La numérisation des épreuves ministérielles n’équivaut pas à leur modernisation !

Plusieurs diront : « finalement » ! Il semblerait que les épreuves ministérielles québécoises prendront le virage numérique dans quelques années… Voilà une belle tentative du ministère pour mettre ses pratiques évaluatives à jour quoique ce dernier pourrait faire preuve d’audace et ainsi saisir l’impulsion du moment pour les moderniser en profondeur.

Dans un premier temps, soyons honnêtes : il n’y a rien de révolutionnaire dans cette annonce. À titre d’exemple, autour de 120 000 iPads sont actuellement dans les mains de jeunes Québécois en ratio 1:1 dans nos écoles. Ces appareils sont d’ailleurs en forte croissance puisqu’il y a trois ans, on parlait d’environ 60 000 unités qui étaient en circulation dans ces mêmes écoles. À titre de comparaison, au Canada, ce sont environ 500 000 unités et aux États-Unis, ce sont 12 000 000 iPads qui sont dans les classes américaines. Bien qu’il ne s’agisse que d’un exemple didactique, il n’en demeure pas moins que les chiffres sont impressionnants. Divers outils de pointe étant désormais disponibles aux enseignants pour l’enseignement, qu’en est-il des stratégies évaluatives ? Bien que l’on puisse en conclure qu’elles demeurent principalement ancrées dans la tradition, il semble qu’on pourrait néanmoins constater qu’un changement est en cours et qu’elles s’adaptent de plus en plus aux approches pédagogiques et aux outils employés. Cela dit, quand les pratiques de terrain, soit celles ayant cours dans un nombre grandissant de classes, sont à des années-lumière des pratiques évaluatives ministérielles ancestrales, n’est-ce pas signe que ce dernier doit mettre les bouchées doubles pour être à l’avant-garde de la pédagogie québécoise ? Depuis quelques années, le « coulage » des épreuves dans les médias sociaux démontre bien que ces dernières ont mal vieilli et qu’elles se sont mal adaptées aux réalités sociales contemporaines. Également, pas plus tard que l’année scolaire dernière, le simple fait de permettre la tablette ou l’ordinateur à des élèves à l’examen de français était d’une complexité bureaucratique folle. Imaginez, en 2017, on doit encore demander une dérogation au ministère de l’Éducation !

Dans un deuxième temps, il faut sortir du carcan de la numérisation des vieilles pratiques pédagogiques, et ce, tant sur le plan de l’enseignement qu’à celui de l’évaluation. Reprendre le même format des évaluations ministérielles et en transformer le format afin qu’il soit compatible avec les outils utilisés en classe, ce n’est pas suffisant. Cette substitution, pour reprendre le jargon du modèle SAMR de Ruben Puentedura, ne fait que changer le contenant sans en modifier le contenu. Cette cure de rajeunissement n’est définitivement pas de refus, mais force est d’admettre que ce qui est plutôt nécessaire, c’est une évaluation des compétences issues du 21e siècle, essentiellement celles permettant, entre autres, l’émergence de la créativité, de la collaboration, du développement de l’esprit critique, de la pensée informatique (ou séquentielle), lesquelles permettent toutes de contribuer à la résolution de problématiques authentiques et complexes.

Autrement dit, ce ne sont pas les services d’informaticiens que le ministère propose de s’adjoindre qui est nécessaire, mais bien ceux de pédagogues dont les pratiques et les approches favorisent le développement des compétences citées au préalable.

Saluons les premiers pas du ministère reconnaissant implicitement que l’intégration des technologies à l’apprentissage n’est pas qu’une simple tendance moderne, mais en même temps, cette reconnaissance doit mener à une importante prise de conscience qui se traduit par des gestes concrets, ayant une incidence sur les acteurs à l’œuvre sur le terrain, en l’occurrence les enseignants et les directions d’écoles ou de commissions scolaires. Comme nous le savons, particulièrement en sixième année du primaire ainsi qu’en quatrième et cinquième année du secondaire, la tendance est à l’enseignement en fonction des épreuves ministérielles, ce qu’on qualifie, en anglais, de « teaching to the test ». Pourrions-nous conclure ou du moins espérer que changer le format des épreuves ministérielles donnerait l’exemple et inciterait les enseignants des matières concernées à changer leurs approches pédagogiques à leur tour ?

En ce sens, la numérisation des épreuves ministérielles telle que proposée ne peut être envisagée comme étant une modernisation. Elle est plutôt un petit pas dans la bonne direction dans une perspective de vision à très court terme. Cependant, pour le long terme, c’est le format complet de ces évaluations qui doit être revu. À ce moment, on pourra parler de modernisation desdites épreuves.

 

REFER l’empreinte professionnelle

Impression

En visite à la quatrième édition du Rendez-vous des écoles francophones en réseau (REFER) à Québec, je dois vous avouer qu’il y a quelques petites perles à partager !

En effet, il y a quelques jours, je publiais un texte qui a fait réagir le milieu scolaire : les profs enseigneraient comme on leur a enseigné lorsqu’ils étaient eux-mêmes à l’école. Un ancien collègue de direction a d’ailleurs saisi l’occasion pour m’informer avoir entendu ceci lors d’une formation il y a quelques années : « Un prof, c’est un élève qui a changé de bord ! » Voilà qui est révélateur, non ?

Pourtant, je suis au REFER depuis tôt ce matin. J’y rencontre plein d’enseignants allumés qui parlent de créativité en pédagogie. Oui, les deux termes sont compatibles ! Et je dirais même plus : dans toutes les discussions que j’ai eues avec les congressistes, il a été question de collaboration. Autrement dit, on décloisonne la pédagogie en collaborant et en pensant à l’extérieur des cadres habituels dans lesquels nous menons le quotidien éducatif des élèves qui nous sont confiés ! Je serais même porté de prétendre que la créativité et la collaboration, du moins en pédagogie, vont de pair. Rien de moins. Il semble impossible d’aborder l’un sans l’autre !

Effectivement, au 21e siècle, il semble essentiel de sortir de son silo pour aller à la rencontre des autres enseignants afin d’explorer de nouvelles approches pédagogiques. Il semble illusoire de créer en pédagogie en étant seul dans son coin. Avec l’invasion des outils technologiques combinée à celle des médias sociaux, de nouveaux moyens s’offrent à nous et les possibilités pédagogiques sont décuplées. Devant ce vaste univers, choisir de demeurer seul et isolé est aussi déplorable qu’effrayant, car cela risque fort de conduire l’enseignant lentement vers un trou noir, pour y être complètement aspiré. Le plus effrayant est certainement le statu quo dans un monde en mouvement, non ?

Pour sa part, le REFER contribue à défaire cette culture traditionnelle en enseignement pour instiller un vent de changement. Il aide à défaire cette vieille empreinte tenace pour en implanter une nouvelle plus flexible et mieux ancrée dans le siècle actuel. En ce sens, il contribue à REFER l’empreinte professionnelle des enseignants.

Les compétences du 21e siècle

Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a, encore une fois, su séduire son auditoire enseignant. Pour ma part, j’ai retenu une chose de son discours : il a abordé la question des compétences du 21e siècle. Eh bien, je ne pensais jamais entendre ceci de la bouche d’un ministre ! Cela démontre qu’il est d’avant-garde et qu’il maitrise bien ses dossiers. J’oserais même dire qu’il est plus à l’avant-garde d’un bon nombre d’enseignants, de directeurs, de syndicats, de bureaucrates et de politiciens !

Le ministre dit vouloir rassembler des enseignants allumés pour jaser de la place des technologies en éducation. Présent ! On est rendu là depuis un bout et il est temps qu’on en parle sérieusement. Bravo pour l’initiative !

La Fabrique Beaubois est également bien installée : 9 élèves en mode création en direct. Une imprimante 3D roule sans arrêt. Un drone prêt à voler ! Des launch pads, des ordinateurs, des caméras 4K, etc. Quelle est la réaction des enseignants ? Il y a de l’émerveillement, de l’étonnement, mais c’est surtout la phrase suivante qui sort de leur bouche : « on n’avait pas ça quand on allait à l’école ! »

Sommes-nous en train de briser le réflexe culturel lié à l’empreinte professionnelle en enseignement ? Probablement. Ce genre de commentaire nous laisse croire que nous sommes effectivement sur la bonne piste !

 

Pourquoi il est si difficile de changer le monde de l’éducation ?

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Depuis les cinq dernières années, j’ai lu sur le changement en milieu scolaire, sur le leadership, sur la pédagonumérique et sur les compétences issues du 21e siècle. J’ai écrit un livre et j’ai donné des dizaines d’ateliers sur ces sujets, et ce, même si Michael Fullan reconnait qu’il est « difficile de changer le monde à coup d’atelier » ! Mais en écrivant ce billet de blogue, j’ai l’impression de boucler une petite boucle avec une information qui me manquait pour mieux saisir le phénomène du changement en milieu scolaire : l’empreinte professionnelle.

L’empreinte professionnelle

La venue de l’enseignement par compétences est en profonde rupture avec l’approche traditionnelle de l’enseignement, laquelle est principalement axée sur l’acquisition des connaissances figurant au programme d’études. En effet, ce dernier paradigme scolaire est issu d’une longue tradition qui remonte à la fin du préceptorat, soit au 17e siècle (Gauthier, Bissonnette et Richard, 2013, p.35), ce qui nous permet d’affirmer qu’une rupture avec une telle culture pédagogique ne se fait pas si facilement ! De plus, il s’agit d’un modèle qui se renouvèle pratiquement automatiquement, surtout lorsqu’on prend en compte les recherches sur l’empreinte professionnelle qui démontrent que les enseignants ont tendance à enseigner de la façon dont on leur a jadis enseigné (Tardif et Lessard, 1999, p.380). Selon les deux éminents chercheurs, il s’agit de « l’instance de reproduction de la pédagogie traditionnelle ». Ce phénomène explique également pourquoi les plus jeunes enseignants qui arrivent dans un nouveau milieu scolaire ont tendance à enseigner comme on leur a enseigné ou comme leurs nouveaux pairs plus âgés, donc plus expérimentés. Selon la professeure Danielle Raymond, de l’Université de Sherbrooke, les forces du transfert de la culture enseignante plusieurs fois centenaires (Gauthier, Bissonnette et Richard, 2013, p.35) sont puissantes et il est difficile d’aller à contresens de celle-ci :

Cela « (…) semble agir comme un phénomène d’empreinte qui fournit des réponses ritualisées à des tâches ressenties comme familières. Ces « certitudes » doublées de l’exigence d’être fonctionnel très rapidement compromettent la construction de pratiques d’enseignement requérant une réflexion sur la nature des connaissances, de l’apprentissage, du rôle de l’élève et de celui de l’enseignant » (Raymond, 2001, p.23).

On dépasse donc la question du choix de carrière basé sur des expériences positives et gratifiantes, et ce, malgré que Tardif et Lessard estiment que la perception innée de la profession enseignante se traduise par des « j’ai toujours su que j’étais fait pour enseigner ». C’est un peu le côté sombre de l’appel vocationnel : lorsque les enseignants attribuent à leurs traits de personnalité leur réussite professionnelle, ils négligent qu’ils font de leur profession une histoire axée sur leur vie et non celle de leurs élèves !  En réalité, le phénomène d’empreinte est ancré dans cette perception et devrait être traduite de la façon suivante : « j’ai toujours su que j’étais fait pour enseigner de cette façon-là ». D’ailleurs, « Une majorité d’enseignants accorde peu de valeur à leur formation à l’université (…) et privilégient (…) une pédagogie traditionnelle apprise sur les bancs d’école comme élève » (Tardif et Lessard, 1999, p.381). Lorsque les traits de personnalité sont prétendument à la base du savoir-enseigner, c’est davantage un discours de mentalité fixe qui est évoqué.

Lorsque les traits de personnalité sont prétendument à la base du savoir-enseigner, c’est davantage un discours de mentalité fixe qui est évoqué.

Avec l’arrivée du 21e siècle, des médias sociaux, de la démocratisation des technologies et avec l’émergence de nouveaux défis sociaux, l’empreinte professionnelle chez les enseignants est probablement l’explication de base lorsqu’on essaie de comprendre le décalage entre l’école et la société ! D’une part les humains qui œuvrent à l’école prennent leur personnalité comme point de référence professionnel et de l’autre, une société qui mue à une vitesse vertigineuse.

Que faire ?

Les compétences professionnelles doivent être perçues comme étant dynamiques et constamment à parfaire. C’est le principe de la mentalité de croissance (Dweck, 2006) qui, d’un point de vue professionnel, incite l’enseignant à adopter une posture d’apprenant pour parfaire ses connaissances et des compétences professionnelles dans le but de faire évoluer sa propre pratique et, par le fait même, sa profession entière. Il faut cesser de prendre les choses pour acquise en éducation en prétendant que tout est immuable. Éradiquons les phrases suivantes :

  • « Les élèves ne changent pas »;
  • « Ça fonctionnait avant, ça va fonctionner maintenant »;
  • « Les élèves sont moins forts d’une année à l’autre »;
  • « Les élèves qui sont en échec sont ceux qui n’écoutent pas en classe ».

Assumer son leadership

Seth Godin citait avec éloquence, dans son allocution TED, que si vous ne dérangez personne lorsque vous initiez une démarche de changement, c’est parce que vous ne changez rien réellement. C’est probablement la règle du leadership du 21e siècle en éducation : il faut déranger l’ordre établi pour que cela devienne la norme. À l’heure actuelle, ce qui est la norme est d’écouter les membres du personnel se plaindre de leur sort dans la salle des prof. La journée que les enseignants positifs, ceux-là mêmes qui sont des vecteurs de changement dans leur école, prendront à l’assaut les corridors de l’école ainsi que le salon du personnel, les choses commenceront à changer.

Il faut laisser les leaders positifs transformer les milieux scolaires et leur permettre d’atteindre de nouveaux sommets et il faut que ces derniers travaillent en toute impunité. Bien malheureusement, à l’heure actuelle, tout est en place pour protéger ceux qui sèment des obstacles à tout vent et qui récoltent la tempête !

Enfin, il faut s’éloigner de la facilité en éducation. Exit les recettes gagnantes exportables au nom de l’apologie des données probantes. Pire, exit les stratégies et le matériel recyclés d’une année à une autre. Servir le même matériel, la même approche à des élèves différents d’une année à une autre est un manque d’éthique professionnelle et une démonstration flagrante de notre peu de considération envers ceux qui apprennent. Enseigner, c’est complexe. Il faut l’accepter et se placer en position permanente d’apprenant pour s’adapter continuellement.

Enseigner, c’est complexe. Il faut l’accepter !

Quand on y pense bien, les difficultés n’existent pas vraiment ; elles sont le fruit de notre perception. Les situations deviennent des difficultés lorsqu’on les identifie en tant que tel. Pour certains, c’est un objet de découragement et de démotivation alors que pour les autres, c’est un défi et un élément motivant pour continuer à avancer. Nous souhaitons enseigner la persévérance à nos élèves et nous devons leur servir de modèle à cet égard.

Pour en revenir à l’empreinte professionnelle, « un enseignant demeure toujours d’une certaine façon un ancien élève, un adulte qui n’a jamais vraiment quitté l’école, mais, en même temps, il lui faut aussi rompre avec l’univers des élèves » (Tardif et Lessard, 1999, p.383). C’est bel et bien l’élève qui est « livré à son propre destin » et non l’enseignant qui alimente la pensée magique de sa personnalité ou de son appel vocationnel pour justifier son travail auprès des élèves.

Auteur : M-A Girard (@magirard)

Dweck, C. S. (2006). Mindset : The New Psychology of Success. New York : Random House.

Fullan, M. (2015). Le leadership moteur. Québec : Presses de l’Université du Québec.

Gauthier, C., Bissonnette, S., Richard, M. (2013). Enseignement explicite et réussite des élèves : la gestion des apprentissages. Saint-Laurent : ERPI.

Raymond, D. (2001). « Processus et programmes d’insertion professionnelle des enseignants au collegial ». Pédagogie collégiale 14(3), p. 22-27.

 

Tardif, M., Lessard, C. (1999). Le travail enseignant au quotidien. Ste-Foy : Les Presses de l’Université Laval.

Si l’évaluation n’était pas une finalité…

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Si l’évaluation n’était pas une finalité au Québec, le quotidien scolaire de nos élèves serait bien différent. Voici quelques exemples éloquents :

La rétroaction serait présente souvent et tôt dans le processus d’apprentissage

Pour une fois que les chercheurs en éducation pointent tous dans le même sens ! La rétroaction en cours d’apprentissage est incontournable. Bien malheureusement, bon nombre d’enseignants n’ont pas compris cela encore et la seule rétroaction disponible est le résultat d’une évaluation qui, avouons-le, survient trop tardivement dans le processus d’apprentissage. Bien au contraire, cette pratique devrait tapisser toute la démarche académique et y jouer un rôle central.

Voilà une preuve accablante que nous accordons plus d’attention à l’évaluation en tant que produit fini considéré à tort comme imperfectible plutôt qu’à la progression de la démarche elle-même. Si, en corrigeant, vous percevez qu’il y a une grande place à l’amélioration, peut-être que la rétroaction est l’ingrédient manquant à la recette pour le succès ?

Les possibilités de plagiat seraient minimes

Cette citation tirée du Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine en a fait sourciller plus d’un : « L’évaluation, dans un contexte numérique, est donc à remanier. À quoi vont servir les quantités phénoménales d’informations dans lesquelles l’élève est plongé quotidiennement ? Pourquoi l’évaluer en lui posant des questions auxquelles Google pourrait si facilement lui répondre ? ».

La qualité de l’évaluation reflète bien souvent celle de la pédagogie et cette dernière, trop souvent, est complètement déconnectée des réalités sociales contemporaines. Tous ces enseignants qui s’évertuent à enseigner comme il y a 20 ans continuent à évaluer de la même façon, et ce, malgré que les élèves aient accès à d’autres outils qui n’existaient pas à l’époque. Souvenez-vous bien : avant, dans le bon vieux temps, à l’époque où tout était mieux que maintenant (sic), le plagiat se limitait presque à poser les yeux sur la copie de son voisin ou à la réutilisation du travail d’un collègue. Aujourd’hui, avec ses milliards de pages, il y a de belles possibilités de copier du matériel issu d’Internet. Cette situation est exacerbée par le fait que l’évaluation n’a malheureusement pas évolué : nous posons toujours les mêmes questions mobilisant pratiquement les mêmes savoirs déclaratifs au même moment, au lieu de mobiliser la globalité de l’élève au sens où, on rend compte de qui il est devenu (en prenant pour acquis que l’apprentissage a un effet transformateur chez l’apprenant), de ce qu’il sait et surtout, de comment il transfère ce qu’il a appris dans des situations authentiques issues de son monde.

Bref, il est facile de plagier quand ce qui est attendu des élèves équivaut à régurgiter ce qu’ils ont présumément appris ou à chercher des réponses sur lesquelles des millions de personnes se sont déjà penchées précédemment. Et c’est là que la créativité entre en jeu. Pourquoi ne pas reproduire, par l’évaluation, des contextes réels, susceptibles d’intéresser les élèves, au lieu de s’évertuer à demeurer dans un laboratoire contrôlé ?

Les évaluations seraient différenciées

On réviserait nos modes évaluatifs tous les ans en fonction de nos élèves plutôt que de réutiliser les mêmes évaluations au même moment de l’année. Cela a deux fonctions principales. La première : elle permet à l’enseignant de façonner l’évaluation en fonction des élèves présents en classe. La différenciation pédagogique n’est pas que pour l’enseignement ; elle est pour l’évaluation aussi ! En second lieu, comment se sentent les élèves face aux épreuves récurrentes ? Soit que l’enseignant dit « l’examen est difficile. Les élèves échouent toujours cette partie » ou que cette rengaine provient de leurs propres compagnons de classe : « c’est le même examen. Il est difficile ! Eille, bonne chance ! » Bref, peut-on cesser cette routine évaluative ? On y évalue les élèves d’aujourd’hui avec des approches axées sur ceux d’hier ! Quel décalage humain rétrograde ! Cessons de rechercher l’épreuve uniformisée !

Il n’y aurait pratiquement aucune pénalité pour des travaux remis en retard ou non remis !

En Ontario, il a été question de cesser de pénaliser les élèves qui remettent leurs travaux en retard ou qui ne le remettent pas du tout sous prétexte que cela nuit à la réussite. Bien évidemment, ceux-ci ont une obligation d’implication dans leurs propres études et ils doivent démontrer une honnêteté intellectuelle, mais faut-il ajouter une pénalité supplémentaire à celle qu’ils s’infligent eux-mêmes ? La commission scolaire ontarienne de York Region estime, dans son document de règles et procédures intitulé « Procedure #305.1, Timely Completion and Submission of Assignments for Evaluation, Grades 7-12 », que l’élève se pénalise lui-même puis qu’il semble évident que l’apprentissage s’insère dans un momentum, au moment où il est réalisé dans la classe, avec tous les participants. Si le travail est remis deux mois plus tard, l’élève s’affranchit volontairement de ce momentum et choisit de travailler à l’extérieur d’un contexte favorable mis en place par un enseignant bienveillant.

Dans ce document, il est question de la responsabilité qu’a l’élève de démontrer, par des artéfacts et des traces, du degré de maitrise d’une compétence. Dans le cas où il choisit de ne pas le faire, le zéro est la dernière solution et il est clairement indiqué que ce zéro, le cas échéant, ne doit aucunement entrer dans le calcul de la note finale puisque ce zéro témoigne davantage de compétences liées à l’organisation de l’apprentissage ou aux habitudes de travail plutôt qu’à l’apprentissage lui-même.

Au Québec, on est loin de là. Un travail non remis, et on l’entend souvent dans nos écoles, « ce n’est pas mon problème ». Même, à la limite, c’est moins de travail. En Ontario, il est attendu de l’enseignant qu’il communique avec les parents, prenne une entente avec l’élève, le talonne, lui donne de l’aide supplémentaire, etc. Bref, un travail non remis en Ontario, c’est tout un problème et une grande charge de travail. Un travail non remis, c’est définitivement le problème de l’enseignant et c’en est tout un ! Ce problème doit être partagé par tous les intervenants externes à l’élève et l’enseignant, en l’occurrence les parents et la direction d’école.

Autrement dit, l’évaluation n’est pas une fin en soi. C’est une étape de l’apprentissage et l’occasion pour l’enseignant d’utiliser divers instruments pour mesurer où en sont les apprenants sous sa responsabilité. Et l’outil évaluatif le plus important, ce ne n’est pas l’examen ou le travail à remettre ; c’est le jugement de l’enseignant, sa capacité à observer les indices visibles et à en témoigner.

En fait, l’évaluation des élèves ne révèle pas seulement des indices sur l’apprentissage des élèves ; elle en révèle également énormément sur les pratiques pédagogiques de l’enseignant !

N’importe qui peut enseigner

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Visiblement, l’écart continuera toujours de croitre dans les pratiques des milliers d’enseignants québécois et, contrairement à ce qu’on peut penser, ce n’est pas la technologie qui en est la nature, mais bien la conception de l’éducation de ces mêmes enseignants qui est en cause. Ceux-là mêmes qui, encore et toujours, se tiennent debout devant leur classe, calcifiés, craie à la main en répétant toujours les mêmes choses, au même moment, année après année.

Ces automates-en-chef-qui-forment-des-automates-en-devenir
Au diable l’autonomie professionnelle de l’enseignant qui choisit ses approches et ses outils! Plutôt, il doit appliquer des recettes datant des années 1600 et d’autres issues des années 1900 sans remettre quoi que ce soit en question. Exit la pratique réflexive! La culture et la tradition doivent avoir préséance coûte que coûte et elles doivent déterminer comment l’enseignant doit enseigner. Avec cette conception de l’enseignement, à quoi bon imposer quatre années d’université? Avec cette conception de l’enseignement, n’importe qui peut enseigner! L’important est qu’il ait des histoires à raconter et qu’il puisse faire état de l’immensité de ses connaissances! Point final. Le discours, enflé d’une inépuisable rhétorique n’a pas à être connecté sur les besoins des élèves. Vu qu’il se fait sans appareils numériques, il est automatiquement connecté sur l’élève… vous savez, rien de mieux qu’un bon lien d’humain à humain sans intermédiaire. Comme si le pédantisme ne constituait pas une entrave pédagogique en soi!

Cette outrecuidance (ou naïveté éduquée) pousse même ces maîtres de l’axiomatique à prétendre développer l’esprit critique de leurs élèves… tant qu’ils font exactement ce qui leur est demandé.

Les élèves incultes
Justement, et l’élève là-dedans? Bah, il est inculte et absorbé par un contenu éphémère d’une pop culture disponible et relayée par ses appareils numériques. Il est une honte à notre glorieuse civilisation. C’était tellement mieux dans la Grèce antique…

Et la rétroaction? On s’en fout… souvenez-vous que l’activité pédagogique ne va que dans un sens: celui de l’enseignant vers ses élèves.

Et la collaboration? Ha! Les élèves perdent leur temps en groupe et ils ne savent pas travailler en équipe (Notez l’ironie ici: ils ne savent pas faire quelque chose, personne ne leur enseigne comment le faire et, en plus, on les critique de ne pas savoir comment le faire!)!

Et la différenciation pédagogique? Si les élèves se forçaient en classe et qu’ils faisaient leurs devoirs, on n’aurait pas besoin de différencier!

Et la formation continue des enseignants? Avez-vous vraiment besoin de formation si vous faites toujours les mêmes recettes?

Vous en avez assez?
Vous êtes exaspéré de lire ces inepties dans les journaux ou sur internet? Moi, non. Voici pourquoi :

1. Je m’attends à lire cela. Et on n’a pas fini!
2. Les positions rétrogrades soutenues par ces auteurs dépassés par l’avancement social, ne sont habituellement pas celles du commun des enseignants. Ce sont des commentateurs qui demeurent dans les idées et qui ne feraient certainement pas long feu dans une classe. Ils rejoignent une minorité d’enseignants qui se sentent réconfortés par des idées. Vous savez, ces enseignants qui, depuis 15 ans, prédisent l’échec de la Réforme…?
3. La pratique universitaire commence à prendre le virage de l’enseignement au 21e siècle. Lorsque je lis les travaux de professeurs comme Margarida Romero, Thérèse Laferrière, Thierry Karsenti, Éric Morissette, Robert David (ainsi que plusieurs autres), je me dis que nous sommes sur la bonne voie!
4. Le monde de l’éducation est en pleine mutation et à tous les jours, des enseignants prennent le virage du changement. Ils changent leurs approches, leurs outils didactiques, l’aménagement de leur classe, la nature de l’évaluation, etc. Il y en aura toujours qui résisteront et ce qui est rassurant, c’est qu’il y en a de moins en moins.
5. Il faut se concentrer sur ces enseignants, ceux qui sont en mouvement. Il faut les outiller et les épauler.
6. En effet, il y a de plus en plus d’enseignants qui adoptent des postures d’apprenants et qui comprennent désormais que le domaine de l’enseignement ne peut être pris pour acquis. Il est flexible, intangible, insaisissable et impossible à cerner dans sa globalité. Ils comprennent également que l’impression de détenir la vérité dans cette profession est le début de la fin, car l’étrange impression d’être au sommet de sa profession implique qu’il ne reste qu’un seul chemin à prendre: celui du déclin. Il est difficile d’accepter que certains de nos confrères font ce choix, mais au moins, ils ne sera jamais trop tard pour prendre le chemin de la prédisposition à se dépasser!

Pour en revenir à la façon dont on considère nos élèves, je me dis que si nous aspirons à être le reflet de la mentalité de croissance que nous souhaitons insuffler chez nos jeunes, il faut bien évidemment commencer par l’incarner!

Bref, si n’importe qui peut enseigner, force est d’admettre que ce n’est pas n’importe qui qui peut apprendre! Et c’est là qu’on distingue les bons enseignants du reste: ils réalisent que l’enseignement n’est pas donné à tous, mais que tous nos jeunes (et moins jeunes) peuvent apprendre. L’effet enseignant, ça va dans les deux sens!

NB: Merci à David Chartrand de ChallengeU pour la permission d’utiliser son image!

Lettre ouverte au ministre de l’Éducation du Québec

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Monsieur le Ministre,

Récemment, j’écoutais une bribe d’une de vos entrevues tenues à la radio de Radio-Canada. En vous paraphrasant, vous mentionniez que vous souhaitiez trouver les leviers qui mèneraient un maximum d’élèves vers la réussite scolaire.

Cette préoccupation, je suis certain que vous le savez déjà, est partagée par une très forte majorité des intervenants du milieu scolaire, sans égard à la nature de leur travail auprès des élèves. J’ajouterais qu’elle l’est d’ailleurs depuis fort longtemps. L’objet de ma lettre ouverte est de vous sensibiliser à l’importance de cesser de tenter de rénover le système d’éducation qui se caractérise désormais par sa désuétude et d’envisager, enfin, de reconstruire un nouveau modèle scolaire pour le Québec. Bref, la réussite ne pourrait-elle pas se trouver dans un autre paradigme ? Si ses leviers se trouvaient toujours dans le système actuel, je crois qu’avec tous les intervenants de qualité qui y œuvrent quotidiennement, nous les aurions trouvés.

À cet égard, je citerais Richard Buckminster Fuller : « On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante. Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rendra obsolète celui existant ». Là est notre problème, du moins depuis 2001 : ce qui a longtemps été appelé le Renouveau pédagogique était novateur, mais construit sur d’anciennes bases, toujours présentes. C’était un renouveau mi-figue, mi-raisin, une vieille Chevette dans laquelle on place un moteur de Porsche 911 Turbo.

À la base, Monsieur le Ministre, que souhaitons-nous tous ? Nous voulons que les élèves aient envie d’être à l’école et qu’ils s’y sentent bien, sans nécessairement voir leur parcours scolaire comme étant un passage obligé. À cette ultime priorité, nous souhaitons éduquer (instruire est un peu trop limité !) nos jeunes en plus de les rendre compétents, connaissants et en mesure d’assumer leurs éventuelles responsabilités sociales, professionnelles, familiales, etc.

Pour ce faire, j’aimerais humblement vous faire quelques propositions pour une école bien ancrée au 21e siècle :

Une école ouverte et flexible

J’aimerais voir une école ouverte où les élèves avancent à leur propre rythme et où les parcours d’apprentissages sont multiples. On parle souvent de différenciation pédagogique; je crois qu’il est temps de donner une réelle portée à ce terme qui est utilisé dans toutes les écoles quotidiennement. Cessons de différencier exclusivement dans la salle de classe; différencions les parcours d’apprentissages des élèves ! Ne pourrions-nous pas permettre à nos élèves de choisir les cours auxquels ils sont inscrits et dans quel ordre ils pourraient les suivre ? Bien évidemment, il y aurait quelques prérequis orientant certains choix et quelques cours obligatoires, mais abaissons les murs des classes et même ceux des écoles. Brisons les rangs d’ognons dans lesquels les élèves sont confinés. Donnons à nos écoles les allures d’un lieu ouvert, décloisonné, flexible, adapté à ceux qui le fréquentent.

À l’heure actuelle, nos élèves ont bien peu de choix dans leur propre démarche scolaire. Ils ne    contrôlent ni le temps scolaire ni la matière étudiée. Ils doivent souvent s’assoir à une place assignée pour suivre un cours défini. Ils n’ont aucune prise sur la séquence pédagogique et encore moins sur les outils mis à leur disposition en cours d’apprentissage. Également, pourquoi ne pas implanter des badges numériques qui pourraient, éventuellement, former un diplôme d’études secondaires ? L’idée est de permettre à l’élève d’obtenir un renforcement positif lors de sa progression scolaire et de donner une valeur à ces badges.

Une compétence professionnelle évolutive

J’aimerais que les enseignants puissent exercer une réelle autonomie professionnelle et qu’ils puissent aussi faire de véritables choix pédagogiques. Je souhaite qu’ils puissent être valorisés dans leur profession et qu’ils puissent exercer leur créativité professionnelle. Nous avons un criant besoin d’innovation en éducation et ce n’est certes pas en recyclant les approches ou les pratiques actuelles (ou plutôt les approches passées) que nous y parviendrons. Mettons-les réellement à l’avant-plan des activités scolaires au lieu de les étouffer par des programmes lourds et un temps limité. Ne vous gênez pas pour leur imposer des activités de formation continue afin qu’ils développent ou conservent un haut degré de professionnalisme et de compétence. Si l’effet enseignant joue un rôle dans la réussite scolaire, elle peut aussi lui nuire. Ne l’oublions pas !

Il est de votre responsabilité de leur permettre d’accéder à leurs propres leviers de transformation. Offrez des enveloppes budgétaires pour les écoles pour faciliter la formation continue chez les enseignants, mais surtout, donnez-leur des mesures incitatives. Par exemple, à chaque centaine d’heures de formation continue suivie, l’enseignant obtient une journée de congé ou quelque chose du genre. C’est bien peu, mais c’est un bon début de reconnaissance pour ceux qui s’impliquent activement dans leur développement professionnel.

Donner un nouveau souffle aux compétences transversales

Je sais, l’enseignement par compétences ne fait pas l’unanimité dans le milieu. Pendant que plusieurs se plaisent à opposer compétences et connaissances, j’aimerais réitérer ce que de plus en plus d’enseignants comprennent : il s’agit plutôt de deux concepts complémentaires. Cela dit, il faut faire de la place pour intégrer les compétences transversales au quotidien des élèves. Sans qu’elles soient nécessairement évaluées, elles doivent être intégrées dans les parcours de nos élèves qui vivront leur vie entière au 21e siècle : collaboration, cocréation, résolution de problèmes, communication, etc. Les Finlandais ont, semble-t-il, abandonné les compétences disciplinaires pour centrer leur action éducative sur les thèmes transversaux. Sans faire un tel virage qui risquerait d’effrayer autant le personnel scolaire que les parents, il y a certainement un moyen de faciliter la transversalité des contenus et d’abolir les matières-silos dans chaque école. Les matières sont des chasses gardées au contenu exclusif alors qu’il y aurait tellement lieu d’en faire une belle trame d’évènements continus coulant tous dans le même sens : celui que l’élève lui donne.

La sempiternelle question du financement

Le financement… Je me doute que vous êtes lassé d’en entendre parler. Je sais que le Québec suit les grandes lignes financières des pays de l’OCDE (OCDE, 2015), mais je souhaite vous rappeler qu’il y a lieu de faire mieux. Je sais, un programme de formation uniforme vous permet de mieux mesurer la performance du système, de vos écoles et des élèves. Vous pouvez ensuite comparer cela avec les autres pays de l’OCDE et vérifier la « rentabilité » de vos investissements en éducation.

Bien que je comprenne que les finances de l’État sont précaires et que tout le monde tire sur sa couverte, ne perdons pas de vue l’essentiel : investir en éducation maintenant risque fort de désengorger le domaine de la santé demain. Vous investirez dans l’innovation pour trouver de nouvelles solutions qui pourront améliorer la santé de nos concitoyens. Mais, de grâce, cessez de financer les piliers érodés d’un système qui finira, tôt ou tard, par imploser.

Monsieur, alors que vous tenez des consultations sur la réussite scolaire, je souhaitais vous sensibiliser à la perspective que nous cherchons peut-être la réussite là où elle ne se trouve plus. Ce n’est pas en (re)mélangeant les mêmes cartes que nous implanterons un réel changement qui engendrera une réelle réussite scolaire. Il faut résolument chercher ailleurs.

(…) nous cherchons peut-être la réussite là où elle ne se trouve plus.

Monsieur le ministre, je vous demande de tenir tête à ceux qui veulent rénover un modèle qui a fait son temps. Je vous demande de faire preuve d’audace pour inspirer les intervenants en milieu scolaire à en faire autant. En redéfinissant un nouveau modèle, vous nous inciterez à redéfinir nos pratiques.

Il manque de leadership et de vision en éducation au Québec. En fait, je corrige : ceux qui ont de la vision et du leadership sont trop souvent rabroués par d’autres collègues qui se font les porte-étendards d’un système rigide et qui se sentent menacés par des idées hérétiques.

Et c’est pour cela que j’ai choisi de vous écrire. Vous avez le pouvoir de faire que le différent et le contrasté puissent devenir une norme en éducation et que le banal et l’habituel deviennent ce qui est proscrit. Plus que jamais, nous avons besoin de quelqu’un qui pave la voie en éducation au Québec pour donner du courage à ceux qui sont prêts à vous suivre dans cette voie. Monsieur le Ministre, j’ai eu l’occasion de rencontrer une pléthore de professionnels de l’éducation ces dernières années et je peux vous dire que nous sommes mûrs pour un tel changement et que vous aurez un support indéfectible, mais apolitique de la part d’un grand nombre d’enseignants audacieux, de cadres scolaires inspirés et de professionnels en soutien dévoués.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire si cette lettre s’est rendue jusqu’à vous et je demeure à votre disposition pour en discuter plus longuement,

 

Marc-André Girard

info@magirard.com

Directeur d’école

Doctorant en administration de l’éducation

Auteur, blogueur et conférencier

L’insoutenable paradoxe des épreuves uniques

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J’ai déjà écrit à propos du format des épreuves uniques qui est dépassé. Hier, le MÉES nous a donné un nouvel argument démontrant clairement que ses fameux examens sont bel et bien désuets. Probablement que dans vos écoles, vous avez entendu parler de l’Info-Sanction du ministère stipulant que les calculatrices graphiques sont désormais interdites alors qu’elles étaient permises ou tolérées depuis au moins une quinzaine d’années. Oui, vous avez bien lu : au tournant du siècle, aucun problème pour une calculatrice à affichage graphique, mais aujourd’hui, avec tous les bouleversements technologiques dans notre société, on retire cet outil.

Profonds paradoxes

Le problème, avouons-le, ce n’est pas l’outil : calculatrice à affichage graphique ou non, Desmos, les iPad et les autres outils de simulation, etc., c’est du pareil au même. Le problème est le format de l’épreuve; c’est une épreuve unique dans tous les sens du mot : un seul examen, fait individuellement, qui a lieu à un seul moment pour des dizaines de milliers d’élèves, avec un seul outil, une seule grille de correction, etc.  Celle-ci va pourtant dans le sens contraire des impératifs de différenciation pédagogique mis de l’avant par ce même ministère. Bref, chers enseignants, adaptez votre enseignement aux élèves qui sont dans vos classes. Laissez-leur le choix des outils à utiliser. Offrez-leur des perspectives d’approfondissement de la matière et donnez-leur des choix pédagogiques à faire en lien avec leur processus d’apprentissage. Reconnaissez la différence et la diversité et valorisez l’hétérogénéité. Et surtout, donnez aux élèves des occasions de collaborer dans la réalisation de tâches complexes.

En parallèle, cependant, le ministère évalue la singularité, l’uniformité et l’homogénéité. Pas fort ! Restreindre le choix des outils à une épreuve ministérielle est un pas en ce sens. Quels paradoxes !

Une finalité en soi

Devons-nous le rappeler ? L’évaluation fait partie du processus d’apprentissage. Or, dans l’état actuel des choses, les épreuves ministérielles sont une fin en soi. À l’heure actuelle, en science, mathématique et histoire de quatrième secondaire, les activités d’enseignement sont orientées vers la réussite de l’examen. Comme le cite Mario Asselin dans son article de ce matin, c’est le fameux teach to the test. Ce n’est pas pour rien que les enseignants de ces matières verbalisent souvent leur difficulté à enseigner autrement et lorsqu’ils le font, ils se font souvent rabrouer par leurs directions d’écoles, les parents de leurs élèves ou leurs élèves eux-mêmes. Chaque année, en quatrième secondaire, la panique prend, le stress monte d’un cran. Les enjeux sont grands et la réussite aux examens est une partie importante de ces craintes qui se renouvèlent annuellement, une cohorte après une autre…

Des pistes de solution

N’y a-t-il pas moyen que les élèves démontrent leur compréhension autrement en mobilisant les ressources de leur choix ? N’est-ce pas une des particularités des compétences à développer au 21e siècle, soit d’être en mesure de mobiliser les outils et les ressources nécessaires pour résoudre des problèmes complexes et représentatifs de la réalité ? N’est-ce pas l’essentiel du développement des compétences ?

Il faut revoir le format des épreuves ministérielles pour mettre l’accent sur le développement global de l’élève, son éducation au lieu de se borner à valider des connaissances souvent décontextualisées ou encore vérifier l’état du développement des compétences sur des feuilles 8 ½ x 11. Il y a certainement une façon à imaginer pour rendre ces épreuves plus signifiantes.

Pourquoi les épreuves uniques ne seraient-elles pas une série de consignes à fournir à des enseignants en leur laissant le soin d’élaborer ladite épreuve eux-mêmes ? Pourquoi ne pas mobiliser les équipes-écoles en ce sens ? On ferait une pierre, deux coups : revamper des épreuves désuètes dont le format a peu changé en comparaison des approches pédagogiques sur le terrain tout en permettant aux enseignants d’exercer leur autonomie professionnelle. Ne sont-ils pas les mieux placés pour savoir ce qui est le mieux pour l’élève ? Il y a certainement lieu de décentraliser ces épreuves ministérielles, quitte à les faire approuver par le ministère l’automne précédant la session d’examens de juin.

La fragilité des épreuves ministérielles

Les épreuves ministérielles sont fragiles et vulnérables. Quand ce n’est pas un certain coulage qui annule une question ou une partie d’un examen, c’est un examen trop court ou trop long ou encore trop facile ou trop difficile. Bref, non seulement ces épreuves ne font-elles pas l’unanimité au sein de la communauté des professionnels de l’éducation, mais en plus, elles sont totalement vulnérables aux aléas de la vie moderne : médias sociaux, facilité de tricherie, coulage, calculatrices, feuilles de notes, etc. N’est-ce pas un signe comme quoi leur format n’est plus adapté aux réalités scolaires actuelles ?

Pendant ce temps, je ne peux que souligner le superbe paradoxe et l’inconséquence du MÉES qui incite ses enseignants à se connecter (dans tous les sens du mot) alors que lui-même choisit de se déconnecter (dans tous les sens du mot, encore une fois !).

Autrement dit, faites ce que je dis et non ce que je fais. Et pendant ce temps, on envoie encore des signaux contradictoires au personnel scolaire qui travaille sur le terrain, lequel doit improviser dans bien des cas.

Lorsque le MÉES tangue, c’est tout le système scolaire qui tergiverse ! À quand un vrai leadership visionnaire, conséquent et cohérent en éducation ?

La puissance du blogue

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De plus en plus, on voit des espaces de blogues émerger. En y pensant bien, cela était inévitable puisque, grâce à l’avènement des médias sociaux jumelé avec cette effervescence qui caractérise le monde de l’éducation actuel, il fallait bien s’attendre à ce que des praticiens envahissent la blogosphère pour rendre compte de leurs approches pédagogiques.

L’idée de cet article est venue il y a quelques semaines alors que mon collègue ontarien Marius Bourgeois a publié un article intitulé La question se pose et où il fait état des avantages du blogue pour les directions d’écoles. Également, lors d’un cours à l’Université de Montréal auquel j’étais inscrit l’été dernier, nous discutions du fait que le blogue était devenu un outil d’explicitation des pratiques. Nous y reviendrons.

Bloguer pour apprendre
À première vue, on pourrait croire que le blogue est une activité altruiste et qu’elle ne bénéficie qu’au lectorat. Or, on néglige souvent ceci : pour le blogueur, c’est une occasion inespérée de rassembler ses idées et d’entamer une démarche de réflexion sur sa propre pratique. C’est un des rares moments où le professionnel accepte de se soustraire à l’urgence du moment pour ainsi s’offrir un espace de réflexion sur différents éléments qui constituent son quotidien scolaire :

  • Un retour sur des événements antérieurs pour en comprendre les rouages;
  • Un retour sur nos réactions relatives à ces événements pour essayer de comprendre comment et pourquoi nous réagissons d’une telle façon;
  • Rendre compte de nos trouvailles, de nos expériences, de nos réussites et de nos échecs;
  • Prendre position;
  • Partager son expertise ou, à tout le moins, la diffuser pour qu’elle puisse aider ou inspirer nos collègues;
  • Informer ou relayer des sources informatives (site web, livres, articles de journaux ou de périodiques, etc.);
  • Etc.

Lorsqu’il est question des pratiques professionnelles, il semble que les professionnels qui ont un haut degré de compétence aient de la difficulté à verbaliser les éléments que constitue leur propre pratique. La raison est simple : ils savent tellement quoi faire au moment opportun et en plus, ils savent comment le faire de façon presque spontanée et irréfléchie. Ces actions professionnelles automatiques échappent à notre conscience puisque les gestes ont souvent été réalisés machinalement ou automatiquement. Le blogue peut donc devenir un outil d’explicitation de nos pratiques alors qu’on détaille nos actions pour les rendre accessibles à notre conscience. On mobilise notre propre expérience comme levier dans l’atteinte d’un plus grand degré de compétence. En réussissant à verbaliser ou écrire sur ce que l’on fait, cela nous permet de mieux saisir l’ampleur de nos actions.

Bloguer, c’est un pas de plus vers une mentalité de croissance professionnelle.

Bloguer pour déranger
Le blogue est aussi un outil de saine provocation. Il permet de véhiculer d’autres points de vue que ceux normalement véhiculés par les canaux culturels traditionnels. Pour en apprendre davantage sur sa profession, à l’heure des changements en éducation, les blogues sont une source intarissable d’information.

La culture du silence est bien imprégnée dans les moeurs du système scolaire. Bien sûr, il faut briser ce moule du silence qui façonne trop d’intervenants scolaires. Ce silence est un symptôme d’une tradition conservatrice trop bien ancrée dans nos écoles : il ne faut surtout pas déranger les habitudes ou les routines de ses collègues. Pourtant, comme je l’écris dans mon livre :

l’école n’est pas un havre à l’abri du changement. Elle en est l’incubateur.

Ce ne sont pas uniquement les élèves qui doivent voir leur quiétude intellectuelle bouleversée; les enseignants et autres professionnels de l’éducation aussi !

Bien évidemment, bloguer signifie se rendre vulnérable aux railleries des autres. Il est en effet incontournable que certains de vos lecteurs vous dénigrent, mais rassurez-vous : avec la majorité de votre lectorat, vous ouvrirez un espace de débat qui, à défaut de se tenir en votre présence, il finira par naitre dans les écoles ou dans divers contextes et chez différents intervenants : des parents, des enseignants, des directions d’école, des professionnels et même, possiblement, des décideurs publics réutiliseront vos arguments.

Vous ne ferez pas que des heureux ! Pour paraphraser Marius Bourgeois encore une fois, il est vrai que quand on essaie de faire différemment, ça dérange. Il est d’autant plus vrai que quand on réussit à faire différemment, on dérange encore plus. Si, en plus, on parle haut et fort de nos réussites (ou qu’on blogue à cet effet), c’est comme ajouter l’insulte à l’injure ! Nous sommes perçus comme étant prétentieux, vantards dans un monde où l’humilité et les belles valeurs judéo-chrétiennes de modestie, pudeur et de résignation, prédominent. Il faut changer de mentalité :

Il ne suffit plus de se soumettre à plus grand que soi. Au contraire, il est question de s’élever pour faire partie de plus grand que soi !

Bloguer pour mener et inspirer
Il faut prendre le risque de contribuer à ce qui se passe dans le monde de l’éducation. Trop de professionnels de l’éducation se plaignent de subir les décisions des instances. Bloguer offre une voix dans l’immensité. Peut-être votre voix sera-t-elle étouffée par la surabondance médiatique qui caractérise notre époque, mais au moins, vous aurez su vous exprimer, ce qui est déjà mieux que de demeurer inerte et muet. La tache est lourde : il faut prendre position pour une école renouvelée et bien ancrée dans le siècle actuel.

Le monde de l’éducation a besoin de leaders visionnaires et mobilisateurs. Le blogue est l’espace parfait pour exercer ce rôle : on y consigne des mots qui se traduisent par des actions autant chez le blogueur que chez le lecteur. Le but ici est de réinvestir ces idées dans la pratique, et ce, rapidement. Autrement dit, le blogue est un outil d’aujourd’hui pour diffuser les idées actuelles qui façonnent un système scolaire en pleine mutation !

En ce sens, le blogue professionnel en éducation est à la fois un miroir et un phare : un miroir pour celui qui rédige et qui adopte une posture réflexive et un phare qui éclaire ceux qui émergent de la grande noirceur d’un monde de l’éducation dépassé qui cherche à justifier sa nature ancestrale. C’est ceux-là qui doivent être guidés. Entre-temps, n’oublions pas :

la croissance nait de la passion, de la lumière et du bruit.

Il est inévitable de devoir déranger et il y aura toujours des personnes qui tenteront de vous éteindre. Au moins, vous saurez où vous abreuver pour retrouver l’énergie qu’il vous faut pour persévérer !

Quelle fin d’année scolaire !

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Dans les écoles, il est facile de blâmer le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement Supérieur (MÉES). Si vous vous attendez à ce que je le cloue au pilori à mon tour, vous serez déçus. En fait, c’est le dernier endroit où j’aimerais être à l’heure actuelle. Disons que déjà que cette période de l’année est stressante dans les écoles, imaginez ce à quoi ça ressemble à la Sanction des études et ailleurs dans le Complexe G à Québec !

Tout a débuté avec un examen de mathématique en sixième année du primaire trop long qui finira, du moins partiellement, par être annulé. Une partie aurait également été coulée. Quelques jours plus tard, c’est au tour de l’épreuve unique d’histoire de quatrième secondaire. La fameuse question à développement, celle qui vaut la moitié de l’examen, donc le quart de l’année scolaire, a été coulée également. Il n’en fallait pas plus pour que la planète éducation québécoise, et elle est grande et combien ratoureuse, s’emballe : le corrigé circulait sur les réseaux sociaux avant l’examen, et celui de l’examen suivant, en science, circulerait déjà. Panique. L’examen d’histoire sera-t-il annulé ? Les paris sont ouverts. Le MÉES a néanmoins demandé que les notes soient transmises comme à l’habitude.

Après cette explication très sommaire de ce fiasco, j’en viens à deux conclusions :

Un ordre professionnel pour tous les professionnels en éducation

Soyons clairs, les examens ministériels sont envoyés au responsable de la sanction des études dans chaque école ou commission scolaires. La plupart du temps, il s’agit de personne-cadre ou de direction dans l’école qui le reçoit et en assume la responsabilité. Cela veut dire que cette information a d’abord été coulée par une de ces personnes et qu’elle a été coulée ensuite, semble-t-il, à un enseignant d’histoire de la Mauricie. Une de ses élèves l’aurait imité en faisant un tutoriel sur Facebook.

Bien que le MÉES mène une enquête à l’heure actuelle, la vérité est simple. Peu importe ce qui s’est réellement passé, on ne peut présumer du professionnalisme que tous les intervenants qui gèrent la sanction des études dans les écoles ou commissions scolaire. Un ordre professionnel viendrait mettre de l’ordre dans tout cela en encadrant la profession enseignante ainsi que celle de la direction d’une école.

En éducation, l’éthique professionnelle est un concept élastique qui, si pour la plupart des intervenants ce n’est pas un problème, il n’en demeure pas moins que c’est une minorité qui porte atteinte à la profession. Lorsqu’on aborde la question de l’ordre professionnel, bien souvent, la première conclusion qui émane des discussions est la suivante : protéger le public contre quoi au juste ? Eh bien, on en a maintenant un élément de réponse, non ?

Le format des examens ministériels est dépassé

Plusieurs enseignants refusent d’épouser les nouvelles approches pédagogiques, et ce, particulièrement en quatrième et cinquième secondaire. La raison est simple : les épreuves ministérielles n’ont pas pris ce virage ! Cela nous démontre que ces examens sont une fin en soi et non pas une partie intégrante de la démarche d’apprentissage. C’est malheureux de constater que les approches sont dictées par les évaluations et non le contraire…

Lorsqu’il est aussi facile de faire couler un examen, cela démontre clairement que son contenu est mal adapté à la réalité de la société d’aujourd’hui, alors que les médias sociaux agissent davantage comme canal de divulgation de contenus et de tricherie potentiel plutôt que d’outil de collaboration. Et si les outils d’aujourd’hui étaient plutôt un levier pour, non seulement valider les contenus disciplinaires, mais surtout, pour consolider les compétences du 21e siècle ?

La nécessité de revoir ses examens dépasse largement la question de leur nature. C’est aussi une question de cohérence. On demande aux enseignants de différencier leurs approches pédagogiques alors que les épreuves ministérielles sont uniformisées. On favorise le big data au détriment du small data ou des données globales identifiant des tendances au détriment des informations locales et des observations des intervenants sur le terrain.

Les mésaventures de la sanction des études de ce mois-ci révèlent au grand jour deux besoins criants en éducation : un organisme de régulation de la profession enseignante (incluant la direction) et une refonte en profondeur des épreuves ministérielles, ce qui pourrait même se transformer en une abolition pure et simple, en transférant ce genre d’opération aux écoles ou commissions scolaires.

 

 

La nouvelle panacée : l’obligation de fréquentation scolaire

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Pendant que le politique s’obstine sur qui a eu l’idée originale de rallonger le parcours scolaire jusqu’à 18 ans et que cette avenue semble, soudainement, être devenue la panacée pour diminuer drastiquement le taux de décrochage scolaire, il faut se poser une vraie question : pourquoi prolonger le jeu de l’école au-delà de 16 ans ? Je dis le jeu (en fait, c’est le terme de Jacques Cool), car depuis des lustres, les élèves ont saisi l’astuce : enregistre ce que le prof te dit, recrache le tout sur une feuille au bon moment et vise 60%. Bingo, tu auras ton diplôme !

Déjà, alors que l’école est obligatoire à partir de 5 ans, et ce, jusqu’à 16 ans, nous observons un taux de décrochage scolaire oscillant, bon an, mal an, entre 17% et 25%. On serait en droit de douter de la pertinence de rallonger le parcours scolaire dans ce cas. Cela pourrait-il avoir pour effet de décourager les élèves de poursuivre ? Par la contrainte, nous réussirons probablement à augmenter la persévérance scolaire, mais nous créerons encore plus d’élèves fantômes ! De toute façon, ce qui compte, ce sont les chiffres et les données probantes; mais qu’en est-il de chaque élève dans chaque classe ? Comment se sentent-ils ? Sont-ils motivés ? Sont-ils heureux d’être là, en classe ? C’est le dilemme du big data et du small data que Pasi Sahlberg a présenté au Sommet international du leadership scolaire à Banff (uLead16), le mois dernier : doit-on privilégier les statistiques globales ou les observations personnalisées de chacun des intervenants scolaires.

Je n’ai aucune objection à ce que l’école débute plut tôt. Je comprends tout à fait que cela ait une incidence positive sur la réussite scolaire, surtout en milieu défavorisé. Je n’ai rien non plus contre le fait que l’obligation de fréquentation scolaire s’étende jusqu’à 18 ans. Ce qui m’importe, c’est ce qui se passe au milieu, pendant ces années de scolarisation. Ce qui m’importe, c’est ce qui se passe à l’école et dans la classe.

Qu’on commence plutôt à tenter de répondre aux questions simples, mais incessantes des élèves :

  • À quoi ça sert d’apprendre ça?

Les jeunes ont une vision à court terme. Leur répondre que ça leur servira plus tard ou l’an prochain, ils s’en foutent éperdument ! C’est ce que l’on appelle la signifiance : donner un sens aux objets d’apprentissage et à la démarche qui s’en suit.

  • Est-ce que ca compte?

Justement, voilà un signe de l’élève fantôme qui souhaite investir ses énergies où ça compte vraiment. On a beau dire que tout compte tout le temps, les élèves, en suivant l’exemple d’un bon nombre d’intervenants scolaires, ont la fâcheuse propension à niveler vers le bas et à offrir le moindre effort en espérant le meilleur résultat.

Ces questions enfantines devraient entrainer un questionnement enseignant selon Marie-Andrée Croteau : Comment transformer l’élève passif en élève actif? Passer de Quelle est la réponse? à Comment puis-je trouver la réponse?

Lorsqu’on sera en mesure de répondre à ces questions toutes simples par des gestes quotidiens, je verrai d’un bon œil que le parcours scolaire se termine à 18 ans. Pour l’instant, tant que les choses ne changent pas en éducation, 4 ans ou 5 ans, 16 ans ou 18 ans, c’est du pareil au même.

Saisissons cette opportunité pour revoir en profondeur la structure d’un système désuet et les approches pédagogiques dépassées de professionnels de l’éducation intouchables. Le débat important concerne encore et toujours les pratiques professionnelles; celui de l’âge de la scolarisation est secondaire.

La machine à saucisses

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Les systèmes d’éducation de bien des pays occidentaux sont de grosses machines à saucisses. Du moins c’est ce que prétend Yong Zhao, professeur à l’Université Oregon. Je reprends ici quelques-uns de ces arguments et j’y ajoute quelques réflexions.

Pourquoi une machine à saucisses ? Parce qu’on prend des ingrédients qui, séparés, ont tous une certaine valeur nutritive et on les combine avec d’autres ingrédients peu recommandables. On place le tout dans le hachoir à viande pour obtenir un mélange est conforme à nos attentes. Toutes les saucisses doivent être identiques, sinon elles connaissent une fin tragique !

Autrement dit, on prend des élèves qui sont, à l’origine, totalement différents les uns des autres grâce à des aspirations, des personnalités et des passions complètement distinctes et nous leur faisons subir une école qui s’évertue à rendre ce mélange le plus homogène possible. En bref, les intrants sont imprévisibles, variés et hétérogènes. Une fois qu’ils sont rentrés dans le système, l’école fait son œuvre : onze années d’homogénéisation des élèves où un système entier conspire à rendre les élèves identiques pour éventuellement, une étape à la fois, un niveau à la fois, recueillir un produit normalisé et complètement prévisible. Dans cette grande manufacture qu’est devenue l’éducation, nous fabriquons des automates. L’école est une usine produisant des élèves transformés. Le problème, c’est que cette transformation est opérée par un système au parcours unique et prédéterminé pour tous. Le système change les jeunes, mais pas nécessairement de la bonne façon. Malheureusement, je souhaiterais que ce soient les individus qui changent nos jeunes et qui les fassent évoluer. Je souhaite également que ce soient les expériences vécues et les apprentissages réalisés qui redéfinissent nos élèves. Oui, l’école est un milieu de changement et d’évolution, mais il faut que ce soit l’aspect humain qui permette cette mutation et non un système désuet !

D’ailleurs, plus j’y pense, plus je réalise que la vie n’est certainement pas plus facile pour les enseignants qui tentent de fonctionner à l’encontre des principes impossibles de la machine à saucisse ! La culture, les collègues et la direction s’occupent de les rappeler à l’ordre !

Le tout, dans l’usine la plus aseptisée qui soit. Les élèves sont surprotégés, et ce, autant à la maison qu’à l’école. On craint tellement pour leur intégrité physique et psychologique qu’on aplanit toutes les possibilités d’obstacles ou de difficultés sur leur parcours. La machine à saucisses doit être bien huilée !

Comme dans n’importe quelle usine de fabrication d’aliments transformés, on évalue le produit final en fonction des standards que le système s’est fixés. Ce n’est pas la saucisse qui détermine le niveau de réussite. Idem en éducation ! Pourquoi l’élève ne fixerait-il pas ses propres objectifs à atteindre pour permettre des parcours mieux personnalisés ? Pourquoi l’enseignant n’accompagnerait-il pas ce dernier, avec les parents de l’apprenant, dans la fixation des attentes ? Plutôt, dans notre glorieuse machine à saucisses, nous blâmons les élèves pour leurs différences au lieu d’être prêts à accompagner des élèves différents et ainsi valoriser la diversité en éducation.  Tout le système d’éducation conspire à normaliser et à modérer les résultats scolaires et les accomplissements des élèves pour satisfaire l’appétit insatiable de la loi gaussienne; ne faut-il pas que nos jeunes s’éloignent trop de la courbe normale ?

 

L’entrepreneuriat à la rescousse !

Ne devrions-nous pas encourager une culture de l’entrepreneuriat autant pour les élèves que pour le personnel scolaire au lieu de cultiver une culture organisationnelle sclérosée et léthargique ? Pourquoi l’entrepreneuriat ? Tout simplement pour offrir des opportunités à nos élèves. De ces opportunités naît la possibilité de résoudre des problèmes complexes de différentes façons. Le 21e siècle est l’âge de la résolution de problèmes faisant appel à la créativité, l’innovation, la collaboration grâce à la pensée computationnelle et l’esprit critique. Où loge l’école à cet égard ? Elle continue à fabriquer des saucisses…

En terminant, Yong Zhao affirme que la société est dans une nouvelle révolution industrielle, où les machines intelligentes prennent de plus en plus de place. La seule façon qui nous permettra de ne pas céder le pas à cet envahissement est de nous distinguer de ces machines. Malheureusement, la machine à saucisse de l’éducation fabrique des élèves qui seront facilement remplacés par des machines. Il n’y a qu’une seule façon d’éviter ce désastre appréhendé : faire entrer l’école au 21e siècle.

 

 

Redresser la formule

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Avez-vous déjà pris le temps de réfléchir à ceci ? On a commencé par intégrer les TIC à la pédagogie en toute hâte, sans nécessairement prendre la peine de réfléchir à ce que cela engendrait comme changement d’ampleur. Axée vers les idéaux de l’école de demain, cette décision n’a malheureusement pas impliqué les enseignants ou tenu compte de leurs besoins immédiats en formation ou en organisation spatiale. Peut-être est-ce pour cela qu’il n’est pas rare de constater que plusieurs enseignants ont un outil technologique entre les mains, mais qu’ils s’évertuent à conserver les mêmes vieilles approches pédagogiques ?

On s’est donc concentré ensuite à tenter de comprendre les résistances au changement. On a analysé la démarche d’intégration des technologies à la pédagogie pour ensuite réaliser les quelques manquements qui mènent à cette intégration qui s’effectue moins rapidement et surtout moins facilement que prévu. On déploie alors des efforts de formation, on incite les enseignants à se réseauter et à sortir de leurs silos pour travailler en collaboration, en interdisciplinarité et en collégialité. C’est souvent peine perdue !

Cependant, on réalise qu’au fond, ce qui a manqué pour accompagner cette vision de l’école de demain, c’est un double leadership : celui de la direction qui crée des opportunités pour les enseignants et leurs élèves d’assumer leur propre leadership. Les directeurs doivent défricher le gros du terrain pour que les enseignants puissent à leur tour s’y aventurer avec tout le support nécessaire. Ce rôle d’éclaireur de la direction fait toujours défaut. En effet, trop de directeurs se tiennent debout en pointant l’horizon en donnant une direction où les enseignants et élèves doivent s’aventurer alors qu’ils devraient les précéder sur le terrain. Le deuxième leadership dont il est question est celui des enseignants qui prennent en main leur développement professionnel grâce à des activités de réseautage et une formation continue. Un enseignant connecté à un réseau et à la fine pointe de sa profession en est un qui est en meilleure position pour faciliter l’apprentissage chez les élèves qui lui sont confiés.

Finalement, au-delà du leadership, il y a la prédisposition à la croissance, celle qui ne tient qu’une chose pour acquise : que la profession enseignante est évolutive. Bref, tout change et il est pratiquement impossible de réutiliser la même cassette à faire jouer au même moment, tous les ans, puisqu’il est essentiel de s’adapter à la clientèle scolaire qui se présente devant l’enseignant quotidiennement.

La formule était la suivante : TIC -> Changement -> Leadership -> Prédisposition à la croissance = échec.

Elle était inversée puisqu’on a commencé par les mettre en valeur les outils au lieu de promouvoir les attitudes gagnantes à l’établissement d’un tel changement et ainsi déterminer le meilleur outil pour les élèves (technologique ou non). Dans le meilleur des mondes, la formule aurait dû être inversée :

Prédisposition à la croissance -> Leadership -> Changement -> TIC (ou trouver les meilleurs outils).

Si nous souhaitons que les enseignants puissent ultimement changer leurs approches pédagogiques et leurs outils didactiques, il importe de prendre l’initiative de les inciter à développer leur prédisposition à la croissance : comment peuvent-ils devenir de meilleurs professionnels ? Pourquoi le devenir ? Quels sont les besoins des élèves ? Quels sont leurs défis professionnels et sur quelles forces peuvent-ils s’appuyer pour prendre leur envol ? Ils doivent conserver cet état de fragile équilibre qui les force à demeurer mobiles et en constante recherche d’une amélioration pédagogique.

Par la suite, comment peut-on leur faire une place au soleil afin qu’ils prennent confiance en leurs moyens et qu’ils s’affirment comme vrais leaders dans leur école ou dans leur commission scolaire ? Quelles activités mettre en place pour favoriser l’effet multiplicateur dans nos écoles et maximiser cette contagion positive entre les membres du personnel ? Au risque de me répéter, le leadership scolaire n’est pas l’apanage de la direction d’école. Il doit être partagé entre tous les membres de la communauté scolaire.

Une fois que tous sont disposés psychologiquement à changer et à s’améliorer, cette démarche de changement s’effectuera tacitement et les obstacles seront minimisés. L’enseignant réalisera par lui même que ses approches sont dépassées et que ses outils devraient être modernisés. C’est lui qui cognera à la porte pour que les choses changent. Le virage technologique s’imposera de lui-même et tous y prendront part volontairement. Soyez prêts à accueillir ces demandes et de grâce, si vous ne pouvez combler ces attentes, évertuez-vous à trouver des alternatives viables qui respectent votre cadre financier ou le projet éducatif de votre école !

Survivre au blues du lundi suivant

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Vous venez de terminer votre congrès. Vous êtes ragaillardi et avez la tête pleine d’idées. Votre torse est bombé de fierté et vous êtes prêt changer le monde de l’éducation dans son entièreté. Vous passez la fin de semaine à trier les idées qui se précipitent dans votre tête et vous vous évertuez à faire des changements à votre planification. Vous êtes revigoré et vous venez de donner un nouveau souffle à votre carrière. Et ça commence lundi ! Super ! Malheureusement, la réalité vous rattrapera rapidement et vous serez victime du blues du lundi suivant, à votre retour dans votre milieu.

Dur retour

Lundi, au retour à l’école, votre dynamisme se bute à l’indifférence de certains de vos collègues. Calme-toi, ça va passer ! vous lance l’un d’eux. Vous vous y attendiez, car ce dernier est tout le temps en train de se plaindre et, de toute façon, vous n’avez rien à lui envier. Vous en parlez à d’autres avec qui vous partagez davantage d’affinités et quelques-uns de votre garde rapprochée lèvent les yeux au ciel lorsque vous leur partagez vos nouvelles idées. Quelques on sait bien fusent et tournent en dérision votre récente démarche. Bref, vous vous butez au cynisme de vos propres collègues.

Bien motivé néanmoins, vous arrivez en classe. Vous menez vos nouvelles expériences pédagogiques. Des changements important sont observables puisque désormais, vous centrez l’élève au sein de sa propre démarche pédagogique. Malheureusement, les élèves sont inconfortables. Ils manifestent leur agacement en vous faisant comprendre que vos nouvelles approches impliquent des lacunes importantes à leurs yeux :

  • Vous ne répondez plus à nos questions !
  • Vous n’expliquez plus la matière !
  • Vous n’enseignez plus !
  • C’est quoi qui est à étudier ?
  • Ça va trop vite !
  • Etc.

Vos convictions sont ébranlées. Pourtant, elles n’ont pas à l’être. Qu’espériez-vous ? Que vos élèves s’adaptent aussi rapidement ? Que le modèle directif auquel ils sont habitués depuis des lustres et dans lequel ils ont développé un certain confort soit remis en question ?

Les éteignoirs

Comme si cela n’était pas suffisant, vous ne vous aidez certainement pas. Vous vous nourrissez des contraintes organisationnelles de votre école pour justifier votre propre inertie ou votre incapacité à vous adapter en alimentant ce monologue interne malsain :

  • Je n’ai pas assez de temps de planification !
  • Les élèves n’avancent pas assez vite. Je n’arriverai pas à la fin de l’année en même temps que tout le monde !
  • Je dois préparer mes élèves à un examen du ministère !
  • Ce que j’ai appris au congrès ne colle pas à ma réalité organisationnelle, à celle de mes élèves.
  • Ce ne sont que des idées !
  • Le formateur est déconnecté de la réalité du terrain !
  • Etc.

L’attitude du conquérant

Il est normal que vous doutiez, mais vous devez persévérer dans vos choix ! Ce qui fait de l’enseignement une profession d’exception est sans aucun doute que ces professionnels ont cette faculté de prendre une idée et de l’appliquer dans différents contextes, et ce, quotidiennement. C’est à vous de donner un sens à ce qui a été abordé en congrès et ce que vous souhaitez importer dans votre pratique. Cessez de rechercher les solutions clés en main. Tous les milieux scolaires sont différents et il y a autant de réalités scolaires qu’il y a d’écoles. Le chainon manquant, c’est vous ! Vous êtes le facilitateur; la réussite d’une approche donnée, importée à votre milieu, dépend de votre capacité à l’adapter à la culture de votre milieu ! À vous de garder ces idées vivantes et leur donner un sens dans votre pratique.

Autrement dit, cessez de cautionner le nivèlement vers le bas ! En cédant à cette pression de la culture établie, vous empêcher les nouvelles initiatives de prendre le dessus et de rehausser l’enseignement, et par le fait même, l’apprentissage de vos élèves.

Évertuez-vous à conserver la même prédisposition mentale que celle que vous aviez en congrès. C’est avec cette attitude que votre pratique évoluera grâce à l’ouverture que vous démontrerez. Bien sûr, les éteignoirs continueront leur coups de gueule, mais lorsque vous réaliserez que vous leur accordez trop d’importance et même, trop de crédibilité, vous serez en mesure de passer outre ces êtres profondément anxieux. À défaut de pouvoir changer ces personnages, attardez-vous à ceux qui sont ouverts et disposés à s’améliorer. Un jour, lorsque ces éléments négatifs n’auront plus d’auditoire qui les valorise, leur énergie négative s’étiolera. Vous pourrez leur tendre la main.

Bref, persévérez et soyez patients. Si vous avez été piqué par cette mouche bienveillante du développement professionnel et que vous avez des idées plein la tête, on pourra certainement vous accuser d’être naïfs, mais c’est certainement grâce à cette naïveté que vous conservez cette capacité à vous émerveiller et à émerveiller vos élèves. Vous êtes porteurs de renouveau. Ne vous laissez pas éteindre et gardez le cap. Vainquez le blues du lundi suivant ! 

Bon retour en classe !

iPad en classe : fin de la lune de miel

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L’iPad et la pédagogie traditionnelle ne sont pas compatibles. Pour paraphraser Rabii Rammal, cette dernière est en retard sur ses propres outils et lorsqu’on y pense bien, cela est navrant : des humains visionnaires conçoivent des outils technologiques novateurs et avant-gardistes dont les usages dépassent largement ce pour quoi ils ont été conçus à la base. La créativité humaine, puissante comme elle est, transforme les outils et leur donne de nouveaux usages. Plusieurs domaines proposent des utilisations dérivées qui multiplient les potentialités d’innovation et qui rendent ces outils encore plus géniaux.

Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute l’éducation est occupée par les technopédagogies…Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles éducateurs résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Sur un ton plus sérieux, les technologies ont envahi toutes les sphères de la société, mais l’éducation continue de résister. Ce qui est plutôt aporétique, c’est certainement que ces acteurs du milieu scolaire qui rejettent les technologies dans leurs pratiques l’utilisent allègrement dans d’autres sphères de leur vie et en jouissent le temps venu : rendez-vous médicaux, déplacements internationaux ou locaux, divertissement, etc. Deux poids, deux mesures.

Les sempiternelles résistances

Toutes les raisons sont bonnes pour résister. Des chercheurs en éducation ont vilipendé l’outil puisque des recherches démontrent qu’il n’a aucun effet sur l’apprentissage. D’autres recherches démontrent le contraire, mais elles sont moins nombreuses donc la majorité l’emporte. Alea jacta est. Les philosophes s’en sont même mêlés et eux aussi, ils s’y opposent, car l’outil pervertit l’éducation et le genre humain. Le reste, on l’a entendu : l’iPad nuit à la vie sociale des jeunes, il émet des ondes nocives pour la santé humaine, il développe des dépendances, l’écran rétroéclairé modifie le sommeil des jeunes, il augmente les risques de taxage autour de l’école, il fidélise les élèves à des entreprises puissantes et peu scrupuleuses, il encourage la main-d’œuvre à bon marché, il augmente l’empreinte écologique, il encourage le consumérisme et l’obsolescence programmée, etc. La boite de pandore serait grande ouverte et l’humanité a basculé dedans. L’éducation a désormais versé dans la déchéance. On a déjà entendu ad nauseam ces prophètes de malheur, ces imposteurs tentant de se faire passer pour des éveilleurs de conscience agissant au nom de l’esprit critique (qu’ils peinent pourtant à faire émerger chez leurs propres élèves…).

Disons-le simplement : l’iPad à l’école dérange. Il a défoncé la porte pour permettre aux autres technologies d’atteindre la tour d’ivoire que l’école s’est bâtie depuis quelques siècles. Tous ces outils technologiques ont révélé au grand jour les difficultés d’adaptation et le manque de créativité de plusieurs enseignants encarcanés dans leur routine désuète. Fort heureusement, cela a également eu l’effet contraire chez un nombre grandissant d’enseignants qui s’émancipent pédagogiquement et qui sont en mesure de se réinventer. Le positif dans tout cela est certainement que s’il y a de plus en plus d’enseignants qui utilisent les technologies comme levier pédagogique à travers une réinvention de leur pratique professionnelle, il y a logiquement de moins en moins de résistants ! Voilà une excellente nouvelle !

L’iPad n’est qu’un exemple parmi tant d’autres outils à fort potentiel pédagogique qui sont écartés au profit d’outils didactiques traditionnels, une situation démontrant à quel point les mentalités de pédagogues évoluent lentement. Du moins, bien plus lentement que la société qui élabore des nouveaux outils à potentiel révolutionnaire !

Le Bras canadien

Pour en revenir à Rabii Rammal, l’utilisation pédagogique de l’iPad en classe se rapproche de l’allégorie du Bras canadien fabriqué pour se gratter le derrière. Il y a tellement d’usages novateurs possibles, pourquoi y importer son cahier d’exercices ? La réalité est que l’iPad en classe est sous-utilisé et mal intégré. Il est au centre d’un combat que l’enseignant mène contre sa propre nature, celle de l’agent-de-changement-qui-refuse-de-changer-lui-même. Réutiliser les mêmes approches pédagogiques avec un outil aussi puissant relève non seulement de la honte professionnelle, mais de la catastrophe pédagogique puisqu’en fin de compte, ce sont les élèves qui écopent.

Les iPad ont été intégrés dans les écoles de façon parfois trop hâtive: sans consultation, par imposition, en toute hâte et en prenant pour acquis que les enseignants prendraient en main leur propre formation continue. Or, la réalité est la suivante : les enseignants sont tannés de se faire imposer des outils didactiques, des programmes réformés et des grilles d’évaluation prédéterminées. Ils veulent être consultés et écoutés et surtout, avoir l’impression que leur opinion influence les décisions prises dans l’école. Eh oui, ils veulent ce que leurs élèves veulent ! En ce qui concerne la formation continue, elle était léthargique avant l’avènement des technologies. Comment a-t-on pu prétendre que soudainement, les enseignants envahiraient les médias sociaux, les librairies, les congrès et colloques ou les bancs d’université ? A-t-on trop misé sur l’attrait de la nouveauté ?

Pour une intégration durable

Une chose est certaine, après cinq ou six années de ventes records, les ventes de tablettes électroniques ont ralenti et je crois que la société en général est revenue sur terre après une belle histoire d’amour avec ces appareils. Cela laisse donc de la place à une exploitation pédagogique possiblement plus objective de la tablette. Pour y parvenir, voici quatre incontournables :

  • Utiliser l’iPad pour redéfinir ou modifier les pratiques pédagogiques : pas pour les recycler ou les faire perdurer. Le modèle SAMR devient, plus que jamais, une référence incontournable.
  • L’iPad doit offrir des perspectives interactives, non seulement avec son interface, mais avec le monde autour. Il doit offrir des perspectives de collaboration entre les élèves et des ponts avec la société.
  • Cesser d’attendre que les formations soient dispensées par l’école, pendant les journées pédagogiques ou sur le temps de travail conventionné. La formation continue est une responsabilité partagée autant par l’école que l’enseignant lui-même. N’hésitez pas à vous y impliquer hors des heures de cours ! Pas le temps ? Trouvez-en !
  • Créez. Encouragez vos élèves à faire de même. La co-création est une impétueuse compétence qui favorise l’apprentissage chez les élèves et qui leur donne les outils pour faire face aux attentes de leurs futurs employeurs.

Les écoles, pour leur part, ont la responsabilité morale, en offrant un tel outil à leurs enseignants et en imposant un tel achat à leurs élèves :

  • D’offrir des formations ponctuelles sur de nouvelles approches pédagogiques et de nouvelles applications de l’outil.
  • Non seulement d’élaborer un programme de citoyenneté numérique, mais de le rendre concret afin d’espérer observer que les comportements des élèves puissent s’élever à la hauteur du potentiel de l’outil qu’on place entre leurs mains.
  • De faciliter le réseautage professionnel entre les utilisateurs de la tablette. Il est inutile de continuer à jardiner autour d’un silo quand nos enseignants peuvent aller explorer les alentours pour s’inspirer des pratiques d’autres collègues à être importées dans leur classe. On rehausse ainsi les approches grâce à la collaboration.
  • Déployer des ressources locales en support aux utilisateurs à travers un programme de mentorat ou de conseil pédagogique adapté aux réalités de l’enseignant.

Il est toujours divertissant de lire ou d’écouter les enseignants qui disent que les tablettes n’ont pas leur place en classe. Dans le fond, ils ont tout à fait raison ! Les tablettes n’ont pas leur place en classe; elles ont la place qu’on leur fait, dans un contexte scolaire ou pédagogique donné. Il faut en finir avec la perception que l’outil, à lui seul, peut tout changer. Pour ceux qui ne l’ont pas compris, un outil fonctionne de concert avec celui qui l’utilise. Il amplifie les approches pédagogiques.

Plusieurs enseignants craignent que les outils technologiques finissent par les remplacer. Soyez sans crainte ! Rien ne remplace un bon enseignant qui est ouvert, en mouvement, qui s’adapte et qui est à l’avant-garde. Les technologies remplaceront les autres : ceux qui n’ont pas su se mettre à jour et qui ont dépensé leur énergie à maudire leur avènement au lieu de faire le nécessaire pour prendre le virage. Bref, par leurs comportements quotidiens, ils finiront par donner raison à leurs peurs.

Note : J’ai confondu volontairement les mots iPad et tablette électroniques. À mon humble avis, l’iPad demeure la tablette électronique la plus compatible avec le monde pédagogique. Ce texte n’est pas commandité par Apple.

Réplique d’un cahier à un enseignant

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Le texte suivant a été rédigé à l’invitation d’enseignants qui ont lu le texte Cher cahier d’exercices… et qui m’ont interrogé à savoir ce que répondrait le cahier. Avant de lire ces lignes, pour vous mettre en contexte, assurez-vous de lire le texte précédent. 

 

Cher enseignant,

Je comprends ton désarroi. Dans les faits, tu as beau me critiquer, mais tu attaques la créature que tu as toi-même engendrée ! En effet, je suis né de ton insécurité et de tes propres doutes face à cette belle profession que tu exerces.

Tu me trouves plate ? Ennuyeux ? Soit. Peut-être suis-je le reflet de ta propre performance ? Il y a plusieurs façons de rendre tes cours intéressants : pourquoi me choisis-tu comme outil de prédilection, sachant que les documents officiels du Ministère te donnent une complète latitude à cet égard ? Je suis un outil à deux dimensions et je fais ce que je peux avec ce que j’ai. Probablement que, comme toi, il me manque une dimension et que je manque de profondeur… Mais je t’envie, car toi, tu as accès à tous les possibles. J’aimerais avoir cette chance d’innover et d’évoluer, mais j’ai atteint mes limites. Toi, tu as ton imagination et ta curiosité. Les limites que tu rencontres sont celles que tu t’imposes.

En parlant de documents officiels du Ministère, je crois que tu me confonds trop souvent avec le Programme de formation et la Progression des apprentissages. Tu as déjà consulté ces documents ou tu te limites à ce que tu trouves dans mes pages ? Bref, c’est toi qui m’accordes autant d’importance.

Tu parles de créativité, tu parles de personnalisation. Je suis un livre ! Celui qui stimule la créativité et qui doit personnaliser son enseignement, c’est toi. Sans vouloir t’offenser, je dirais que tu manques de créativité à un point tel que tu paies quelqu’un d’autre pour avoir des idées que tu achètes sans vergogne, à gros prix, pour les réutiliser avec tes propres élèves! Je dis tu, mais en fait, ce qui rend le tout encore plus désolant, c’est que c’est ton école, ta commission scolaire et même les parents de tes élèves qui déboursent directement et qui font les frais de ton propre manque de créativité.

Le monopole de la connaissance, ce n’est pas moi qui l’ai perdu ! Et c’est toi qui crains l’invasion des technologies dans ta classe et qui te sent menacé. Moi, une fois imprimé, je fais ce que je peux avec ce que j’ai et lentement je constate mon obsolescence. Je me désole parfois de voir mes amis plus vieux toujours dans les sacs de tes élèves.

Dans le fond, je suis un objet de sécurité pour toi. Je suis une banque d’activité quand tu manques d’idées ou que tu es débordé avec les milliers d’autres tâches connexes qui se rajoutent quotidiennement. Je suis ta bouée de sauvetage et ton plan B : tu te sers de moi pour punir tes élèves, leur donner des devoirs, pour boucher du temps dans tes cours (ce même temps que tu crains manquer en fin d’année pour couvrir le Programme !), etc.

Moi, je suis né un livre et je finirai un jour au fond d’un bac de recyclage, mais toi, ta tâche est appelée à changer au gré des besoins sociaux. Et c’est ce qui fait la beauté de ta profession : rien n’est statique. Tu te lèves et tu ne peux te douter de ce qui t’attend. N’est-ce pas fantastique ? Moi, je suis là et j’attends patiemment qu’on m’ouvre, qu’on me lise ; je prends la poussière et je suis au service de l’humain. Toi, tu peux aller au-devant des autres, bouger, t’investir. Je suis un objet qui se définit par sa finitude. Hier, aujourd’hui et demain seront pareils pour moi. Toi, même si tu te refuses à le voir, tu es évolutif et tu changes tous les jours. Mieux, tu constates tous les jours que tu joues un rôle dans le changement chez tes élèves ; accepte toi aussi de changer ! Sois fier de ta profession et de ton apport à la société, Sois le modèle que tu es appelé à devenir. Au lieu de les craindre, inspire-toi des enseignants qui se sont émancipés des dogmes que le milieu de l’éducation vous impose et prends ton envol à ton tour. Sois le chainon manquant ; celui qui fera de l’école l’endroit où les élèves veulent être au lieu d’être celui qu’ils cherchent à fuir !

J’aimerais bien être polymorphe ou me réinventer. Je rêve de devenir un livre et de voir les écritures bouger, les dessins s’animer comme si nous étions dans un film d’Harry Potter. J’aimerais être plus interactif. Or, l’humain qui m’imagine a choisi de me prendre tel quel pour m’importer dans une tablette qui elle est interactive. Imagine… moi, statique, combiné à un support branché en permanence sur Internet offrant la possibilité de jouer à des jeux… Et on se demande après pourquoi il y a autant de distractions et d’écarts divers dans les classes branchées ! Dans les circonstances, non pas que je sois suicidaire, mais ne te gêne pas pour m’écarter de ta boite à outils didactique. Je comprends qu’il y a longtemps que j’aurais dû être relégué aux oubliettes. Mais n’oublie jamais que j’ai été élaboré par des enseignants et que je n’ai que l’importance qu’un autre enseignant me confère !

Pour terminer, tu as deux choix : soit qu’on se revoit au temple de la renommée de la nostalgie de l’école qui peine à se réinventer. Bien au chaud à mes côtés, il y aura une belle place qui t’attendra. Ou encore, tu te tailles une place dans l’imaginaire social de cette société grandement en manque de modèles pour sa jeunesse et que tu t’imbriques dans les souvenirs de tes élèves que tu auras marqué de façon indélébile.

Les tendances en éducation

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Voici ce qui se trouve au seuil de nos écoles, dans un avenir pas si lointain. Ce n’est plus une question de clairvoyance ou d’astrologie ! C’est là. Ouvrez la porte de votre classe, de votre école et explorez. Vous en viendrez aux mêmes conclusions !

La ludification

Ce que l’on appelle la ludification ou la gamification de l’apprentissage est l’emprunt de mécanismes habituellement utilisés dans les jeux pour faciliter l’apprentissage. Les élèves aiment jouer et ils aiment ce qui est sous-jacent au ludique. La ludification des apprentissages permet, entre autres, une saine compétition, autant contre les autres qu’envers soi-même. D’une part on peut se mesurer contre nos amis ou compagnons de classe et, d’autre part, on peut mesurer notre propre progression en tentant de faire mieux que précédemment. Il y a aussi, toujours à titre d’exemple, les cartes de progression. C’est, en quelque sorte, une cartographie de l’apprentissage où on doit passer par une étape avant d’en atteindre une autre.

Voilà une excellente façon d’offrir une rétroaction fréquente qui est, pour employer les mots de mon éminent collègue Claude Frenette, spécifique, utile et gentille ! Bien qu’elle soit souvent automatisée, au moins, cette rétroaction est présente à toutes les étapes. Elle donne une bonne idée comment l’élève doit réagir face à une difficulté. Certains questionnaires en ligne permettent de donner accès directement à une capsule vidéo explicative lorsqu’un élève répond de façon erronée à une question.

En somme, plaisir, aventure, rétroaction. Voilà ce qu’est la ludification des apprentissages. Des entreprises comme ChallengeU, Classcraft et Classdojo, pour ne nommer que celles-là, ont bien compris le principe et c’est certainement ce qui explique leur succès et leur popularité.
Les ateliers de fabrication numérique

Ces ateliers, communément appelés Makerspace, sont très populaires aux États-Unis. La situation traverse lentement la frontière et de plus en plus de ces ateliers s’implantent dans les écoles.

Et pour cause ! Grâce à une multitude d’outils, allant de la machine à coudre, au tournevis, en passant par la découpeuse laser et l’imprimante 3D, ces derniers offrent la possibilité aux élèves de donner une forme à leurs idées en passant du stade de l’imagination jusqu’à la réalisation. D’ailleurs, certains ateliers sont bien équipés pour permettre la diffusion de ces créations grâce à des outils multimédias de qualité : montage vidéo, création de musique, accès aux médias sociaux, etc.

Les ateliers de fabrication numérique sont de belles vitrines pour favoriser l’entrepreneuriat étudiant et pour favoriser l’émergence de la curiosité, de la créativité et de l’inventivité en pédagogie. Malgré le fait que, bien souvent, les outils utilisés par ces ateliers soient dispendieux, il n’en demeure pas moins que, comme l’explique Communautique, une référence en la matière au pays, investir dans un atelier de fabrication numérique est un investissement dans l’apprentissage expérientiel.

Pour de plus amples informations, je consigne notre démarche d’élaboration d’un atelier de fabrication numérique dans l’École branchée.

La réalité virtuelle

En parlant d’apprentissage expérientiel, il devient de plus en plus complexe et onéreux d’organiser des sorties pédagogiques pour permettre aux élèves de témoigner d’une réalité sociale, artistique, sportive ou autre. La réalité virtuelle se veut un spectaculaire compromis permettant aux élèves d’être immergés dans une telle réalité grâce à la technologie. Sous peu, les plus grands musées du monde sont sur le point d’être accessibles ! En une journée, l’élève pourra passer de la Place Saint-Pierre, au Louvre en passant par la grande muraille de Chine. Il pourra séjourner dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, témoigner du débarquement de Normandie ou de la bataille des Plaines d’Abraham. Bref, les élèves voyageront à peu de frais, en toute sécurité et dans des conditions contrôlées par le milieu scolaire.

Outre les voyages et les visites, les élèves pourront côtoyer des personnages historiques et assister aux grands discours de Kennedy, de Churchill, de De Gaulle ou de Lévesque.

Les yeux et les oreilles seront donc mobilisés dans une nouvelle expérience repoussant les limites de la virtualité.

Au-delà des sens qui seront sollicités d’une nouvelle façon, la réalité virtuelle permettra une meilleure collaboration entre les élèves, mais surtout, elle facilitera l’expérimentation, le prototypage et le design pédagogique alors que les élèves pourront interagir en 3D avec leur création.

Désormais, ce qui est impossible à réaliser dans le monde réel devient possible dans le monde virtuel !

Les cours à distance

De plus en plus de possibilités sont offertes pour les cours à distance. Le marché lucratif des cours d’été ou des cours d’appoint est en pleine émergence. Des écoles privées et des commissions scolaires ont investi temps et argent dans l’élaboration d’une offre en exploitant des plateformes pédagogiques comme ChallengeU. Pour l’instant, cette offre est destinée à leurs élèves ou à une clientèle d’élèves du secondaire qui s’y inscrive temporairement, le temps qu’ils suivent un cours d’appoint ou de reprise.

Cependant, au-delà de la mesure d’appui, la forme la plus extrême de la différenciation pédagogique, l’accélération pédagogique, deviendra naturellement de plus en plus demandée par les parents. Pour l’instant, les cours à distance sont réservés pour la formation aux adultes ou pour le postsecondaire. Cependant, il faudra s’attendre à ce que les possibilités offertes par l’instruction virtuelle lèvent le voile sur les besoins des élèves performants : accélérer leur parcours scolaire.

Idem pour les élèves qui éprouvent davantage de difficultés.

Bref, à quand une variété de parcours scolaires, calqués sur les réalités ou besoins des apprenants et non plus nécessairement sur leur âge chronologique ?

Pour bien saisir cette réalité, il faut comprendre que l’école n’est plus le lieu unique d’éducation d’un jeune et que l’enseignant ne détient plus le monopole des connaissances. Chaque année, de nouvelles avenues de formation émergent et de nouvelles reconnaissances sont offertes : diplômes, badges numériques, certifications, etc.

Tout est en place, autant en termes de besoins que de disponibilité des technologies. Il ne reste qu’à attendre un changement au niveau de la règlementation ministérielle.

Toutes ces tendances sont aux portes de nos institutions scolaires. La question n’est pas de savoir si cela touchera à l’éducation. La question est plutôt : quand ces tendances envahiront-elles nos classes ou nos écoles ?

C’est pour cette raison que l’attitude générale du système scolaire devra changer. Il nous faut être prévoyants, pour ne pas dire clairvoyants. En ce sens, la vision à long terme est la clé. Il faut cesser de subir les changements; il faut plutôt les initier. Comme je l’ai écrit souvent, il faut que l’école soit la figure de proue des changements sociaux. L’école actuelle mendie alors qu’elle doit faire preuve de leadership et prendre sa place dans les débats sociaux au lieu de prétendre que tout lui est acquis.

Bien sûr, en parallèle, il ne faut pas nier que des investissements massifs sont nécessaires pour embrasser ces tendances éducatives comme pour aider les clientèles en difficultés. L’éducation n’a pas à être l’éternel deuxième poste budgétaire du Gouvernement; elle doit en être la priorité, et ce, autant en termes de budget que d’énergies déployées.

Cher cahier d’exercices…

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Cher cahier d’activités,

Il y a longtemps que j’ai envie de t’écrire cette lettre. Pendant tout mon primaire et mon secondaire, nous avons eu une relation intime. Durant 11 ans, je t’ai trainé sur mon dos, toi, tes frères des autres matières ainsi que tes parents : les manuels. Neuf, tu sentais bon, mais tes parents poussiéreux, défraichis et déchirés, eux, sentaient mauvais.

En dépit de ta couverture éclatante, lorsqu’on te feuillette, c’est la déception. Des exercices… beaucoup d’exercices… juste des exercices! Tu as beau changer la forme, le contenu est le même. Des lignes à remplir, des dessins à faire, des liens à tracer, des encadrés à lire, des réponses à la fin, etc. C’est ça la pédagogie? Je sais que c’est ce que l’enseignant fait de toi en classe qui compte réellement, mais quand même, la compagnie qui t’a créé se vante que tu as été rédigé par des pédagogues. Je me mets à leur place. Il n’est pas si facile d’innover dans un cadre aussi rigide : entre deux couvertures, en deux dimensions, en gardant les couts au plus bas, etc. On dit qu’il ne faut jamais juger un livre par sa couverture. C’est vrai! Tu incarnes bien l’essence de ce proverbe!

Je t’ai toujours trouvé plate et ce qui est encore plus triste, c’est que je ne pouvais me séparer de toi. C’est dommage d’entretenir un lien si étroit quand on s’emmerde royalement avec son compagnon. Ce qui est encore pire, c’est que je devais multiplier cet ennui par cinq ou six, car c’est le nombre de tes confrères avec qui je devais interagir. Oui, interagir avec du papier… palpitant! Disons que c’était une relation à sens unique. Mais, en plus de vous trouver ennuyants, je devais vous trainer quotidiennement jusqu’à m’en arracher le dos. Bref, j’étais pris avec vous, vous m’ennuyiez et, en plus, j’étais obligé vous porter.

Tu sais, dans une relation, une des particularités est de permettre à l’autre d’évoluer en reconnaissant ses qualités et ses défauts. Avouons-le : tu es totalement impersonnel. Tu n’as aucunement contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. J’ai eu beau relier deux points entre deux réponses, colorier des cartes géographiques (je suis daltonien!), faire des translations, consigner mes réponses, lire des textes historiques sur des semblants de parchemins (supercherie!), comparer des graphiques ou des photos, etc. Je ne vois pas comment cela m’aide aujourd’hui dans ce que je suis, ce que je fais. Ce que j’ai retenu de mes années au primaire et au secondaire, ce sont les gens que j’ai côtoyés et les défis que j’ai surmontés. En parallèle, ce que j’ai retenu de toi, cher cahier d’activités, c’est que je hais être contraint et obligé de suivre un format prédéterminé pour apprendre. J’aime faire les choses à ma façon en pouvant compter sur un éducateur bienveillant qui me connait et qui m’encourage. Pourtant, j’aime lire et je griffonne dans tous les livres que je lis. C’est probablement grâce à toi, car cette fois-ci, j’ai du plaisir à le faire et je me sens libre!

Malgré tout, crois-le ou non, je suis devenu enseignant à mon tour. Je suis fier de te dire que je ne t’ai presque jamais utilisé, pas plus que tes parents, ces manuels poussiéreux. En fait, les seules fois que je t’ai utilisé, c’est lorsque j’avais peu de temps pour planifier de nouveaux cours ou lorsque j’étais en panne d’inspiration. Eh oui, l’inspiration… je créais mon propre matériel.

Tu n’as pas bien vieilli! Désormais, les tablettes ont pris d’assaut les classes. Comment as-tu réagi? Tu es devenu une nouvelle version de toi-même… tu es devenu numérique! Savais-tu que lorsque tu as été rédigé, tu étais un outil actuel? Mais dès que tu as été imprimé, tu es devenu désuet! Eh oui, les temps changent tellement vite de nos jours, bien plus vite que dans les années soixante. Désormais, le matériel qui te concurrence se met à jour par lui-même! C’est fort, non? Ou au pire, l’enseignant qui conçoit son matériel peut le mettre lui-même à jour ou le bonifier quand ça lui chante.

Tu représentes exactement ce qui ne fonctionne pas en éducation. Tu coutes cher et accapares une bonne partie des dépenses des écoles. Tu es imposé aux élèves. Fréquemment, ce ne sont même pas nos propres enseignants qui t’ont choisi; ce sont ceux qui sont partis ou c’est la tradition ou la culture organisationnelle qui t’a choisi. Tu nous rappelles assez clairement que les élèves ne contrôlent rien dans leur démarche scolaire. Ils n’ont même pas le choix de leurs outils et encore moins des contenus à apprendre!

Aujourd’hui, tu résistes. Je ne te blâme pas. Qui, lorsqu’il se trouve à l’article de la mort, ne tente pas un second souffle? Ce qui t’étouffe, c’est certainement d’avoir contribué à rendre l’éducation aussi… En fait, je rectifie : tu n’as pas contribué à rendre l’éducation d’une façon quelconque. Soyons honnêtes! Un cahier d’exercices n’a rien d’éducatif. Mais tu as contribué à rendre l’instruction terne. Je t’accuserais même de dénaturer l’apprentissage et de le décourager, car tous les aspects personnel, émotionnel et motivationnel y sont carrément absents. Je sais qu’on prête de fausses vertus aux technologies en éducation, mais je me rassure quand je constate qu’on t’en a prêté bien davantage, et ce, depuis des décennies!

Vois-tu, tu dois disparaitre. Encore trop d’élèves noircissent tes pages, mais la plupart du temps, ce ne sont pas de bonnes ou de mauvaises réponses, mais bien des graffitis d’ennui. En ce sens, oui, tu encourages bel et bien la créativité!

Vu que tu as peiné à évoluer, je vais te donner des indices sur ce qui se passe en classe et, surtout, sur ce qui risque fort de se passer dans les prochaines années :

  • Tout ce qu’on retrouve dans tes pages, on le retrouve dans Google et les élèves ont accès à ces données via leur téléphone intelligent ou leur tablette.
  • On essaie de travailler les compétences du 21e siècle. L’ouverture, la collaboration, la créativité, l’esprit critique. Tu ne nous aides pas. J’avoue que c’est difficile de travailler des compétences dans un cahier!
  • Imagine tes concurrents : ils offrent des plateformes où, bien souvent, des questionnaires sont créés par les enseignants attachés à leurs groupes et quand on répond de façon erronée, une fenêtre s’ouvre avec des explications supplémentaires, souvent sous forme de capsules vidéos. Aussi, selon les mauvaises réponses, une rétroaction automatisée est offerte pour aider l’apprenant!
  • Les exercices créés par un enseignant sont personnalisés pour un groupe en particulier et non pour la moitié de la population du Québec. Les technologies intégrées à la pédagogie permettent effectivement une certaine différenciation.
  • Désormais, et on retrouve ça de plus en plus souvent, la création de contenus pédagogiques n’est plus la prérogative de l’enseignant. Oui, les élèves créent des contenus aussi! Dans certains cas, ils créent même des évaluations!

C’est triste que tu ne sois qu’un livre, car j’aurais bien aimé te voir la face à la lecture de ces nouveautés! Je te laisse. Je dois partir. De concert avec des parents, des élèves, des directeurs et beaucoup d’enseignants, tous animés par le désir de voir l’éducation québécoise évoluer, je dois continuer à faire preuve de vision et de leadership pour inspirer d’autres éducateurs à changer leur posture professionnelle. Et, bien malheureusement, cela doit se faire sans toi. Je te rassure : tu auras toujours une place dans nos bibliothèques et tu pourras quand même nous donner des idées de questions ou simplement, par ton existence, nous montrer la voie à suivre dans le domaine des activités à ne pas faire ou des stratégies à ne pas employer.

En terminant, nous t’introniserons au temple de la renommée de la nostalgie de l’école qui peine à se réinventer. Tu seras un objet de curiosité pour les facultés d’éducation qui auront formé des enseignants curieux, confiants et conscients que leur rôle en éducation est davantage axé sur l’aspect relationnel, au moyen de l’influence positive des jeunes qui leur seront confiés, plutôt que sur la simple instruction et des savoirs livresques.

La saison des idées est lancée!

C’est la saison des idées qui a débuté cette semaine ! Dans le monde de la pédagogie de l’Est du pays, les congrès francophones d’impact débutent annuellement à Clair, au Nouveau-Brunswick pour se terminer à Montréal, au Sommet de l’iPad et du numérique en éducation. Au passage, des arrêts d’envergure sont prévus en mars à Québec. D’abord au REFER puis à l’AQUOPS.

Ces quatre congrès ont une chose en commun : changer les pratiques enseignantes grâce, entre autres, au numérique et au réseautage d’enseignants allumés. C’est là qu’on redéfinit les pratiques professionnelles et qu’on s’inspire d’autres collègues. Ce sont des moments privilégiés où on fait le plein d’idées et d’énergie, certes, mais surtout de confiance et d’estime de soi pour avoir l’audace de retourner dans sa propre classe pour changer les choses, et ce, bien souvent, envers et contre tous !

Comme je l’écrivais récemment, amenez un collègue à l’un de ces colloques et donnez-lui accès à ce réseau. C’est le meilleur service que vous pouvez lui faire et vous contribuerez à dynamiser votre école. Les élèves en seront gagnants. Sans compter que vous vous sentirez probablement moins seul par moment…

Renverser l’école

Cela dit, on a fréquemment entendu de classe inversée. Et si c’était l’école au grand complet que l’on renversait ? Il ne suffit que de revoir certaines préconceptions en éducation et de les exprimer en changeant de paradigme. Du moins, c’est l’idée que m’a donnée Mario Asselin dans son Pecha Kucha :

  • L’apprentissage se fait avec l’enseignant et non plus par l’enseignant;
  • L’apprentissage a priorité sur l’enseignement au sens où le fait de le faciliter détermine les approches pédagogiques à employer;
  • Les enseignants ne donnent pas les réponses; ils posent les questions;
  • Les technologies intégrées à la pédagogie sont un levier de changement et ne sont aucunement une quelconque servitude. Vous ne perdrez pas votre rôle central de pédagogue, car les TICE n’ont aucune portée sans la houlette bienveillante de l’enseignant. Le numérique est un complément et non un substitut (Jean-François Ceci);
  • Une communauté d’apprentissage, à travers les idées et expériences qu’elle recèle, peut être sondée indéfiniment, contrairement aux idées et expériences intrinsèques à l’individu, lesquelles sont limitées par le choix d’isolement que ce dernier fait;
  • La classe est simplement un lieu de rassemblement. Tout se qui gravite autour de ses murs se traduit en possibilités pédagogiques décuplées. Et cet autour, c’est évidemment à l’extérieur qu’il se trouve et c’est là que les élèves seront appelés à y évoluer.
  • Alors qu’éduquer veut permettre aux élèves de découvrir et de comprendre leur monde pour éventuellement démystifier le rôle qu’ils y joueront, l’isolement et le cloisonnement de l’acte d’enseignement actuel encouragent plutôt l’ignorance, la fermeture, et la méfiance.

Retourner à la planche à dessin

N’oublions pas que le monde scolaire semble principalement conçu pour en faciliter l’aspect organisationnel (conditions de travail, déroulement des cours, gestion disciplinaire, etc.). L’élève doit s’y retrouver si nous souhaitons qu’il s’y accomplisse et pour ce faire, il apparait évident que pédagogie et l’orgueil de l’entièreté d’un système d’éducation ne font pas bon ménage !

À nous de retourner à nos planches à dessin pour ainsi imaginer un système d’éducation contemporain, basé sur les enjeux de ce siècle-ci et non sur ceux de nos ancêtres.

Une grande semaine pour CADRE 21 !

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Nous y sommes. Presque quatre années auront été nécessaires pour mettre en branle ce projet d’envergure. Cette semaine, c’est le lancement officiel tant attendu de CADRE 21. Depuis le temps qu’on en parle

Pourquoi une telle excitation ? C’est très simple. C’est une annonce d’ampleur en éducation qui dépasse largement les frontières du Québec pour s’inscrire dans la francophonie. C’est une annonce positive qui amène un vent d’air frais dans une actualité qui, depuis quelques mois, relève malheureusement les ratés ou les frictions d’un système d’éducation qui se cherche. C’est une occasion unique pour le Québec de briller sur la scène mondiale, puisque CADRE 21 est un projet unique doté d’un potentiel de rayonnement mondial.

À quand remonte une telle initiative inclusive qui touche toutes les sphères du système d’éducation ? À quand le dernier moment où notre système d’éducation a démontré une telle envergure, une telle audace ? Voilà pourquoi je suis autant excité.

CADRE 21 propose exactement ce dont nous avons besoin en éducation en Occident :

  • Un lieu où les éducateurs peuvent se rassembler et s’assoir dans un contexte décontracté, favorisant les échanges et la réflexion. Il faut que ces derniers puissent réseauter, discuter, échanger et collaborer pour ultimement innover. Ce lieu est autant physique que virtuel.
  • Une initiative décloisonnée qui rassemble tous les ordres d’éducation privée comme publique, primaire comme universitaires, en Amérique du Nord comme en Afrique. C’est également une superbe occasion de discuter d’arrimage entre ces mêmes ordres d’enseignement pour établir un réel plan d’action permettant à l’élève d’évoluer dans un système d’éducation qui se parle et qui se concilie.
  • Une initiative apolitique, centrée directement sur les idéaux en éducation, sans les intérêts personnels qui animent trop souvent les préoccupations les individus.
  • Une pléthore d’occasions de développement professionnel et de formation continue.
  • Un point de rencontre entre les chercheurs et les praticiens de l’éducation à travers la francophonie.
  • Un laboratoire mettant au profit des activités de formation, diverses technologies permettant une communication directe avec tous ceux qui innovent en éducation, peu importe où ils se trouvent sur la surface de la planète.
  • Une occasion unique de valorisation de la profession enseignante à travers un système de badges numériques.

Mais surtout, ce que CADRE 21 instillera à l’éducation québécoise, c’est une attitude de gagnant, une réelle ambition et une vision axée sur le 21e siècle : trois éléments manquants pour lui permettre de rayonner et prendre son envol. À partir du moment où le ruban d’inauguration sera coupé, soit le jeudi 21 janvier 2016, l’éducation francophone ne sera plus jamais la même. À partir de ce moment, elle s’inscrit dans la contemporanéité en quittant résolument le 20e siècle.

Bref, l’éducation québécoise a les moyens de briller de tous ses feux et d’entrainer la francophonie mondiale dans son sillon. Tous les éducateurs québécois ont cette chance de participer aux activités qui seront organisées par CADRE 21 dans les prochaines années.

Ne ratez pas les portes ouvertes qui ont lieu du 1er au 4 février. Pour de plus amples d’informations, consultez le site web de CADRE 21 et gardez un œil sur le mot-clic #cadre21.

«Ça coute cher une imprimante 3D !»

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Vous avez probablement entendu parler que je participe à l’élaboration d’un atelier de fabrication numérique au Collège Beaubois. En plus d’avoir le sentiment de participer à une incroyable épopée pédagogique, j’ai le plaisir de travailler avec des gens fantastiques issus de divers milieux professionnels. On se bombarde mutuellement d’idées novatrices et cela nourrit l’ambition de notre projet.

Cela dit, lors d’une discussion avec Jean-François Niaison, ancien du Collège et président de SolidXperts inc., une entreprise qui se spécialise dans les technologies 3D, nous discutions des différents modèles d’imprimante 3D disponibles sur le marché. Je lui posais les questions habituelles d’un néophyte, notamment en ce qui concerne les prix :

  • Combien coute une imprimante 3D ?
  • Qu’est ce que le modèle bas de gamme a de moins que le modèle suivant et qui coute deux fois le prix ?
  • Quel est le cout des recharges de plastique ?
  • Quel est le cout des objets fabriqués (plastique, amortissement, entretien, etc.) ?

Ma réaction fut automatique et rapide : wow, c’est vraiment cher tout ça !

Un clivage

Sa réponse m’a fait comprendre qu’il existe véritablement un important clivage de culture entre le milieu entrepreneurial et celui de l’éducation…

Il m’a répondu, avec toute la patience du monde :

Non, ce n’est pas cher. Auparavant, les entreprises devaient développer un moule, le mettre à l’épreuve et développer un prototype, pour ensuite refaire d’autres moules jusqu’à la version finale. Cela était très long et coutait une fortune aux entreprises. Désormais, le dessin 3D (par exemple SolidWorks) jumelé à l’impression 3D permet de raccourcir le processus et de sauver beaucoup d’argent.

Cela implique que les entreprises épargnent d’importantes sommes en ressources matérielles et financières, mais aussi en main d’œuvre et en temps. Un investissement d’une dizaine de milliers de dollars permet d’épargner quelques centaines de milliers de dollars. L’équation est facile à faire et le choix aussi ! Du moins, pour les entreprises !

Ce petit dialogue m’aura permis de comprendre bien des choses.

Dans le monde de l’éducation, c’est le contraire. Se doter de tels outils est une dépense. Point à la ligne. Il n’y a aucun gain pécuniaire à prévoir. On voit tout de suite les deux réalités qui s’affrontent !

Dans notre milieu de l’éducation, où l’approche comptable a fini par induire une rareté des ressources, autant humaines que matérielles, cela laisse peu d’espace à l’instauration d’espaces de type d’ateliers de fabrication. Pourtant, en juin 2015, un rapport de NMC Horizon, cité en clôture du congrès américain de l’ISTE, indiquait que dans un proche avenir, soit d’ici environ un an, les ateliers de fabrication numérique (Makerspaces) deviendraient monnaie courante dans les milieux scolaires américains.

Ma réaction face à ces couts démontre bien le malaise de l’école québécoise à se doter de divers outils technologiques. Dans le fond, ce que nous faisons est de rendre des outils de pointe au service de l’élève pour leur permettre essentiellement trois choses :

  • Apprendre à utiliser des outils technologiques qu’ils risquent fort de devoir réutiliser au cégep, à l’université ou sur le marché du travail. Cela donne un avantage aux élèves sur ceux qui n’auront jamais pu le faire.
  • Sortir du théorique pour aller dans le concret et apprendre en ayant les deux mains à la pâte.
  • Réactiver cette roue qui a trop longtemps été à l’arrêt en éducation : curiosité-créativité-inventivité-entrepreneuriat-diffusion et mise en valeur. Le tout, en réalisant que l’apprentissage se réalise bien souvent à l’extérieur des manuels ou d’un TNI !

Bref, nous contribuons à la démocratisation de ces outils en les rendant accessibles à nos élèves.

Au-delà de la logique comptable

Bien évidemment, il est important de bien planifier les dépenses d’une école et je n’encourage personne à dilapider ses ressources financières. Mon estimé collègue enseignant s’est d’ailleurs penché sur le sujet. Mais, dans le fond, on ne pourra probablement jamais entrer en compétition avec les entreprises au niveau de la technologie. Du moins, pas tant et aussi longtemps que le système éducatif sera autant dépourvu d’ambition et de vision. Pour eux, c’est une condition de survie et de compétitivité alors que, pour nous en éducation, c’est le premier élément qui prend le bord lorsqu’il est question de faire arriver la colonne des revenus avec celle des dépenses. Je sais que la pensée entrepreneuriale en fait frémir plusieurs en éducation, mais je crois qu’il y a des éléments que nous pouvons importer dans le paradigme de l’école québécoise.

Et si c’était la même chose en éducation et que c’était une question de survie ? Que les ateliers de fabrication numérique étaient des façons de diminuer le décrochage des élèves et des garçons en particulier ? Et si c’était une façon d’intéresser les filles à l’ingénierie ? Et si c’était une occasion d’établir des liens entre les écoles, des partenariats avec diverses entreprises ? Et si c’était un pont entre les générations (j’y reviendrai dans un billet ultérieurement) ? Et si ça donnait le gout aux élèves de se lever le matin pour venir à l’école afin de prendre part à un grand projet transversal et multidisciplinaire ? Quand on y pense, l’école de demain est résolument aujourd’hui et l’éducation est définitivement un service qui n’a de valeur qu’en termes qualitatifs.

Investir dans un atelier de fabrication numérique est un investissement dans l’apprentissage expérientiel. C’est donner la chance (car oui, pour l’instant, c’est malheureusement une chance…) de redéfinir le rapport que les élèves entretiennent avec leur propre environnement. Dans les prochaines années, ces ateliers seront présents dans les écoles tout comme les portables, tablettes, TNI et autres technologies le sont aujourd’hui. Il serait triste qu’ils soient légion aux États-Unis et au Canada anglais et, qu’encore une fois, le Québec traine de l’arrière à cet égard…

Un défi lancé aux enseignants branchés

Twitter et Facebook sont de magnifiques outils de développement professionnel pour les enseignants. Le problème est que la majorité de ceux qui fréquentent ces espaces virtuels est déjà convaincue de la qualité des échanges que l’on y retrouve.

De plus, la saison des colloques et congrès technopédagogiques s’amorcera sous peu au Québec avec Clair2016, le REFER, l’AQUOPS et le Sommet de l’iPad et du numérique en éducation. Encore une fois, ces événements sont des lieux souvent fréquentés par les mêmes personnes déjà convaincues de la pertinence de ces rassemblements formateurs.

Bien évidemment, les espaces virtuels comme réels doivent demeurer fréquentés par ces enseignants à la recherche de formation continue. Là n’est pas la question.

Ce qui est grandement souhaitable est que de plus en plus de nouveaux visages se greffent aux visages familiers pour prendre leur place dans le réseau des enseignants branchés. Bref, il faut sortir de nouveaux enseignants de leur classe pour qu’ils aillent à la découverte de nouvelles idées.

Le défi est fort simple:

Amenez un nouvel enseignant à l’un des congrès que vous fréquentez et introduisez-le à votre réseau et aux gens allumés qui le constituent.

Aussi, introduisez dix enseignants à votre réseau virtuel via Twitter ou les pages Facebook que vous fréquentez. Voyez à l’alimenter et assurez-vous qu’il y trouve son compte.

Parce que les mentalités enseignantes se changeront  un enseignant à la fois, il est de la responsabilité de ceux qui sont déjà actifs dans leur propre processus de formation continue d’agir en tant que mentor à cet égard, probablement comme d’autres l’ont fait pour eux par le passé.

Vous êtes un agent de changement dans votre milieu? Vous êtes un agent de contamination positive et vous exercez un effet multiplicateur dans votre réseau? Il est temps de passer à l’action en incitant concrètement vos collègues à suivre vos pas pour mieux se lancer de façon autonome par la suite.

Vous relevez le défi?

 

 

 

 

From STEM to STEAM to STHEAMP

A makerspace can easily be designed in any school environment since it has the advantage to be fully flexible and designable to fit any school culture based on student needs. Many makerspaces are located in corporations, plants or different business environments. When it comes to education, makerspaces design must come with one thing in mind: pedagogy. How can it transform student’s learning?

From STEM…

This well-known acronym places Sciences, Technology, Engineering and Mathematics at the center of teaching strategies. It focuses on the importance of developing knowledge and competency in a scientific point of view to explain everyday realities.

… to STEAM…

Interpreting reality with a STEM approach does have its virtues, but it also has its limits. With the need to integrate more creativity into teaching approaches or into learning processes, STEM can become STEAM by adding an artistic dimension to the academic system. Indeed, Arts is a necessary adjunct to STEM because it allows widening the windows of possibilities by varying approaches to solve a problem. Curiosity leads to creativity, which, eventually, leads to innovation.

…to STHEAMP !

As mentioned earlier, Arts is now the canvas of an educational approach based on Sciences, Technology, Engineering and Mathematics. Therefore, two major domains are missing from the equation. First, Humanities are naturally counterbalancing STEM by focusing on different problems and seeking different solutions. Yes, building or making implicates a scientific method but Humanities do have their place when it comes to communication, marketing and entrepreneurship. They offer the ideal setting to understand the culture in which an idea is born and the perspectives of becoming an actual project.

Secondly, Pedagogy is the very first thing to have in mind when designing a makerspace in a school. The idea is to make sure the students are active learners and they have their heads and hands contributing to the task. From STEM, to STEAM, to STHEAMP, a makerspace in a school must be designed with an open pedagogy to benefit multiple learning profiles. The rest will follow.

 

 

Huit étapes pour innover en éducation

Innovation

Si nous prenons pour acquis le postulat que chaque génération d’enseignant est en retard sur la génération d’élèves à laquelle il enseigne et que ce retard s’est accentué grâce à différentes fractures générationnelles, la nécessité d’innover en éducation devient incontournable.

Le Conseil supérieur de l’éducation du Québec définit l’innovation en éducation de la façon suivante :

Un processus délibéré de transformation des pratiques par l’introduction d’une nouveauté curriculaire, pédagogique ou organisationnelle qui fait l’objet d’une dissémination et qui vise l’amélioration durable de la réussite éducative des élèves ou des étudiants.

L’innovation en éducation implique donc de rassembler les concepts de nouveauté, d’amélioration et de durabilité. Ainsi, dans un contexte quotidien, comment les acteurs du monde de l’éducation, quels qu’ils soient, comptent-ils innover dans leurs pratiques ?

On dit qu’une bonne idée se mesure à sa capacité à être réalisée. Ainsi, comme pour n’importe quoi, et ce, malgré le chaos associé à l’émergence de la créativité, l’innovation en éducation, ça se planifie. Quel est donc le rôle de l’enseignant et quel est celui de la direction d’école ? Voici les huit étapes pour voir l’innovation pédagogique envahir la classe.

 

Étape 1 : une idée

 Enseignant

Tout part de la créativité. L’enseignant connait les besoins des élèves et connait ses forces. Il sait ce qu’il peut tenter et à quel besoin cela répondra. Bref, qu’est-ce qui doit être amélioré dans sa démarche d’enseignement ? Et ces idées s’établissent dans le respect de la personnalité de celui qui les émet, mais aussi dans le respect de la clientèle étudiante à laquelle elle s’adresse. Certes, il faut rêver grand dans un monde de possibilités illimitées, mais surtout, pour que l’idée soit bonne, elle doit être réalisable.

Direction d’école

Le rôle de la direction d’école est double. Dans un premier temps, il est de créer un climat propice à l’émergence d’idées novatrices dans le milieu. Et par la suite, elle doit les supporter et contribuer à les rendre réalisables dans le contexte scolaire, en fonction du projet éducatif de l’école.

 

Étape 2 : le contexte

Enseignant

La démarche réflexive et les étapes de conception amènent invariablement des questions : pourquoi innover ? Quelle situation l’enseignant souhaite-t-il changer ? Pourquoi ? Est-ce réellement nouveau ce qui est proposé ou est-ce un recyclage de pratiques ? Quels sont les effets à prévoir sur l’apprentissage des élèves ? Quelles sont les ressources dont l’école dispose pour ce faire ? Existe-t-il une compatibilité entre l’idée et le contexte scolaire, social et économique dans lequel l’école est placée ? Quels sont les outils dont je dispose ?

Direction d’école

Est-ce que le projet est viable ? L’école a-t-elle toutes les ressources pour soutenir l’innovation en question ? Si oui, qui mobiliser et comment. Sinon, où trouver les ressources ? Aussi, est-ce en lien avec le projet éducatif de l’école et ses orientations stratégiques ?

 

Étape 3 : la collaboration

Enseignant

Il est difficile d’innover seul en éducation. L’apport de l’autre a un effet rehaussant et permet de parfaire l’idée originale et lui permettre d’avoir une meilleure vie utile. Parfois, l’effervescence de l’enseignant novateur l’aveugle et il est bon qu’un estimé collègue puisse relativiser les choses.

Également, l’effet mobilisateur de la collaboration enseignante permet la création ou le maintien d’une culture d’entraide au sein des intervenants de l’école.

Direction d’école

Déjà collaborateur de première instance, la direction facilite les nouvelles collaborations entre les enseignants afin de permettre à un maximum de professionnels de contribuer pour améliorer l’idée, prendre part à l’innovation et pour bénéficier des retombées ultérieures.

 

Étape 4 : l’implantation

Enseignant

C’est la phase de pilotage. Comment cette idée novatrice se porte-t-elle au contact du monde réel ? Est-ce que les promesses et potentialités sont réalisées ? Comment réagissent les élèves ? Les parents ? Les collègues enseignants ? Quels sont les ajustements à apporter ?

Direction d’école

Que peut-elle faire pour faciliter cette implantation ? Il est ici question de mettre en œuvre tout le support pour rendre cette implantation simple et agréable en demeurant à l’affut des écueils possibles. Le rôle principal à cette étape en est un de soutien.

 

Étape 5 : l’évaluation

Enseignant

Au bilan, il faut se poser les vraies questions : quelle lecture faites-vous de votre expérimentation ? Qu’est-ce qui a bien fonctionné ? Qu’est-ce qui doit être amélioré ? Comme dans l’étape 3, où la collaboration a joué un rôle important dans la conception, il y a lieu de collaborer encore lorsqu’il est question d’évaluer le succès de l’innovation en éducation.

Direction d’école

Dans cette activité de remue-méninge, la direction peut y jouer un rôle important, car elle a observé les différentes étapes d’implantation et elle a, habituellement, une vision globale dans laquelle l’idée a muté depuis sa conception pour devenir une innovation pédagogique.

 

Étape 6 : la communication et la diffusion

Enseignant

Une fois que l’enseignant a obtenu les résultats souhaités, à la suite de maints ajustements, il est important de partager les réussites. D’autres enseignants pourront bénéficier de ce partage d’expérience, car ils pourront importer ces idées dans leur pratique en les adaptant à leur clientèle estudiantine. Une bonne idée doit être partagée afin qu’elle touche un maximum d’élèves.

D’où l’importance du réseautage, du partage et de la communauté d’apprentissage professionnel. L’effet multiplication doit être initié et une bonne idée doit avoir l’effet d’une contagion positive sur l’entourage immédiat ou élargi de l’enseignant.

Direction d’école

Il s’agit d’un important rôle de mise en valeur. Il utilise ses contacts dans les autres milieux scolaires pour permettre à l’enseignant d’aller à la rencontre de nouveaux collègues dans d’autres écoles pour propager les bonnes idées. La direction comprend que cette démarche de diffusion a des retombées positives sur toute l’école en termes de crédibilité et de rayonnement.

 

Étape 7 : Veiller à la pérennité

Enseignant

Comment faire survivre l’innovation afin qu’elle soit durable et qu’elle vieillisse bien à travers le temps ? Comment la rendre flexible et adaptée aux nouvelles réalités du milieu scolaire ?

Direction d’école

Grâce à sa vision tournée vers l’avenir, la direction d’école devrait être en mesure de voir venir les nouveautés et les changements à l’horizon. Elle est donc en mesure d’en informer les membres du personnel pour les aider à se préparer face aux éventuels déterminants des nouvelles réalités scolaires à venir.

 

Étape 8 : récidiver

Enseignant

Une fois que toutes les étapes ont été réalisées, comment récidiver avec une autre idée novatrice ? Le principe est de révolutionner sa pratique et lorsque toutes ces idées ont un effet évident sur l’apprentissage des élèves et le climat de classe, il est temps de se poser à nouveau la question : comment puis-je faire mieux ? L’innovation en éducation est un processus sans fin.

Direction d’école

Son rôle est semblable à celui de la première étape, mais cette fois-ci, elle doit défier l’enseignant de poursuivre dans sa voie novatrice et s’assurer qu’elle maintient cette ardeur à faire de sa pratique, une pratique en ébullition !

Seize questions que chaque éducateur doit se poser

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Toujours dans l’esprit du partage de ressources, de la curation de contenus et de la libre circulation des idées


novatrices, voici la traduction et l’adaptation d’un autre texte de Justin Tarte avec quelques ajouts de mon cru :

  1. Selon vous, quel pourcentage de vos élèves est mobilisé, motivé et engagé cognitivement pendant le déroulement de vos cours ?
  2. À quelle fréquence vos élèves peuvent-ils être moindrement actifs physiquement dans votre classe pour activer leur circulation sanguine ?
  3. À quelle fréquence vos élèves sont-ils en mesure de travailler en collaboration dans diverses tâches signifiantes ?
  4. À quand remontre la dernière lecture d’un livre lié à votre profession ?
  5. En imaginant la classe parfaite, quelles sont les trois principales caractéristiques qui vous viennent en tête ?
  6. Jusqu’à quel niveau êtes-vous confiant que vos élèves sont en mesure de déterminer avec précision ce qu’ils réussissent bien et où ils ont des difficultés dans votre cours ? Croyez-vous avoir la même lecture de la situation ?
  7. En présumant que votre cours est enregistré en totalité, quelle voix entendrions-nous le plus fréquemment ? Celle des élèves ou la vôtre ?
  8. Si on abolissait les notes, croyez-vous que les élèves s’engageraient activement dans les activités que vous proposez ?
  9. Seriez-vous à l’aise qu’un collègue enseignant issu d’une autre école vienne visiter votre classe pour vous observer en action ? Comment accueilleriez-vous sa rétroaction ? Comment décrirait-il le déroulement de la classe ?
  10. Si vous étiez directeur d’école pendant une semaine, lorsque vous parcourriez votre école, qu’aimeriez-vous voir dans les classes ?
  11. Quel est le ratio de consommation d’idées et de création de contenus chez vos élèves dans vos classes ?
  12. Si vous étiez un élève, aimeriez-vous être dans votre propre classe ?
  13. Enseigneriez-vous à vos propres enfants sans crainte d’être jugés négativement par ces derniers ou par leurs amis ?
  14. Tolèreriez-vous que votre médecin n’ait suivi aucune formation continue depuis 15 ou 20 ans ?
  15. Quels sont les défis que vous fixez à vos élèves ? Quels sont ceux que vous vous fixez ? Les vôtres sont-ils aussi ambitieux ?
  16. Si vos élèves n’étaient obligés d’assister à vos cours, quelle serait la proportion d’élèves présents ?

Question bonus : Avez-vous la ferme conviction que vous contribuez à préparer vos élèves pour ce que l’avenir leur réserve ?

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Texte original (questions 1 à 11) : http://www.justintarte.com/2015/02/10-questions-every-educator-should.html?m=1

Auteur original : Justin Tarte

Infographie : Gracieuseté de l’École branchée

 

Deux mythes tenaces en enseignement de l’histoire

J’ai l’occasion de rencontrer plusieurs enseignants québécois dans une année scolaire et d’échanger sur leurs pratiques enseignantes. J’ai longtemps hésité avant de publier un tel billet de blogue, mais il semble qu’il soit plus que temps de briser deux mythes dans l’enseignement de l’histoire.

Pour commencer, vu que la notion d’identité a toujours été centrale à l’étude de l’histoire, abordons la question de l’identité professionnelle. Un enseignant est un professionnel ayant détenant un brevet d’enseignement délivré suite à des études universitaires en enseignement du primaire ou du secondaire. Il est donc autonome et en mesure d’exercer un jugement sur lequel s’appuie tout un processus décisionnel. Il est un pédagogue, donc un stratège, un tacticien et un catalyseur d’opportunités au service de l’apprentissage de l’élève. De plus, au niveau de l’importance de l’histoire dans le curriculum scolaire, je la résumerais en ces quelques points :

  1. Mettre l’accent sur les interactions sociales de l’humanité en créant un équilibre certain dans la formation générale avec les sciences et les mathématiques ;
  2. Permettre la consolidation de l’appartenance de l’élève à sa société et sa culture;
  3. Faciliter la construction de la conscience tridimensionnelle de l’élève (éthique, temps et espace);
  4. Rendre possible la compréhension d’enjeux sociaux contemporains grâce au développement d’un esprit critique.

Cela étant dit, voici deux mythes qu’il est impératif de déboulonner pour enseigner la plus belle discipline d’un curriculum scolaire (je sais, j’ai un parti pris !) :

Mythe 1 : Je suis un conteur

Non. Vous n’êtes pas un conteur. Vous êtes un enseignant. Des conteurs, vous en engagez une fois à l’occasion; des comédiens viennent dans vos classes déguisés en Samuel de Champlain, en Jacques Cartier ou en patriotes. Vous avez beau tenter de me convaincre que vos élèves aiment que je leur raconte des histoires, ce n’est pas votre travail. La narration fait indéniablement partie de votre travail, mais elle n’en est pas l’unique attribut.

De plus, il est faux de prétendre que vous rendez la matière vivante lorsque vous la racontez. Il n’y a rien de vivant à raconter une histoire pendant soixante ou soixante-quinze minutes ! Vos élèves sont passifs et vous les gavez d’histoires qu’ils apprécient surement dans le moment présent. Cependant, vous devez activer leur devoir de mémoire et il est de votre responsabilité de trouver des façons d’assurer un apprentissage durable chez ces derniers afin qu’ils puissent comprendre les réalités sociales dans lesquelles ils seront plongés de façon permanente dans quelques années.

Je vous suggère plutôt de laisser vos élèves raconter ces histoires. Vous devez démocratiser les savoirs et les concepts qu’ils doivent apprendre à les manipuler et à les réinvestir dans des situations issues de la vie réelle. Vous n’avez pas à porter tout le poids de cette narration. Bien au contraire, déléguez-la aux élèves. Laissez-les créer ces petites bulles narratives que vous pourrez relier entre elles pour en faire un grand chapelet de narrations. Elles seront signifiantes, car elles seront nées d’échanges, de collaborations, de recherches et de débats. N’est-ce pas là l’essence de l’enseignement de l’histoire?

Enfin, variez les méthodes et les formes narratives. Les TIC sont là pour vous. La mise en récit numérique (digital storytelling) est une pratique très commune aux États-Unis et au Canada. Par exemple, les élèves peuvent créer des baladodiffusions, des capsules sur Youtube ou des photoreportages sur Instagram ou Phonto. Ils peuvent également créer une bande dessinée, des sketchnotes, des touchcasts ou des clips en stop-motion.

En vous prétendant fièrement un conteur, vous projetez une image réductrice de votre profession et aussi de votre matière. Vous êtes certainement divertissant puisque vous offrez un bon spectacle, mais vous ne contribuez aucunement à inculquer une méthode historique et à développer un esprit critique chez vos élèves. Je tenais à ce que vous le sachiez.

Mythe 2 : J’ai un examen du ministère

Je sais pertinemment qu’il s’agit d’un stress supplémentaire. Vous êtes pris entre un programme chargé et un temps limité pour passer la matière. Vous vous sentez pressé et lorsqu’on est pressé, l’enseignement directif apparait comme la seule approche pédagogique efficace. Justement, il ne faut pas passer la matière. Le lien avec l’élève doit avoir préséance sur la matière. N’est-ce pas le propre d’une science dite humaine ? La matière que vous enseignez est trop importante pour être passée, pour être garrochée.

Le principal problème de l’école actuelle est que l’élève n’a aucune prise sur sa propre démarche d’apprentissage, car l’enseignant contrôle le temps, l’espace ainsi que les contenus à apprendre. Pourquoi ne pas permettre à l’élève d’assumer un réel rôle dans ses apprentissages ? Les recherches de John Hattie démontrent qu’il existe plusieurs déterminants essentiels pour faciliter l’apprentissage chez les élèves et donner pleine valeur à l’effet enseignant : pendant que vous racontez la matière que vous passez, il vous est impossible de créer des opportunités de rétroaction ou de voir à créer un lien de qualité avec chacun de vos élèves. Oui, donner une rétroaction spécifique, gentille et utile, pour reprendre les mots de Ewan McIntosh, est incontournable pour permettre de permettre aux élèves de réaliser des apprentissages. Idem pour la qualité de la relation maître-élève.

Je me permets de suggérer de réaménager votre planification pour permettre aux élèves de débattre en confrontant leurs perceptions de diverses réalités sociales ou divers évènements historiques. Permettez l’émergence de débats historiographiques au sein de vos classes. Démontrez à vos élèves comment ils tombent aisément dans des jugements ethnocentriques ou comment leur argumentaire est essentiellement subjectif, voire émotif.

L’histoire et les sciences humaines en général sont les seules matières qui s’emploient à prévenir les schismes dans les façons dont nous pouvons concevoir le monde. Aucune autre matière scolaire ne peut avoir cette prétention. Conséquemment, il faut que nos approches pédagogiques démontrent comment l’univers social est incontournable dans les grilles-matières et ce n’est pas en racontant des histoires ou en passant une matière que nous y parviendrons !

Peut-être…

À travers le temps, ces mythes sont devenus des dogmes pédagogiques. Il est presque tabou de remettre en question les façons d’enseigner l’histoire. Peut-être êtes-vous fâché suite à la lecture de ce billet. Ce n’est pas mon intention quoique je souhaite vous déstabiliser ou vous déranger pour vous forcer à réfléchir. Vous êtes bien plus qu’un simple conteur ou qu’un vulgaire passeur de matière.

Peut-être trouvez-vous ce billet déconnecté de la réalité. Peut-être l’est-il de votre réalité. Ne croyez-vous pas qu’il soit temps de changer votre façon d’aborder votre rôle dans l’éducation de vos élèves ? Vous croyez possiblement qu’il soit impossible d’appliquer ces suggestions dans votre contexte. Dans ce cas, changez le contexte ! Il ne faut pas oublier que les pratiques professionnelles évoluent et qu’elles ne demeurent jamais inertes ou statiques. On ne peut tenir pour acquis que la façon dont nous enseignons un jour sera employée tout au long de notre carrière.

La manufacture de l’éducation III

Partie 3 : La fabrique d’automates

Lire la seconde partie, En finir avec le grand psychodrame de l’éducation

J’ai lu, il y a quelques années, un article qui a complètement changé ma vision de l’éducation. J’ai rapidement compris que je fabriquais des automates, car j’instruisais bien plus que j’éduquais ! En fait, j’ai réalisé qu’en éducation, les élèves n’ont aucun contrôle ; ils ne contrôlent ni le temps, ni l’espace, ni le contenu, ni les comportements. Ils sont là, ils font du temps et ils font ce qui leur est imposé.

Déjà en 1969, Alain Beaudot dénonçait l’école de l’imitation, du silence et du conformisme. Près d’un demi-siècle plus tard, le constat est accablant : les choses ont bien peu changé !

Pourtant, l’école n’est pas une manufacture. C’est un lieu à cheval entre l’art et la science. La science a son rôle à jouer et il est incontournable. Il valide et surtout, il diffuse. La recherche en éducation, c’est un phare qui éclaire les pratiques enseignantes. De façon complémentaire, la créativité valorise la divergence et la délinquance pédagogique et elle amène de la couleur et de la diversité à l’éducation. Elle n’est pas une excentricité quelconque, mais bien le catalyseur d’idées et le désir de les voir prendre forme dans une démarche scolaire. La recherche et la créativité sont liées. Les chercheurs sont des individus créatifs et curieux. Le problème est qu’au lieu de transmettre cette même créativité et curiosité à la base de leurs recherches, ils cherchent trop souvent à imposer des vérités, des dogmes. Comme je l’écrivais dans la première partie de cette trilogie, la dernière chose dont nous avons besoin en éducation, c’est de nouveaux dogmes. L’éducation doit faciliter la fertilité des idées et leur permettre de prendre forme. Si cela est vrai pour la pédagogie, ce le sera pour l’apprentissage.

C’est donc la fin du modèle unique en éducation (one size fits all). On constate l’émergence d’un nouveau paradigme axé sur la valorisation de la diversité et la mobilisation de l’élève alors qu’il est désormais refusé que la routine définisse nos approches. On accepte enfin de prendre quelques risques calculés dans une expérimentation pédagogique bien dosée. Exit la trivialité ! Nous n’avons pas à nous conditionner à être normaux ! Bien au contraire, comme le suggère Cristol Denis, ne faut-il pas faciliter l’expression des talents et des intelligences singulières et favoriser l’émancipation de l’élève face au conformisme des pensées convenues ? Nous pourrons alors permettre à l’élève de revendiquer son droit à apprendre plutôt qu’à être enseigné. L’enseignant est un catalyseur ; il est la personne la mieux placée pour sonder les talents et aptitudes de ses élèves pour ainsi leur permettre d’aspirer à des niveaux de réalisation insoupçonnés.

Selon Tolstoï, il faut choisir entre une école où il est facile aux maitres d’enseigner et une école où il est facile aux élèves d’apprendre. Dans ces lieux où nous instruisons nos élèves plus que nous les éduquons, peut-on prétendre réellement bien préparer nos élèves pour leur vie future ? Nos élèves de première secondaire seront sur le marché du travail vers 2025 jusqu’à environ 2060. Ce que notre système éducatif leur offre est-il suffisant à les préparer pour leur expérience professionnelle ?

Cette trilogie d’articles de blogue nous rappelle donc l’importance de l’acte de création en éducation. Il souligne que :

  • Par notre difficulté de moderniser l’acte d’enseigner,
  • Par notre refus de placer l’élève au centre de l’acte d’apprentissage,
  • Par notre besoin de contrôler la totalité de la démarche pédagogique,
  • Par nos difficultés à arrimer nos pratiques à celles des milieux professionnels,
  • En ostracisant la différence et l’originalité au profit du conformisme,

nous contribuons à faire perdurer un modèle scolaire tombé en désuétude. Nous contribuons à la survie des manufactures de l’éducation, ces fabriques d’automates. En ce sens, le risque inhérent au statu quo en éducation est largement plus important que celui du changement.  Comme le dit si bien l’écrivaine Anaïs Nin, and then the day came, when the risk to remain tight in a bud was more painful than the risk it took to blossom.

Huit choses désormais inacceptables en éducation

Nos listes de favoris dans Twitter recèlent parfois de belles trouvailles. En épluchant la mienne, j’ai retrouvé ce texte de Justin Tarte datant d’il y a trois ans. Je le traduis et adapte selon mes conceptions avec sa permission.

1. On ne peut accepter que les choses que l’on a faites dans le passé soient les seules choses que nous devons faire dans le futur. Évidemment, changer simplement pour changer n’est pas mieux, mais nous ne pouvons ignorer les transformations sociales qui ont lieu autour de notre classe. Il doit y avoir un changement équivalent en éducation.

2. On ne peut se contraindre à enseigner uniquement un programme. Il faut différencier nos approches et comprendre que les besoins de l’élève sont d’abord et avant tout relationnels avant d’être liés directement à l’apprentissage d’une matière. On ne peut ignorer les facteurs externes à nos classes qui jouent un rôle prépondérant en éducation.

3. On ne peut accepter de s’isoler pour travailler en silos. Désormais, travailler isolé est un choix. Un mauvais choix. Le monde est riche en opportunités de collaboration et, plus que jamais, nous sommes de meilleurs enseignants lorsque nous participons activement à une communauté de partage d’expériences professionnelles.

4. On ne peut accepter que les contenus et connaissances disciplinaires aient préséance sur le lien à entretenir avec nos élèves. Il y a fort à parier que si ces derniers ne s’intéressent pas à nous en tant qu’individus, ils ne s’intéresseront pas à la matière que nous enseignons. Ainsi va la réalité émotive sous-jacente à toute démarche d’apprentissage !

5. On ne peut tolérer la croyance que l’intégration des TIC à la pédagogie est facultative. En tant qu’individus, nous avons toujours le choix de refuser de reconnaitre l’apport de ces technologies dans nos vies, mais importer cette attitude dans nos pratiques prive littéralement nos élèves d’expériences formatrices, de collaborations fructueuses et d’ouverture d’esprit potentielle.

6. On ne peut considérer une classe comme une entité indépendante, enclavée entre quatre murs. L’apprentissage ne peut se confiner à un espace aussi restreint. Il ne peut être considéré comme étant la somme des connaissances reçue d’un seul individu, en l’occurrence l’enseignant. Les perspectives d’apprentissage nous entourent et il faut abattre les murs pour ainsi aller les saisir.

7. Il faut cesser de croire que nos élèves sont contre-performants et de moins en moins autonomes. Il s’agit plutôt d’un manque d’opportunités à saisir pour les élèves qui se développent dans un environnement aseptisé et contrôlé de façon rigide par les enseignants et les parents.

8. On ne peut accepter que tous les éducateurs impliqués dans les démarches d’apprentissages des élèves ne se sentent ni concernés, ni responsables des déboires du système d’éducation. Nous en sommes les acteurs principaux et nous devons en faire un lieu privilégié, à l’avant-garde de tout mouvement social. Tout ce qui y arrive de bien, comme de mal, est le résultat de nos actions.

Texte original : 8 things we can’t accept in education

Auteur original : Justin Tarte

Le concurrent

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Le milieu scolaire rebute souvent la compétition sous toutes ses formes. Il ne faut pas mettre les élèves en compétition ni académiquement ni sportivement. C’est une vision des choses qui se défend. Mais en son sein, l’éducation occidentale doit revoir le lien qu’elle entretient avec la notion de compétition.

Le monopole scolaire

Le monde de l’éducation n’a jamais été réellement en concurrence. Effectivement, la loi sur l’Instruction publique québécoise inclut une obligation de fréquentation scolaire jusqu’à l’âge de seize ans. Les élèves sont obligés de s’assoir dans nos classes pour la durée de leur parcours primaire et une bonne partie de leur parcours secondaire. Ils n’ont aucun contrôle : le temps est contrôlé par des cloches, le programme est imposé par le ministère, l’espace est contenu entre quatre murs et les stratégies pédagogiques, incluant l’évaluation, sont déterminées par l’enseignant. Le rôle de l’élève est de se présenter en classe et d’écouter ou assimiler ce qu’on lui impose.

Bien qu’on ne puisse traiter de l’école comme étant une entreprise au même titre que divers commerces, il n’en demeure pas moins que cette dernière jouit d’une situation de monopole forçant une clientèle à consommer ses services éducatifs. Le milieu scolaire est l’un de ces très rares marchés qui se soucient peu des attentes de sa clientèle pour subsister.

Il ne faut pas chercher très loin pour comprendre que, malgré tous les gouvernements qui se sont succédé, le taux de décrochage demeure astronomique. Le problème est endémique et systémique; il s’incarne au quotidien, dans les écoles.

La crainte de la compétition

En éducation, on aime faire les choses à sa façon et cette façon ne doit pas être remise en question. Pas même par l’enseignant lui-même. De plus, les choses doivent se faire discrètement pour éviter de déranger l’ordre établi.

Soyons honnêtes ! La compétition n’a jamais été bien vue dans le monde de l’éducation. Les établissements d’enseignement privés sont souvent identifiés comme étant des compétiteurs déloyaux au réseau public. Dans le cadre d’une baisse démographique marquée, nous pourrions même dire que les écoles publiques comme privées entrent elles-mêmes en compétition.

Également, la compétition entre les enseignants est mal vue. Par exemple, lorsqu’un enseignant est ouvertement apprécié par ses élèves ou les parents de ces derniers, il dérange ses collègues. L’enseignant populaire importune, car lorsqu’il brille, soit qu’il aveugle les autres ou que ces derniers craignent de manquer de lumière. Dans une profession où les revendications enseignantes gravitent autour du besoin de reconnaissance, il faut bien faire attention pour ne pas trop reconnaître, féliciter, renforcer, émuler ou louanger pour éviter de susciter une certaine jalousie alimentée par une perception que les enseignants qui se démarquent sont une menace au commun des intervenants d’une école.

Cette attitude face à la compétition issue du milieu scolaire est pour le moins inquiétante, surtout considérant qu’il doit former des travailleurs qui évolueront dans un milieu professionnel fortement compétitif !

Le concurrent

Au moins, jadis, entre les quatre murs de la classe et derrière une porte close, le maître pouvait échapper à cette potentielle rivalité des écoles entre elles ou de cette supposée compétition entre les intervenants du milieu. Mais la réalité contemporaine de l’école du 21e siècle détruit ce havre prétendu. Il abaisse les murs et décloisonne les classes. Le libre accès à la somme des connaissances du monde depuis la nuit des temps tient finalement au creux de la main. Voilà le nouveau concurrent : celui qui redéfinit la pratique enseignante et qui force le changement. Deux réactions sont possibles :

  1. Le changement est embrassé, intégré. Les enseignants changent leurs pratiques, quittent leur traditionnelle tribune pour travailler auprès des élèves dans leur classe. Ils adoptent de nouvelles postures pédagogiques et intègrent les TIC dans leur enseignement lorsque nécessaire et modifient leurs approches en tout temps selon les besoins de leur clientèle étudiante hétérogène.
  2. On tente de faire abstraction de ces changements et on s’isole. On tente de rebâtir les cloisons nouvellement abaissées pour mieux travailler auprès d’une clientèle que l’on considère homogène.

Dans ce premier cas, il est important de spécifier que cela peut se faire à différents rythmes. Il ne faut très certainement tout changer du jour au lendemain, mais, en parallèle, il est important de demeurer en mouvement et dans un état d’éveil, de vigilance.

Dans ce deuxième cas, inutile de préciser que travailler à contre-courant pour tenter de rénover un paradigme qui s’est grandement effrité depuis des décennies doit être une tâche ardue et exigeante. Surtout compte tenu du fait que cette fastidieuse tâche s’ajoute à celle déjà lourde de l’enseignement au quotidien !

Il y a toujours deux façons de voir les choses. Quand l’enseignant s’estime en concurrence contre, par exemple, Google et qu’il refuse fondamentalement de le considérer comme un outil à son service qui pourrait faciliter son travail d’instruction, il y a un problème. Google n’est pas notre maitre à tous. L’humain l’a créé pour son propre bénéfice ! Et cette machine virtuelle peut être utilisée pour raffermir les liens entre les humains. Car au-delà de l’instruction, il y a l’éducation et ceux qui continuent à lutter pour maintenir ce monopole de la diffusion des connaissances à leurs élèves distinguent peut-être mal les nobles visées d’un système éducatif.

Ainsi, les technologies permettent de libéraliser l’accès à l’information. Cela implique une mutation du rôle de l’enseignant qui peut investir davantage de temps dans la pédagogie plutôt que dans la simple diffusion de contenus disciplinaires. On aurait peut-être eu du mal à y croire il y a quelques années, mais les TIC révèlent les vraies qualités pédagogiques de l’enseignant.

Êtres de bons conseils

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Après les commentaires et suggestions reçus concernant mon dernier texte, pourquoi ne pas continuer l’exploration des bonnes pratiques professionnelles en l’éducation ? Dans cette optique, si nous souhaitons voir des enseignants s’épanouir, il leur faut des alliés qui saisissent bien la réalité dans laquelle ils enseignent. Voici donc où interviennent des êtres de bons conseils, les conseillers pédagogiques.

Le propre des conseillers pédagogiques est qu’ils combinent deux atouts importants et incontournables. D’une part, ils sont expérimentés dans leurs domaines respectifs alors que, d’autre part, ils ont le nez décollé de l’urgence qui accapare les enseignants au quotidien. C’est bien connu, les enseignants éprouvent des difficultés à se sortir la tête du tourbillon scolaire dans lequel ils sont plongés pour espérer s’investir dans une démarche de perfectionnement professionnel. Les conseillers comblent ce besoin en suggérant diverses formations pour permettre aux enseignants de continuer à faire évoluer leur pratique. C’est un peu le modèle clés en main de la pédagogie et de la formation continue sur mesure. Ces derniers doivent donc s’ajuster aux impératifs enseignants en plus de faire obligatoirement preuve de flexibilité s’ils espèrent mener à bien leur tâche.

Justement, quelle est cette tâche ? En réalité, elle est difficile à cibler. Sommairement, en voici quatre éléments non exhaustifs :

  • Être un intermédiaire privilégié faisant le pont entre les pratiques professionnelles en enseignement et la recherche scientifique en éducation;
  • Demeurer à l’affût de nouveaux outils didactiques, technologiques ou non, qui conviennent à la pratique d’un enseignant donné;
  • Dispenser diverses formations, collectives ou individuelles, à des enseignants. C’est le retour de la différenciation pédagogique, mais cette fois-ci, au bénéfice direct de l’enseignant;
  • Être le répondant de la commission scolaire ou de l’école dans un champ de spécialisation donné.

Il s’agit donc d’effectuer une certaine veille de ce qui se fait dans le monde de la pédagogie et de la technologie, dans un champ particulier et tout en étant en mesure d’adapter le tout pour un réinvestissement rapide dans les pratiques enseignantes.

Le bon conseil

Pour être de bon conseil, ces professionnels de l’éducation doivent être curieux et avant-gardistes. Ils ne peuvent se permettre d’être à la remorque des pratiques professionnelles émergentes. Ils doivent défricher ce qui se fait en consolidant leur réseau de collaboration réel et virtuel. À propos du réseau, le bon conseiller sait le mettre à profit de trois façons principales : en l’utilisant comme outil de veille pédagogique, en lui acheminant des questions précises et en le mettant au service de l’enseignant. Bref, le réseau du conseiller pédagogique est évolutif et inclusif, car il y a toujours une place pour les enseignants pour s’y greffer. Autrement dit, la pratique professionnelle du conseiller s’inscrit dans le réticulaire et non dans le linéaire. Tout est dans le réseau; l’information est là, ubiquiste, et elle ne demande qu’à être saisie.

Le bon conseil implique un aspect d’accessibilité. En effet, les conseils étant inutiles, voire inexistants, s’ils ne sont pas transmis et partagés. L’aspect relationnel est indissociable d’une bonne pratique et il dépasse la simple question de la vulgarisation de contenu. Au-delà de la disponibilité pour les enseignants, ceux que l’on surnomme affectueusement les CP savent créer un climat de confiance auprès de ceux qu’ils soutiennent.

Délinquance pédagogique et effet multiplicateur

Curieusement, ceux-là mêmes qui sèment le chaos pédagogique dans les têtes des enseignants sont ceux qui permettront à ces derniers d’organiser leurs approches pédagogiques. Les bons conseillers pédagogiques sont donc des délinquants de la pédagogie et ceux qui dérangent la quiétude et le confort des pratiques professionnelles en éducation. N’obéissant aucunement à loi de la gravitation, ils permettent à leurs enseignants de s’élever pour prendre leur envol professionnel en visitant d’autres cieux que ceux déjà explorés. Ils ne sont pas seulement des êtres créatifs et des explorateurs : ils sont les guides de l’inconnu et de la découverte. Leur seule présence rassure.

Les conseillers pédagogiques sont, à l’heure actuelle, la courroie de transmission entre les pratiques enseignantes inscrites dans un quotidien scolaire surchargé et ce qui se fait dans les autres milieux, scolaires ou non. On parle donc d’une relation tripartite répartie entre le milieu scolaire conseillé, le reste du monde scolaire ou postsecondaire (incluant la recherche) et le reste du monde, lui aussi générateur de contenu pédagogique pertinent.

Ces êtres de bons conseils sont d’un naturel ouverts. Véritables prospecteurs des pratiques pédagogiques, ils sont des leaders naturels et crédibles que les enseignants ont le gout de suivre dans différentes aventures éducatives. Ils diffusent leurs découvertes et surtout leur passion; ils sont donc, dans bien des cas, des éléments catalyseurs permettant la naissance d’un effet positif qui sera multiplié et surmultiplié dans les milieux scolaires.

Engendrer le chainon manquant

Définitivement, les conseillers pédagogiques, une espèce presque en voie de disparition, sont des êtres de bons conseils ! Il est d’autant plus triste de constater que le contexte d’austérité fait de ces derniers les principaux émissaires d’une logique comptable d’un service qui n’a pas de prix. Bref, voir diminuer les effectifs de conseillance pédagogique équivaut à briser volontairement cette courroie de transmission ou de retirer sciemment un chainon à la maille du support à l’enseignement.

En complément à tout l’aspect mentorat lié à la conseillance pédagogique, je vous invite à lire mon texte rédigé en réaction à l’abolition de postes de CP en juin dernier.

 

Comment amorcer un virage pédagogique dans nos écoles ?

On parle beaucoup de virage numérique, de virage technologique et de changement des pratiques pédagogiques. Bien que souvent, on réfère à la nécessité que les enseignants changent, qu’en est-il des directions d’école qui doivent initier ces changements ? Comment mobiliser l’équipe-école pour ce faire ?

Le leadership

Effectivement, la mobilisation des troupes est le nerf de la guerre ! Imposer un virage ne mène à rien. La contrainte n’a jamais rien donné en éducation. Si cela est vrai pour les élèves, ce l’est également pour les enseignants. D’où l’importance d’exercer un leadership participatif ayant pour but de stimuler la responsabilisation et la mobilisation chez les intervenants scolaires. Dans les faits, le leadership est l’art d’amener des personnes à accomplir une tâche de façon volontaire. Il faut donc expliquer pourquoi le changement est nécessaire et surtout, vous devez le démontrer.

Lorsqu’on parle de réforme ou de changement en éducation, on parle souvent d’imposition d’une nouvelle structure ou de nouvelles façons de faire lesquelles sont prescrites par les instances. En langage familier, emprunté de l’anglais, on parle d’initiatives top-down (vers le bas), alors que ce qui est souhaité doit émerger de la base, de ceux qui côtoient les élèves. On parle alors d’initiatives bottom-up (vers le haut). Dans les faits, la seule chose qui doit être top-down en éducation, c’est le leadership et celui-ci doit être articulé de façon à voir émerger des initiatives ou des pochettes de leadership qui émergent du terrain. Le top-down doit donc être au service du bottom-up!

Le leadership tire sa force de toute la modélisation qu’il implique. Au risque de recourir à un cliché ou de sonner comme Gandhi, incarnez le changement que vous prêchez. Bref, soyez branchés en réseau. Parlez à vos collègues des autres écoles et allez au-devant pour former votre propre cercle. Si vous êtes pour le recommander, comme c’est souvent le cas, soyez vous-même impliqué dans une démarche de développement professionnel.

Inspirez-vous de ceux qui ont déjà initié un tel virage. Ils ont des expériences à partager. Vous en avez aussi. Le monde de l’éducation est un collier de perles d’expertises diverses. Vous ne faites pas exception à la règle! Bref, donnez l’exemple et rayonnez vous-même si vous souhaitez que votre personnel rayonne! Ça ne sert à rien d’être brillant si on n’éclaire personne, non ?

Directeurs incontournables

Les technologies en éducation

Difficile d’envisager le changement en éducation sans traiter de la place des TIC dans les salles de classe.

Tel que précisé plus tôt, ne réinventez pas la roue. Inspirez-vous de ceux qui ont déjà initié un tel virage dans leurs milieux respectifs. Inspirez-vous de leur expérience; relevez leurs erreurs et tablez sur leurs réussites. Adaptez cela à la culture de votre milieu et aux besoins de vos élèves et de leurs enseignants. Vous ne pouvez qu’être gagnant avec cette approche. Vous ne perdez absolument rien !

Toujours au niveau des technologies, cela implique un important investissement qui ne prend son sens qu’avec une portée pédagogique. Les TIC ne sont pas une fin, mais un moyen de consolider, approfondir les apprentissages ou de différencier les approches pédagogiques. Avez-vous pensé à un conseiller pédagogique pour supporter les enseignants et les rassurer ? Des formateurs ? Conférenciers ? Vous trouvez que cela coute trop cher ? Est-ce que cela coute plus cher que de voir un investissement dormir ou prendre la poussière sur le bureau d’un enseignant ? J’en doute.

Enfin, ne sombrez pas dans le fétichisme technologique. Ce que l’on veut, ce sont des changements de pratiques et de l’innovation pédagogique. Cela ne passe pas toujours par les TIC. Faites confiance à vos enseignants et respectez leur autonomie professionnelle. Exigez cependant qu’à travers cette autonomie, ils sachent innover, se remettre en question et varier leurs approches. Enfin, supportez-les dans leur réflexion. Soyez un coach, un mentor et non le directeur qui les sanctionnera s’ils échouent dans leur démarche de changement. Les enseignants doivent différencier leurs approches. Différenciez la vôtre auprès de votre personnel. Pour certains, de petits pas sont en fait des pas énormes.

La reconnaissance

En parlant d’échec, valorisez-les. Comme pour les élèves, l’apprentissage passe par l’échec. La créativité passe par l’expérimentation et par l’indissociable couple essais-erreurs. De plus, si vous voulez que les membres du personnel vous pardonnent vos propres échecs, vous devez leur avoir pardonné les leurs ! L’humilité, si on veut qu’elle s’apprenne, il faut l’enseigner ! Et si on veut célébrer nos victoires et nos progrès, il faut accepter l’échec et en faire une occasion d’apprentissage.

Un autre cliché : circulez dans votre école. Marchez-la. La direction est un travail de terrain. Ne vous laissez pas ensevelir sous la paperasse et les rapports à n’en plus finir. Promenez-vous. Écoutez. Voyez ce qui se fait dans les classes, pendant le quotidien scolaire. Soulignez les comportements que vous voulez voir. Félicitez vos intervenants. Appréciez-les. Ne faut-il pas soutenir l’innovation et les pratiques pédagogiques divergentes pour ne pas dire délinquantes ?

Enfin, le meilleur renforcement pour un intervenant est de lui permettre d’exporter son expertise. Mettez-le en valeur. Offrez ses services de conseil, de mentorat ou d’animation auprès des autres intervenants. Peut-il animer des ateliers à un congrès ? Participer à la formation de ses collègues ? N’oubliez pas que lorsque vous lui offrez les occasions de se valoriser et que, simultanément, vous mettez en relief votre institution scolaire. À moyen ou long terme, votre école sera reconnue comme un havre d’innovation et un lieu où le changement s’est bien amorcé.

 

 

 

Lettre ouverte à un enseignant-technophile

J’ai l’habitude de bloguer en utilisant un style de rédaction surtout axé sur l’essai ou le texte argumentatif. J’essaie d’être objectif, dans la majorité des cas, même si mes opinions reflètent indubitablement mes propres valeurs. Cette fois-ci, je me permets de m’adresser au lecteur de façon plus personnelle, en délaissant le vous de politesse pour employer un je, introspectif et, totalement assumé. Je me permets d’être plus direct et incisif.

Mon texte qui a été publié dans Le Devoir du 9 janvier dernier aura permis de créer un petit débat d’idées à même le site web où il a été publié : Pour ou contre l’intégration des iPad à la pédagogie ? D’ailleurs, Le Devoir a publié aujourd’hui un texte qui réfute mon argumentaire. Je vous invite à le lire et à le commenter directement sur le site du Devoir. En lisant les commentaires, qui jouxtent mon texte, cela nous permet de mettre en relief les résistances qui, de facto, corroborent directement mon argumentaire. Nous pouvons y lire des critiques essentiellement fondées sur :

  • La gloire du classicisme ou la peur d’avoir peur

Si j’étais parieur, j’aurais gagé que la première critique proviendrait d’intellos nostalgiques qui font l’apologie des grands penseurs qui ont marqué notre culture. Le raisonnement sophiste du c’était bien mieux avant ou surtout le on le faisait comme ça avant et ça fonctionnait. Pourquoi changer? plombe les perspectives éducationnelles qui permettent au monde de l’éducation, non seulement de s’adapter à la société dans lequel il évolue, mais aussi agir en tant que leader au sein de cette même société. Bien qu’il ne faille pas pour autant renier nos racines et les fondements de notre culture occidentale, il n’en demeure pas moins que ces grands penseurs étaient ancrés eux aussi dans leur société de l’époque avec les moyens dont ils disposaient. Et si Socrate avait inventé internet, peut-être leur discours aurait été différent ?

Cette nostalgie est si forte chez certains qu’elle dénigre l’avènement des technologies. Un peu comme si elles nous empêchent de penser ou de développer notre esprit critique et surtout, d’éduquer nos élèves à en faire un bon usage. Tout ce qui se faisait avant était mieux, forcément…

Ce qui est certainement d’autant plus frustrant, c’est qu’il semble qu’il y ait nécessité d’opposer les nouvelles stratégies pédagogies aux anciennes alors qu’en réalité, on ne vise qu’une intégration des TIC aux approches existantes et non une annihilation de ce qui se fait depuis des lunes !

  • L’éphémérité de la technologie ou l’art de pelleter vers l’avant

Il est juste de prétendre que la technologie actuelle est éphémère. Le problème, qui n’en est pas tout à fait un, c’est qu’elle évolue rapidement. C’est en fait une caractéristique d’une société en plein essor. Face à ce constat, que devons-nous faire ? Il y a deux possibilités :

  1. Attendre que toutes ces innovations technologiques ralentissent ou cessent. Ainsi, nous pourrons faire un choix sûr parmi ce qui est sur le marché.
  2. Faire un choix parmi ce qui est disponible et l’assumer. Ce choix se fait en consultation avec les enseignants et les activités de réseautage avec les autres écoles font que le partage des hauts et des bas des choix qui ont été faits par des partenaires ou des compétiteurs permettent à une institution d’éviter les écueils.

Il est évident que le premier choix est impossible. Dans un premier temps, les innovations technologies se succèdent à un rythme effarant et c’est tant mieux ! Ensuite, permettre aux enseignants de travailler avec une technologie qui n’existe pas encore ou qui n’est pas à point, permet à leurs élèves de développer un certain confort dans ce qui les attend sur le marché du travail, où ils seront constamment appelés à utiliser de nouvelles technologies, dans des emplois qui, bien souvent, n’existent toujours pas.

Le tout, bien évidemment, au lieu de reporter à plus tard le besoin de faire des choix technologiques en laissant cette prérogative à nos successeurs, ce qui, par la même occasion, expose au grand jour le manque de leadership de plusieurs enseignants ou cadres scolaires actuels. Et, cette situation sous-entend implicitement et étrangement que les successeurs de ces derniers seront aptes à prendre les décisions qui s’imposent.

Enfin, il est clair que plusieurs technologies ne sont pas à la pointe des attentes du milieu scolaire à l’heure actuelle. C’est pour cette raison que nous avons besoin de faire preuve de patience et d’accommodement pour contribuer à rendre le tout plus fonctionnel. Les enseignants sont des spécialistes de la pédagogie. Avec une bonne dose de créativité, ils sauront rendre ces technologies pertinentes et utiles pour leurs élèves afin de varier leurs approches pédagogiques.

  • L’invasion du milieu éducatif par le milieu corporatif ou le désir de laver plus blanc que blanc

Certains commentateurs appréciant particulièrement la critique sans rien apporter de différent ou pertinent au débat s’inquiètent de l’omniprésence de l’image de marque dans nos écoles. Je comprends bien que le iPad est une marque de commerce, mais comme Frigidaire, Frisbee, Kleenex et j’en passe, ils sont devenus des noms propres de fréquente utilité. Possiblement qu’on y réfère trop. Et alors ? Est-ce le plus grand enjeu dans le monde de l’éducation actuellement ? Est-ce que cela diminuera le décrochage scolaire ? Augmentera la mobilisation étudiante et professorale ? Est-ce que cela améliorera le financement de nos écoles ? Je ne crois pas.

Ce désir de laver plus blanc que blanc ou de se fermer à des ouvertures de développement professionnel sur la simple et unique base qu’on refuse de laisser une marque faire son entrée au sein de notre vie scolaire m’exaspère. Je trouve ce débat stérile, car par le désir de certains de protéger les élèves de toutes ces méchantes multinationales qui veulent l’âme de nos jeunes en les fidélisant dès la maternelle n’est pas fondé. Si vous aviez une idée géniale en développant un produit et que son nom de commerce devenait une sommité dans le domaine de l’éducation, vous seriez certainement fier de votre accomplissement et de cette reconnaissance. Lorsque l’on parle d’Epson, d’Apple, d’IBM, de Dell, de Didacti ou de Moodle, faut-il nécessairement en censurer l’appellation pour préserver l’innocence de nos petits ? Pourtant, personne ne s’insurge de l’utilisation des crayons Sharpie, Bic ou Papermate ! Et que dire des Cahiers Canada. Nous lancerons-nous dans un débat sur l’impérialisme canadien ?

On s’inquiète de nos élèves et de leurs parents qui sont rapides sur le recours à la théorie du complot pour expliquer un bon nombre de situations scolaires. Est-ce nécessaire que nos enseignants adoptent la même attitude et qu’ils voient un complot nécessairement capitaliste ?

L’éducation est certainement un des  derniers domaines qui résiste à intégrer les TIC. Pourtant, il devrait y faire figure de leader et ouvrir la voie aux autres domaines. La technologie est bien accueillie dans la majorité des sphères de la société. Sur la scène judiciaire, les progrès du domaine médicolégal a complètement révolutionné la pratique professionnelle des avocats, des policiers et des juges. En médecine, vous n’accepteriez pas que votre médecin vous propose une lobotomie comme remède à vos migraines aiguës. Dans le domaine de l’automobile, les nouveaux moteurs plus performants et moins énergivores suscitent votre envie. Mais en éducation, tout cela nous effraie ! Paradoxe : c’est un peu comme si nous étions conscients que des perspectives illimitées que nous offrent nos nouveaux outils, mais que l’on s’entête à continuer d’utiliser des moyens qui ont été élaborés il y a des décennies, des centenaires et même, dans certains cas, des millénaires.

Enseignants-technophiles de tous les pays, unissez-vous !

Tout cela qui me permet de conclure que, par mon expérience et mes observations, que l’espace pédagogique est occupé davantage par les enseignants réfractaires au changement plutôt que par ceux qui le soutiennent. Ces derniers sont principalement à l’œuvre sur différents forums virtuels ou dans des colloques ou congrès où leur clientèle est déjà acquise. Ce que je suggère est de poursuivre ce réseautage, mais surtout, se lancer sur des tribunes où les enseignants réfractaires se cantonnent ! Il faut contaminer positivement ces professionnels et agir en tant qu’effet multiplicateur.

Bref, pour paraphraser Marx, enseignants-technophiles de tous les pays, unissez-vous ! pour ainsi convaincre vos collègues du bien-fondé de votre démarche professionnelle !

Les stéréotypes véhiculés face à l’intégration des iPad à la pédagogie

Cette semaine, le gourou québécois de l’intégration des TIC  à la pédagogie a publié les résultats de son enquête sur l’intégration des iPad à l’école. En effet, Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation a publié L’iPad à l’école: usages, avantages et défis : résultats d’une enquête auprès de 6057 élèves et 302 enseignants du Québec.

Plusieurs points retiennent mon attention, à commencer par le fait que l’ouvrage a été publié lundi dernier et que le jour même, plusieurs acteurs du monde de l’éducation l’avaient déjà lu dans son entièreté. Cela démontre l’aspect toujours plus rapide de l’instantané. Comme si ce qui pouvait être immédiat, pouvait l’être davantage… Néanmoins, cela prouve que l’amalgame de l’édition numérique et des médias sociaux a une force de frappe efficace et surtout, efficiente.

Le rapport, en tant que tel, donne des munitions à tous les intervenants dans le monde de l’éducation; autant aux détracteurs de l’intégration des TIC à la pédagogie qu’aux technopédagogues. Le meilleur exemple est certainement l’article paru dans La Presse deux jours après la parution des résultats de recherche de l’étude. Le journaliste Michael Oliviera a eu la brillante idée de titrer son court article de la façon suivante : Un élève sur trois joue sur son iPad en classe. À défaut de nous informer adéquatement sur la recherche de Monsieur Karsenti, le journaliste nous donne une leçon de journalisme sur l’art de relever les informations évidentes pour les publier hors contexte de façon perfides, tendancieuses, démagogiques et fallacieuses.

(…) une étonnante proportion de 99% [des élèves] a dit avoir trouvé l’outil technologique distrayant (…)

Il est évident que la presque totalité des élèves trouve l’iPad distrayant. C’est le principe même de l’outil ! Avec son intégration à l’enseignement, on vise, entre autres, la combinaison d’un outil personnel d’un élève pour l’en faire découvrir les aspects « professionnels » qui lui seront utiles dans sa profession d’élève. On vise l’intégration du scolaire directement dans sa sphère personnelle d’élève. C’est évident qu’il sera distrait ! Non seulement peut-il utiliser ses manuels scolaires sur son iPad en plus d’utiliser différentes applications propres à une matière, mais aussi, il peut aller sur Facebook, texter ses amis, etc. Nul besoin de rappeler que l’adolescence est particulièrement marquée par le besoin de socialiser chez les élèves, il est donc évident que l’iPad en classe sera utilisé à cette fin. L’élève trouvera toujours un outil pour communiquer avec son voisin de classe. Il n’y a qu’à penser au petit papier qui circulait à l’époque où nous étions élèves. Malheureusement, l’article de La Presse ne traite pas de l’importance de la formation des enseignants en gestion de classe avec un tel appareil, information pourtant omniprésente dans le rapport Karsenti.

Un tiers des étudiants du Québec sondés sur l’usage du iPad en classe ont admis pratiquer des jeux durant les heures d’école (…)

C’est probablement le commentaire le plus insignifiant qu’il m’ait été donné de lire dans un article portant sur l’intégration des TIC à la pédagogie. Cette lapalissade met en relief la première utilisation que les élèves ont  reconnue au iPad : le jeu. Il ne faut pas s’étonner du fait qu’ils veulent jouer avec l’appareil. Cependant, l’affirmation laisse fallacieusement croire que le tiers des élèves ne fait que ça ! Comme s’ils jouaient tout le temps de leur quotidien scolaire… Les heures d’école incluent des pauses et les élèves jouent principalement à ce moment. Cela ne veut pas dire qu’ils jouent en classe pour autant. Cependant, soyons réalistes. Il est évident que plusieurs élèves jouent pendant la classe et y perdent leur temps. Mais, dans les classes sans iPad, ces mêmes élèves crayonneraient ou dessineraient dans leurs cahiers, rêvasseraient ou perdraient leur temps de différentes façons. Le problème n’est pas l’iPad mais bien les stratégies d’enseignement peu motivantes employées par certains enseignants. Il m’apparait important de bien recentrer la problématique.

(…) bien que seulement quelques élèves ont dit avoir eu l’impression qu’une tablette informatique les aidait à mieux apprendre (…)

Ce qui est magique en éducation, c’est lorsque les élèves apprennent sans s’en rendre compte. Souvent, les élèves associent l’apprentissage à un processus ennuyeux, douloureux et souffrant alors qu’il y a une pléthore de façon de favoriser l’apprentissage par différentes formes de jeu. L’apprentissage ludique, par le plaisir, l’humour, ça existe. Il semble que plusieurs l’ignorent, à commencer par les journalistes. Avant d’écrire une telle phrase dans un journal à tirage national, n’y aurait-il pas lieu de clarifier quels apprentissages sont favorisés ? Et pour moi, l’apprentissage passe par la créativité, la curiosité, etc., et non pas seulement par l’assimilation ou l’ingurgitation de contenus disciplinaires. Malheureusement, le grand public ne reconnaît pas cela et, une fois de plus, les journaux entretiennent leurs lecteurs dans une certaine ignorance (sic). L’iPad permet l’apprentissages de maintes compétences de divers ordres transcendant les compétences transversales et disciplinaires au programme. C’est à ne pas négliger. 

Selon l’enquête, 70% des enseignants sondés n’avaient «jamais ou très rarement» utilisé l’iPad avant que leur usage ne soit instauré dans leurs classes, contre 53,6% du côté de leurs élèves sondés.

Le premier iPad est sorti sur le marché canadien en mai 2010. La collecte des données des chercheurs dans les milieux scolaires a été effectuée à partir de l’automne 2012 (p. 8). Un an et demi s’est écoulé entre la mise en marché de l’appareil et cette mesure de son intégration en classe. Il n’est donc pas surprenant qu’une aussi grande proportion d’élèves ou d’enseignant ne l’ait jamais utilisé, surtout compte tenu de son prix de vente qui n’en fait pas l’appareil le plus accessible aux familles québécoises. Si cette information est pertinente dans la recherche, quelle en est l’importance de la relever dans un tel article de journal ?

L’avènement des technologies en éducation, c’est une révolution dans le monde de l’éducation. Comme le cite la recherche, cela se compare à l’invention de l’imprimerie (p. 4). Je comprends qu’une révolution, ça dérange les forces conservatrices établies qui, bien malheureusement, détiennent le monopole de l’opinion dans le monde de l’éducation. L’article de Monsieur Oliviera ne fait que renforcer les stéréotypes négatifs de l’utilisation du iPad en classe en relevant principalement les défis posés par son intégration pédagogique plutôt que mettre en relief ses avantages. S’il est vrai que cette intégration est à parfaire, il y a lieu de réaliser que, en bien peu de temps, certaines écoles visionnaires ont fait le nécessaire pour prendre le virage technologique qui s’impose, en toute imperfection, certes, mais au moins, ils l’ont pris. Car au 21e siècle, la pire façon que le monde de l’éducation peut réagir face aux défis qui se posent dans la société, c’est par l’immobilisme.

 

Références :

Karsenti, T. et Fievez, A. (2013). L’iPad à l’école: usages, avantages et défis : résultats d’une enquête auprès de 6057 élèves et 302 enseignants du Québec (Canada). Montréal, QC : CRIFPE.

Le rapport est disponible sur le site Internet de Thierry Karsenti.

 

OLIVIERA, M., Un élève sur trois joue sur son iPad en classe. Site téléaccessible au http://techno.lapresse.ca/nouvelles/produits-electroniques/201312/11/01-4720088-un-eleve-sur-trois-joue-sur-son-ipad-en-classe.php. Site consulté le 11 décembre 2013.

Technopédagogie et pédagogie active

Les TIC et la motivation scolaire
La technopédagogie est un néologisme adopté par le monde de l’éducation, lequel traduit une réalité incontournable au XXIe siècle : l’intégration des TIC à la pédagogie. Au Québec, nous réalisons honteusement que le taux de décrochage scolaire oscille autour de 30% et ce, en dépit du fait que les gouvernements prétendent  vouloir le faire diminuer et prennent une série de mesures pour y parvenir, lesquelles, bien tristement, s’avèrent peu fructueuses.

Également, il existe un clivage important entre les natifs numériques, cette nouvelle génération d’élèves branchés et compétents au niveau technologique. Ces derniers sont tombés dans la potion et adoptent un mode de vie numérique pour ne pas dire virtuel. À l’opposé, on trouve des enseignants, des parents qui utilisent leur appareils, dans bien des cas, de façon incomplète. Ils les utilisent pour leur fonction première (une caméra pour prendre une photo, un téléphone cellulaire pour téléphoner, etc). Ils considèrent d’ailleurs souvent ces appareils comme étant des gadgets. Ces immigrants numériques intègrent partiellement les TIC à leur vie, mais sans plus, contrairement aux plus jeunes qui les exploitent à fond.

La technopédagogie se veut ainsi le rapprochement de ces deux solitudes autour d’une stratégie pédagogique rassembleuse, maximisé par des enseignants soucieux de renouveler leur pratique professionnelle en vue de l’adapter aux nouvelles réalités de leur clientèle, constituée d’élèves motivés à apprendre différemment.

Selon les études de Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche sur les TIC en éducation, il existe un lien positif direct entre l’intégration des TIC à la pédagogie et la motivation scolaire. Il appert que la modification du contexte scolaire a effectivement un rôle important à jouer avec la persévérance scolaire. Entre autres, on parle de :

  • Réalisation d’apprentissages mobilisateurs plaçant l’élève au coeur de l’action;
  • Création d’un espace créatif renouvelé autant chez l’élève que chez l’enseignant. C’est en quelque sorte, le retour de la valorisation de la créativité pédagogique, sur laquelle s’appuie une nouvelle dimension de la flexibilité pédagogique;
  • Retour de l’aspect ludique de l’enseignement. Oui, il est possible d’avoir du plaisir en classe et ce n’est pas vrai que l’apprentissage doit être ennuyeux ou même douloureux. Les recherches démontrent clairement qu’un élève qui s’amuse en classe en est un qui réussit mieux;
  • L’importance du réseautage. Les élèves connectent étroitement entre eux. Cela fait partie de leur vie. Ils le font virtuellement, ce qui explique entre autres l’importance qu’ils accordent à leurs appareils électroniques portatifs. Ils communiquent virtuellement dans plusieurs sphères de leur vie désormais numérique : autant dans leurs travaux scolaires, qu’au niveau des médias sociaux qu’au niveau des jeux vidéos.

Le retour du ludique et du créatif dans un monde pédagogique en proie à l’ennui et à l’inertie
À la suite de ces constats, on se rend compte que les TIC nous permettent d’apprendre à mieux apprendre. Nous réalisons également que la technopédagogie est impossible à réaliser sans une pédagogie active. Il est donc pertinent de prétendre que l’amalgame de la pédagogie conventionnelle combinée à l’utilisation d’outils technologiques en classe est carrément un désastre. Afin d’intégrer les TIC à la pédagogie, cela vise indubitablement un virage.

La pédagogie active implique donc une action directe et soutenue auprès de l’élève, ce qui pave la voie à la pédagogie différenciée. Cette dernière sort un peu de son contexte habituel. Sans nécessairement renier la nécessité de différencier ses interventions pédagogiques en fonction des élèves sous la responsabilité de l’enseignant, cette différentiation est surtout orientée vers la stimulation de la créativité chez l’élève en lui permettant de réaliser un travail dans la forme qui l’intéresse. Les objectifs à atteindre et les consignes sont indiqués. Le reste appartient à l’élève qui utilise sa créativité et les outils mis à sa disposition afin de réaliser la tâche que l’enseignant lui a soumise. C’est le type de différentiation pédagogique qui devient possible avec les perspectives technopédagogiques qui s’offrent désormais au monde de l’éducation. Mais, à première vue, cela peut faire peur aux enseignants. Comment cette pédagogie active peut-elle être applicable dans l’état actuel des choses où les classes sont bondées ? Impossible pour un enseignant d’être actif auprès de tous en même temps. D’où l’importance d’instaurer les conditions idéales d’enseignement coopératif. La classe contemporaine n’est plus le terrain d’exécution de la dictature du savoir où l’enseignant a le monopole de la connaissance. C’est un terrain fertile de coconstruction des savoirs. L’enseignant, certes connaissant, est surtout un stratège de cette connaissance, car il oriente l’élève vers sa découverte. Mon collègue Sébastien Stasse illustre la situation de cette façon sur son compte Twitter: L’arrivée des appareils mobiles en éducation ne peut que conduire à transformer le rôle de l’enseignant soliste à celui de chef d’orchestre.

Si l’élève est sous-stimulé ou qu’il s’ennuie, il éprouvera le besoin de se distraire. C’est inévitable. Et cela n’est pas seulement propre à l’adolescent, mais bien à l’ensemble de l’humanité. L’impression de faire du temps est la pire perception qui doit être évacuée hors du monde de l’éducation, car elle est à la base du désengagement scolaire, cette forme de décrochage scolaire de l’esprit.

Parallèlement, on entend souvent les mêmes critiques. Les technologies sont en fait des jeux pour les élèves. Et puis ? C’est bien tant mieux si les élèves peuvent combiner jeu, plaisir et apprentissage. Les apprentissages réalisés dans une atmosphère de plaisir sont plus durables et signifiants pour les apprenants, petits et grands. C’est une occasion de perdre du temps. Effectivement, un élève en proie à l’ennui en est un qui perdra son temps avec ce qui l’occupe ou le passionne : réseaux sociaux, jeux, sites web d’intérêt, etc. Dans ce cas, deux solutions peu imaginatives s’imposent : soit que l’on interdise ces appareils en classe ou que les élèves ferment leur appareil. A priori, on réalise que la contrainte n’a jamais donné de résultats probants en milieu scolaire. Secundo, à quoi sert d’avoir ces outils sur les pupitres s’ils sont fermés ? En fait, ce n’est pas les TIC en classe qui sont une perte de temps. C’est l’ennui causé par des cours peu stimulants et mobilisateurs qui incite à des élèves à faire autre chose et à décrocher de ce qui se fait en classe. N’est-ce pas une facette de la nature humaine de s’ennuyer lorsque peu actif, stimulé ou intéressé ?

Des connaissances au bout des doigts… dans les poches !
Plus que jamais, le rôle de l’enseignant est d’enseigner des compétences liées au traitement de l’information puisque les connaissances sont disponibles au bout de nos doigts, dans nos poches. Nous assistons à une explosion de la disponibilité de l’information et à une surexposition des médias facilitant et façonnant nos communications. Mais, alors que nous communiquons de plus en plus, la qualité de ces rapports est discutable. L’enseignant éduque donc l’élève à se servir convenablement de ces connaissances en plus de l’éduquer à l’éthique de la recherche de sources convenables et crédibles. C’est, en quelque sorte, contribuer à développer esprit critique.

L’enseignant n’est plus l’unique pôle de connaissance et il doit céder sa place à l’affluence des connaissances en circulation grâce à Google, Wikipedia et leurs milliers d’émules. L’enseignant qui se sent diminué professionnellement face à ce fait ne réalise pas qu’en fait, c’est plutôt la nature de son travail qui évolue.

Également, ces enseignants accros au contrôle de toutes les facettes de leur classe sont inquiets : cette démocratisation des savoirs a de quoi menacer leur gestion de classe et la conduite de leurs activités pédagogiques quotidiennes. Les TIC sont une perte de contrôle sur les orientations que peut prendre un cours. Étant donné que les horizons sont illimités, les chemins de la connaissance que peuvent emprunter les élèves sont certainement hors du contrôle de l’enseignant qui n’a possiblement toutes les réponses à ces éventuelles questions. Si pour certain, c’est un dur rappel à l’humilité que de réaliser que l’on ne sait pas tout, il n’en demeure pas moins que les élèves ont le droit de réaliser des apprentissages hors de ceux déjà réalisés par leur enseignant. De plus, pour d’autres enseignants, les perspectives de coconstruction des savoirs et de coproduction de contenus sont des situations haletantes et motivantes. Ne faut-il pas simplement lâcher prise et accepter de simplement guider et orienter les élèves en acceptant de découvrir des connaissances avec eux ? Finalement, si on enseigne aujourd’hui de la même façon qu’il y a 10 ans, il se peut effectivement qu’on perde le contrôle de la classe. C’est à ce moment que l’attention des élèves se fixe sur une panoplie de sujets complètement hors propos, facilités par les TIC.

Ce qui est fascinant avec la technopédagogie c’est qu’autant pour les enseignants que pour les élèves, le tout en est à ses balbutiements et que tous découvrent en même temps et ensemble les rudiments de ce qui n’a plus de limites. C’est en quelque sorte la transformation du milieu scolaire en immense laboratoire de collaboration et de réseautage tous azimuts avec des individus qui, bien qu’ils maitrisent les TIC à différents niveaux, visent tous les mêmes objectifs. Prendre le virage de la révolution du monde de l’éducation du XXIe siècle.

 

 

 

 

 

Les sept caractéristiques des technopédagogues hautement efficaces

Nous venons de lire un court article sur un blogue américain intitulé AlwaysPrepped, ou toujours préparé (dans le sens de préparation ou planification pédagogique). Court, mais plein de bons sens car on y fait référence à 7 caractéristiques incontournables chez l’enseignant technopédagogue. Également, nous vous rappelons que, selon le référentiel des 12 compétences professionnelles chez les enseignants québécois, la compétence #8 est sans équivoque : intégrer les technologies de l’information et des communications aux fins de préparation et de pilotage d’activités d’enseignement-apprentissage, de gestion de l’enseignement et de développement professionnel. 

Voici ces sept caractéristiques, traduites en français et augmentées au goût du jour :

1. Ils visent un but précis en utilisant les outils technologiques

En aucun temps, ils n’utilisent la technologie simplement pour l’utiliser. Ils le font avec un but en tête ou s’en servent pour déployer une stratégie. La technologie est un outil au service de la pédagogie et de son pédagogue et non pas l’inverse.
 

2. Ils sont flexibles et démontrent une bonne capacité d’adaptation

Évidemment, ils sont flexibles et sont en mesure de s’adapter aux nouveautés technologiques. Ils savent pertinemment qu’ils devront s’adapter encore dans deux ou trois ans à de nouveaux outils. Mais cette perspective ne les effraie pas, au contraire. Ils sont stimulés par cette situation puisqu’ils entrevoient les possibilités d’être des enseignants plus performants, dispensant un enseignement de qualité supérieure.

Jamais l’idée de devoir réviser leur planification de cours ainsi que leurs leçons ne les effraie puisqu’ils n’ont jamais entretenu une perception de l’enseignement comme étant statique et à l’abri d’inévitables mises à jour de leur propre développement professionnel.

3. Ils sont ouverts au changement

Pour eux, le changement est une occasion enivrante de faire les choses différentes et c’est une nouvelle occasion de se dépasser. Ils ne subissent pas le changement, ils le génèrent. En période d’instabilité, ils sont des forces motrices et influencent positivement les forces restrictives, plus réfractaires au changement. Ces enseignants sont donc les premiers à adopter de nouveaux outils alors que leurs collègues se complaisent souvent dans leur confort routinier. Le monde a beau détester le changement, il n’en demeure pas moins que c’est ce même changement qui apporte l’innovation et le progrès.

4. Ils partagent à outrance

Ces enseignants sont de la trempe de ceux qui donnent sans compter et qui partagent autant leurs découvertes que le matériel qu’ils créent. Ils savent pertinemment qu’ils ont beau partager, ils empruntent probablement autant. Ils travaillent en réseau et non en silo et ce réseautage s’effectue autant à travers des colloques ou ateliers divers qu’au niveau du partage grâce aux réseaux sociaux, entre autres Twitter et Facebook. Ces pédagogues exportent leurs pratiques gagnantes vers d’autres collègues issus de contrées lointaines ou non et importent celles de ces mêmes collègues pour apprêter le tout à leur style d’enseignement et à la culture de leur établissement.

5. Ils sont des ambassadeurs

Ils savent convaincre l’administration de débloquer les ressources nécessaires pour supporter leurs stratégies d’enseignement avec des outils technologiques. Également, ils sont en mesure de rendre ces mêmes outils faciles à utiliser pour leurs élèves et d’en expliquer quels avantages ils peuvent en tirer. C’est la même chose pour les parents de ces élèves qui peuvent parfois se sentir inquiétés de voir les TIC envahir l’espace éducatif. Ces enseignants sont des agents multiplicateurs positifs et transmettent l’envie aux autres enseignants de travailler à se dépasser professionnellement.

6. Ils sont prévoyants et clairvoyants

Ils planifient d’avance et son rarement à la dernière minute. Ils savent quel outil utiliser pour chaque situation d’apprentissage ou d’évaluation et ne laissent aucun détail au hasard.

7. Ils sont impliqués et actifs

Leur enthousiasme pour l’utilisation d’un nouvel outil est facilement décelable et cette excitation est à la base de l’appréciation de l’élève qui se sent stimulé et actif dans ses apprentissages. Comment se sentir autrement lorsque l’élève est en contact avec un enseignant stimulant et actif ? C’est contagieux !

 

Bien que l’article fasse état de sept caractéristiques, nous estimons que l’on pourrait en ajouter une huitième. En effet, plusieurs craignent, avec l’avènement des TIC en éducation, que les relations entre les différents acteurs du monde scolaire se déshumanisent au profit d’une certaine virtualité relationnelle. Les enseignants-technopédagogues utilisent les TIC comme outil et non comme une fin en soi. Cette technologie est au service de l’enseignement et non le contraire. Cela dit, bien au contraire de la crainte souvent répandue, les TIC, sous l’emprise de ces enseignants, favorisent les relations constructives entre les humains.