorité sur l’enseignement au sens où le fait de le faciliter détermine les approches pédagogiques à employer;
  • Les enseignants ne donnent pas les réponses; ils posent les questions;
  • Les technologies intégrées à la pédagogie sont un levier de changement et ne sont aucunement une quelconque servitude. Vous ne perdrez pas votre rôle central de pédagogue, car les TICE n’ont aucune portée sans la houlette bienveillante de l’enseignant. Le numérique est un complément et non un substitut (Jean-François Ceci);
  • Une communauté d’apprentissage, à travers les idées et expériences qu’elle recèle, peut être sondée indéfiniment, contrairement aux idées et expériences intrinsèques à l’individu, lesquelles sont limitées par le choix d’isolement que ce dernier fait;
  • La classe est simplement un lieu de rassemblement. Tout se qui gravite autour de ses murs se traduit en possibilités pédagogiques décuplées. Et cet autour, c’est évidemment à l’extérieur qu’il se trouve et c’est là que les élèves seront appelés à y évoluer.
  • Alors qu’éduquer veut permettre aux élèves de découvrir et de comprendre leur monde pour éventuellement démystifier le rôle qu’ils y joueront, l’isolement et le cloisonnement de l’acte d’enseignement actuel encouragent plutôt l’ignorance, la fermeture, et la méfiance.

Retourner à la planche à dessin

N’oublions pas que le monde scolaire semble principalement conçu pour en faciliter l’aspect organisationnel (conditions de travail, déroulement des cours, gestion disciplinaire, etc.). L’élève doit s’y retrouver si nous souhaitons qu’il s’y accomplisse et pour ce faire, il apparait évident que pédagogie et l’orgueil de l’entièreté d’un système d’éducation ne font pas bon ménage !

À nous de retourner à nos planches à dessin pour ainsi imaginer un système d’éducation contemporain, basé sur les enjeux de ce siècle-ci et non sur ceux de nos ancêtres.

De l’importance du leadership en éducation

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Voilà quelque chose de particulier : tous reconnaissent l’importance du leadership dans la démarche éducative, alors que bien peu sont en mesure d’en définir adéquatement le concept. Cela n’est pas surprenant puisqu’il existe, selon Peter Fuda, au moins 350 définitions différentes qui sont répertoriées. Cela explique donc que le leadership est un concept ambigu qui, au moins, nous permet de construire une définition personnelle au gré de notre vision et de nos expériences. Définir le leadership équivaut donc à réaliser un collage avec ce qui nous fait réfléchir dans notre démarche de formation continue, avec les gens que nous côtoyons dans nos activités professionnelles et à travers les expériences que nous vivons sur le terrain.

La définition du leadership se situe sur deux axes. D’une part, c’est simplement le fait de donner une direction et, d’autre part, c’est l’art d’amener des personnes à accomplir une tâche de façon volontaire.

Donner une direction : l’influence par l’action

Le leadership n’a rien d’extérieur à l’individu et il ne s’exerce pas seulement envers les autres. Quand on réfère à des meneurs notoires, on traite souvent de l’effet que ces derniers ont sur les autres, mais on néglige souvent que le nouveau leadership, celui qui émerge au 21e siècle, commence par soi. Le leadership contemporain est celui de l’engagement et de l’exemplarité. C’est celui qui prend racine dans l’action et qui démontre aux autres comment, par une simple présence, quelle direction doit être suivie.

Le leadership n’est donc plus celui du faites ce que je dis et non ce que je fais ; c’est plutôt le contraire : faites ce que je fais. La parole cède le pas à l’action, à la simple présence. Chez l’inspiré, les sens en seront chamboulés : les yeux seront davantage sollicités que les oreilles. L’inspiration est en pleine mutation, car les repères changent ; désormais, ce ne sont plus de grands discours qui ont une valeur, mais une succession de petites actions significatives. Et cette succession crée un empilement d’actions qui donne le goût à autrui de suivre celui qui les a accomplies. Bref, c’est l’exemple de ce que nous sommes et celui que nous donnons qui prime sur les idées que nous faisons circuler. La crédibilité par l’action et l’expérience vaut son pesant d’or lorsqu’il est question d’établir son leadership.

Ce n’est que par la suite que le privilège d’amener des personnes à accomplir une tâche de façon volontaire s’opère et devient un réel tour de force. Et la véritable magie émerge lorsque les actions de ceux qui ont été inspirés permettent à d’autres de joindre la danse pour créer une immense chaine de mobilisation. L’influence que plusieurs détiennent alors sur les autres est telle, qu’elle se répercute sur tout le milieu pour ainsi le transformer. Plus il y a de leaders positifs dans un milieu, plus profonde est la mutation et plus rapidement le point de non-retour est atteint. À partir de ce moment, on regarde en avant et on redéfinit le milieu selon nos propres aspirations. 

Car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le but est de permettre à de plus en plus d’individus d’affirmer leur leadership au lieu de voir se former des hordes de suiveurs obnubilés par les aptitudes de meneurs de certains. Il ne s’agit pas d’éblouir quiconque ou de faire grand étalage de ses qualités de mobilisation, mais bien de faire réaliser à son entourage quel est le potentiel de leadership de chacun afin qu’ils puissent l’exercer également.

…et les élèves ?

C’est exactement la situation souhaitée en milieu scolaire; ce sont les élèves que nous voulons voir joindre la danse. Nous voulons les inspirer, afin qu’à leur tour, ils exercent leur leadership au sein de leur propre école et surtout, dans leur démarche d’apprentissage.

Comment parvenir à cet idéal ? D’où cela part-il ? Des adultes qui accompagnent ces élèves. Pour ainsi voir émerger un leadership chez l’élève, il est primordial que les adultes exercent le leur en présence de ces derniers. N’oublions pas qu’au-delà des connaissances à acquérir et des compétences à développer, nos jeunes recherchent des modèles qui auront un ascendant sur eux. Ils recherchent un modèle qui marquera leur existence.

L’exemple de qui nous sommes est donc plus important que celui que nous donnons. Il faut simplement prendre conscience de ceci et surtout, nous devons réaliser à quel point la profession que nous exerçons nous permet de marquer des milliers d’élèves au fer rouge pour le reste de leur vie. Aucune autre profession ne peut prétendre aspirer à cet immense privilège quotidiennement. La direction que nous donnons à nos élèves aujourd’hui n’est pas un chemin déjà tracé, mais revêt la forme d’une boussole tenue fermement à la main en plus d’une tête et d’un cœur remplis de confiance et d’estime.

 

Un défi lancé aux enseignants branchés

Twitter et Facebook sont de magnifiques outils de développement professionnel pour les enseignants. Le problème est que la majorité de ceux qui fréquentent ces espaces virtuels est déjà convaincue de la qualité des échanges que l’on y retrouve.

De plus, la saison des colloques et congrès technopédagogiques s’amorcera sous peu au Québec avec Clair2016, le REFER, l’AQUOPS et le Sommet de l’iPad et du numérique en éducation. Encore une fois, ces événements sont des lieux souvent fréquentés par les mêmes personnes déjà convaincues de la pertinence de ces rassemblements formateurs.

Bien évidemment, les espaces virtuels comme réels doivent demeurer fréquentés par ces enseignants à la recherche de formation continue. Là n’est pas la question.

Ce qui est grandement souhaitable est que de plus en plus de nouveaux visages se greffent aux visages familiers pour prendre leur place dans le réseau des enseignants branchés. Bref, il faut sortir de nouveaux enseignants de leur classe pour qu’ils aillent à la découverte de nouvelles idées.

Le défi est fort simple:

Amenez un nouvel enseignant à l’un des congrès que vous fréquentez et introduisez-le à votre réseau et aux gens allumés qui le constituent.

Aussi, introduisez dix enseignants à votre réseau virtuel via Twitter ou les pages Facebook que vous fréquentez. Voyez à l’alimenter et assurez-vous qu’il y trouve son compte.

Parce que les mentalités enseignantes se changeront  un enseignant à la fois, il est de la responsabilité de ceux qui sont déjà actifs dans leur propre processus de formation continue d’agir en tant que mentor à cet égard, probablement comme d’autres l’ont fait pour eux par le passé.

Vous êtes un agent de changement dans votre milieu? Vous êtes un agent de contamination positive et vous exercez un effet multiplicateur dans votre réseau? Il est temps de passer à l’action en incitant concrètement vos collègues à suivre vos pas pour mieux se lancer de façon autonome par la suite.

Vous relevez le défi?

 

 

 

 

Le bon élève

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Après le bon prof, le bon conseiller pédagogique et la bonne direction d’école, la suite logique est de poursuivre avec LA raison qui motive l’adoption de bonnes pratiques professionnelles : l’élève.

Nous avons tous nos conceptions de ce qu’est un bon élève. Principalement, c’est un enfant obéissant, respectueux des règles de vie et apte à intégrer les notions transmises par l’enseignant. Le bon élève est motivé, studieux, dévoué et travaillant. Mais peut-on réellement prétendre que la docilité de l’apprenant est ce qui fait de ce dernier un bon apprenant ?

J’ai d’ailleurs souvent parlé du fait que nos écoles sont des fabriques d’automates; nous formons des hordes de béni-oui-oui. Nos bons élèves ne sont pas là.

Les compétences du 21e siècle

En ce siècle, il est inutile de voir à éduquer les élèves de la même façon qu’au siècle précédent. La dynamique mondiale a grandement changé; la mutation des contextes sociaux, industriels, environnementaux et économiques redéfinit nos conceptions du monde dans lequel nous évoluons. Plus que jamais, notre système d’éducation doit permettre à ses élèves de développer des compétences propres au siècle actuel : la collaboration, la communication, l’utilisation des technologies, l’éthique, la résolution de problèmes complexes, la pensée critique, la créativité et l’inventivité, etc.

Les élèves ne sont pas obligés de recycler nos vieilles façons de faire pour ainsi échouer là où nous avons lamentablement échoué. Ils doivent trouver leurs propres réponses à des problématiques anciennes ou nouvelles. Notre monde a résolument besoin d’un nouveau regard et il faut cesser de s’attendre à ce que l’élève voit le monde de la même façon que nous l’avons vu lorsque nous étions à sa place. En réalité, nous n’avons jamais été à sa place : les temps ont tellement changé depuis notre passage en milieu scolaire…

Il faut donc cesser d’enseigner selon un modèle éducatif dépassé et révolu pour permettre au bon élève d’émerger pour atteindre de vrais hauts sommets de développement personnels. À l’heure actuelle, il lui est difficile de rêver grand dans un monde qui lui est volontairement réduit ou limité. N’est-il pas envisageable de prétendre qu’un élève atteint de hauts niveaux lorsque l’environnement physique et les adultes l’entourant lui permettent d’accéder à ces hauts niveaux ? Il est question ici de créer les conditions gagnantes à voir l’élève s’approprier son propre milieu scolaire.

Les hormones adolescentes

La divergence en éducation est ostracisée, et ce, autant lorsqu’il est question d’apprentissage que d’enseignement. Pourtant, c’est elle qui permet aux mentalités d’évoluer. Les bons vieux raisonnements à trajectoires rectilignes uniformes au dénouement prévisibles sont passés date. Il y a de la place pour chaque enfant dans un système d’éducation comme, à long terme, il y a une place pour chaque citoyen.

Le bon élève est celui qui sait faire valoir son unicité et sa capacité de penser hors de la boite tout en étant respectueux des règles permettant un vivre-ensemble harmonieux. Ce n’est pas seulement une question d’hormones adolescentes ! Il est bel et bien souhaitable que le bon élève remette en question le monde qui l’entoure et les modes de pensée qu’il a développés. C’est bien connu, les jeunes veulent changer le monde; c’est un bon début ! Donnons-leur le nécessaire pour le faire au lieu de saboter leurs initiatives au nom de la préservation de l’ordre établi ! Attisons le feu au lieu de l’éteindre !

Permettons-leur de se casser les dents sur des problématiques ardues afin qu’ils apprennent de leurs erreurs. En effet, le bon élève est celui qui reconnait ses échecs et les valorise pour ensuite les transformer en réussites étincelantes. L’échec est donc temporaire et, bien souvent, un passage obligé vers la réussite. Le couple échec-réussite est donc indissociable.

Le bon élève se définit par son ambition à relever des défis et à viser la réussite sans raccourcis. Il est la somme de ses réussites et il comprend qu’il est plus grand et plus fort que la somme des obstacles placés sur son chemin. Il a de l’envergure et il est avide de nouveautés. Il souhaite partir à la découverte pour satisfaire sa curiosité et ensuite démarrer le long cycle vers la valorisation et l’actualisation de son potentiel : créativité, conception, collaboration, expérimentation, réalisation et diffusion. Il aspire à l’illimité et à l’infini et souhaite y trainer son baluchon.

À l’heure actuelle, nous concevons les bons élèves d’une façon insidieuse. Ce ne sont pas les automates ou ceux qui se complaisent dans la répétition pédagogique des rangs d’ognons de nos classes, mais bien ces élèves différents, ceux qui ne s’y retrouvent pas nécessairement dans nos écoles dépassées. Ceux que nous identifions souvent comme étant nos cancres, nos décrocheurs, nos démotivés et nos trouble-fêtes sont probablement nos bons élèves. Il nous faut les rallier et les mobiliser pour enfin reconnaitre l’étendu imparfaite de nos préjugés à leur égard.

 

 

 

 

La manufacture de l’éducation III

Partie 3 : La fabrique d’automates

Lire la seconde partie, En finir avec le grand psychodrame de l’éducation

J’ai lu, il y a quelques années, un article qui a complètement changé ma vision de l’éducation. J’ai rapidement compris que je fabriquais des automates, car j’instruisais bien plus que j’éduquais ! En fait, j’ai réalisé qu’en éducation, les élèves n’ont aucun contrôle ; ils ne contrôlent ni le temps, ni l’espace, ni le contenu, ni les comportements. Ils sont là, ils font du temps et ils font ce qui leur est imposé.

Déjà en 1969, Alain Beaudot dénonçait l’école de l’imitation, du silence et du conformisme. Près d’un demi-siècle plus tard, le constat est accablant : les choses ont bien peu changé !

Pourtant, l’école n’est pas une manufacture. C’est un lieu à cheval entre l’art et la science. La science a son rôle à jouer et il est incontournable. Il valide et surtout, il diffuse. La recherche en éducation, c’est un phare qui éclaire les pratiques enseignantes. De façon complémentaire, la créativité valorise la divergence et la délinquance pédagogique et elle amène de la couleur et de la diversité à l’éducation. Elle n’est pas une excentricité quelconque, mais bien le catalyseur d’idées et le désir de les voir prendre forme dans une démarche scolaire. La recherche et la créativité sont liées. Les chercheurs sont des individus créatifs et curieux. Le problème est qu’au lieu de transmettre cette même créativité et curiosité à la base de leurs recherches, ils cherchent trop souvent à imposer des vérités, des dogmes. Comme je l’écrivais dans la première partie de cette trilogie, la dernière chose dont nous avons besoin en éducation, c’est de nouveaux dogmes. L’éducation doit faciliter la fertilité des idées et leur permettre de prendre forme. Si cela est vrai pour la pédagogie, ce le sera pour l’apprentissage.

C’est donc la fin du modèle unique en éducation (one size fits all). On constate l’émergence d’un nouveau paradigme axé sur la valorisation de la diversité et la mobilisation de l’élève alors qu’il est désormais refusé que la routine définisse nos approches. On accepte enfin de prendre quelques risques calculés dans une expérimentation pédagogique bien dosée. Exit la trivialité ! Nous n’avons pas à nous conditionner à être normaux ! Bien au contraire, comme le suggère Cristol Denis, ne faut-il pas faciliter l’expression des talents et des intelligences singulières et favoriser l’émancipation de l’élève face au conformisme des pensées convenues ? Nous pourrons alors permettre à l’élève de revendiquer son droit à apprendre plutôt qu’à être enseigné. L’enseignant est un catalyseur ; il est la personne la mieux placée pour sonder les talents et aptitudes de ses élèves pour ainsi leur permettre d’aspirer à des niveaux de réalisation insoupçonnés.

Selon Tolstoï, il faut choisir entre une école où il est facile aux maitres d’enseigner et une école où il est facile aux élèves d’apprendre. Dans ces lieux où nous instruisons nos élèves plus que nous les éduquons, peut-on prétendre réellement bien préparer nos élèves pour leur vie future ? Nos élèves de première secondaire seront sur le marché du travail vers 2025 jusqu’à environ 2060. Ce que notre système éducatif leur offre est-il suffisant à les préparer pour leur expérience professionnelle ?

Cette trilogie d’articles de blogue nous rappelle donc l’importance de l’acte de création en éducation. Il souligne que :

  • Par notre difficulté de moderniser l’acte d’enseigner,
  • Par notre refus de placer l’élève au centre de l’acte d’apprentissage,
  • Par notre besoin de contrôler la totalité de la démarche pédagogique,
  • Par nos difficultés à arrimer nos pratiques à celles des milieux professionnels,
  • En ostracisant la différence et l’originalité au profit du conformisme,

nous contribuons à faire perdurer un modèle scolaire tombé en désuétude. Nous contribuons à la survie des manufactures de l’éducation, ces fabriques d’automates. En ce sens, le risque inhérent au statu quo en éducation est largement plus important que celui du changement.  Comme le dit si bien l’écrivaine Anaïs Nin, and then the day came, when the risk to remain tight in a bud was more painful than the risk it took to blossom.

La bonne direction

Toujours dans la série des bonnes pratiques en éducation, après le bon prof et le bon conseiller pédagogique, pourquoi ne pas poursuivre cette réflexion en déterminant ce qu’est le bon directeur d’école ?

Un simple gestionnaire ?

Dans un premier temps, toute une section de la Loi sur l’instruction publique est consacrée à la nomination et aux tâches de la direction d’école (voir l’article 96.8). Sommairement, cette dernière est responsable de l’ensemble des services éducatifs offerts à son école. Cela inclut donc l’aspect de la vie scolaire et celui de la pédagogie qui sont à gérer au quotidien. Également, tout l’aspect de la gestion administrative incombe à cette direction : cela inclut les ressources humaines, financières et tout l’aspect communication entre les partenaires gravitant autour de l’école : parents, enseignants, service de garde, fournisseurs, etc.

Nous entendons souvent dire que ce dernier volet occupe la majorité du temps de la direction d’établissement scolaire au sens où les tâches administratives semblent dicter l’allure de la journée de ce cadre scolaire. Malheureusement, l’individu qui se prend dans les filets bureaucratiques de l’école passe outre la mission qui lui est confiée puisqu’il existe une énorme différence entre la direction d’une l’école et son administration. Celui qui l’administre pourrait être associé à un gérant. Bien évidemment, la gérance fait partie de la tâche de direction. Toutefois, le directeur (ou la directrice) a une tâche beaucoup plus large, soit celle de donner une direction à tous les services énumérés précédemment afin qu’ils évoluent dans un seul et unique but : permettre le bon déroulement de la démarche éducative de l’élève.

La direction scolaire est donc un catalyseur en milieu scolaire. Et pour justement donner une direction, un ingrédient demeure incontournable : le leadership, concept qui pourrait être défini sommairement comme étant l’art d’amener des personnes à accomplir une tâche de façon volontaire. Ainsi, pour mener ses troupes, le leader doit être crédible, cohérent et persuasif. Effectivement, le leadership, s’il s’est déjà appuyé sur la contrainte ou la peur à une lointaine époque, il se définit aujourd’hui par la nécessité d’expliquer, d’écouter, convaincre, démontrer, argumenter, répéter, mobiliser, etc., pour ensuite tout recommencer. Bref, il y a un élément de ténacité dans le leadership contemporain ! Ou d’opiniâtreté… c’est selon ! Lorsqu’on suit un leader, on suit un modèle qui représente un idéal et qui inspire confiance et sécurité. Cela n’est pas à négliger.

Innover

La direction d’école instille le goût du dépassement et de l’innovation. Elle est à la tête de toute une démarche créative où, par sa capacité à penser à l’extérieur de la boite, elle incite ses enseignants (et les élèves) à adopter la même attitude. Elle sait proposer de nouvelles façons de faire et surtout, de nouvelles façons de gérer son école, ses élèves et les adultes qui y sont impliqués.

Cet élan créatif permet à l’école de se distinguer des autres, et ce, qu’elles soient voisines ou non, qu’elles soient publiques ou non. Cela permet l’édification d’une institution d’enseignement unique qui fait la fierté et suscite l’adhésion de toute la communauté scolaire. Une institution qui détonne des autres par ses projets, ses approches et par le lien que ses intervenants entretiennent avec l’élève et sa démarche d’apprentissage.

Toujours par rapport à la créativité en gestion de l’éducation, il faut bien comprendre que pour espérer avoir les résultats qui n’ont jamais été obtenus dans un milieu scolaire, il faut oser faire ce qui n’a jamais été fait. D’ailleurs, faire ce qui n’a jamais été fait implique sortir des sentiers battus et trouver de nouvelles idées au lieu d’adopter une posture de recyclage des idées.

Le réseau

Si le réseau est d’une importance capitale pour le développement des pratiques enseignantes, il va sans dire qu’il en est de même pour le cadre scolaire. La complexité grandissante des rapports humains impliquant de plus en plus d’intervenants à la fois (parents séparés, nouveaux conjoints, professionnels de la santé, de l’éducation, grands-parents, etc.) ou mettant en relief l’importance des enjeux légaux omniprésents nécessite sa participation à une communauté de partage d’expérience, voire de mentorat, afin d’obtenir des avis différents sur des dossiers précis et ainsi bien saisir toutes les dimensions des problématiques à aborder.

Dans les sphères les plus rapprochées de ce réseau, donc au sein de la communauté scolaire élargie, il est important de créer une culture de la collaboration pour responsabiliser tous ces gens qui travaillent ensemble. Une fois cette responsabilisation établie, le rôle de la direction d’école devient futile, voire superflu. D’ailleurs, il s’agit d’un bon indice de réussite d’une pratique gagnante en administration scolaire ; la direction est membre à part entière d’un projet sans avoir à en diriger les travaux ! L’humilité d’accepter de laisser le plancher aux autres acteurs et leur permettre de croitre sous le projecteur demeure une qualité indéniable pour le directeur ou la directrice d’un établissement scolaire. Mieux, ces professionnels doivent éprouver un plaisir plus grand à voir les autres membres de la communauté scolaire assumer leur leadership plutôt que de voir à tout prix à implanter le leur.

Ce qui est fantastique avec cette futilité et ce superflu, c’est que désormais, du temps se libère pour travailler à d’autres dossiers qui requièrent la mobilisation d’aptitudes créatrices pour relancer ce cercle vertueux qui est à la base de l’innovation en éducation !

NB : Je sais que selon la nouvelle orthographe, le mot Leadership devrait être écrit Leadeurship. J’ai volontairement laissé le terme dans sa forme empruntée de l’anglais. Je suis incapable, pour l’instant, d’utiliser cette forme rectifiée, mais je chemine… Idem pour les mots Chefferie et Ascendant qui sont aussi suggérés. Je trouve que ces mots n’expriment pas bien ce qu’est vraiment le leadership.